The Boys: la nouvelle série Amazon déconstruit le mythe du super-héros

En revisitant l’univers des super-héros, The Boys s’autorise tout, ou presque, et risque bien d’être l’une des séries les plus importantes (et potentiellement les plus controversées) à débarquer sur Amazon cet été. Critique sur base de deux épisodes visionnés.

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La scène d’introduction donne le ton. Tenant les mains de sa copine qui lui propose d’emménager ensemble, Hughie (Jack Quaid) voit sa douce et tendre se faire déchiqueter et finir en bouillie sanglante par le passage à toute allure d’A-Train (Jessie T. Usher), un super-héros en pleine course-poursuite de supposés truands. Ne tenant plus que les mains de sa dulcinée, le jeune homme dont le visage est tâché de sang, pousse un cri de désespoir, traumatisé (à vie certainement) par l’événement.

Après les obsèques ponctuée d’excuses publiques d’A-Train à la télévision, Hughie est contacté par Billy (Karl Urban), un agent du F.B.I qui lui propose de se venger. Il lui révèle des informations surprenantes: les super-héros ne sont pas si supers et sont en fait d’immondes personnages égoïstes chapeautés par une multinationale puissante, Vought International. Devenus de purs produits du capitalisme, ces super-héros sont utilisés à l’excès via des films, publicités, produits dérivés, tandis que leur « vie de stars » est gérée par des RP et diffusée sur les réseaux sociaux. Les deux hommes se mettent alors en chasse de ces prétendus justiciers.

Côté super-héros, Starlight (Erin Moriarty) est embauchée pour rejoindre The Seven, la crème de la crème des super-héros façon Justice League, mené par Homelander (Antony Starr), sorte de superman névrosé. La jeune femme découvrira à ses dépens que la cause qu’elle pensait rejoindre n’est qu’une vaste supercherie.

Une BD en série

Adaptée du comics The Boys signé Garth Ennis, cette satire sanglante a été prise en main par Eric Kripke (Supernatural) et produite par Seth Rogen et Evan Goldberg, déjà familiers de l’univers d’Ennis puisqu’ils sont derrière la série Preacher, l’adaptation d’un autre comics de l’auteur.

© Prod Hughie (Jack Quaid), jeune vendeur dans un magasin d’audiovisuel rejoint « The Boys » après le « meurtre » de sa petite-amie © Prod.

Déjà renouvelée pour une seconde saison avant même la diffusion de la première (c’est souvent gage de qualité), The Boys est une série surprenante. Si, au vu de la bande-annonce, on s’attendait à une succession de combats, grosses explosions et blagues lourdes, le show se révèle beaucoup plus subtil, tant dans son scénario que dans sa réalisation. En se demandant à quoi ressemblerait le monde si les super-héros existaient, The Boys nous balance en pleine face une critique de la société capitaliste et consumériste, reflétant à la fois l’hypocrisie des élites, la privatisation de la sécurité, le harcèlement sexuel, le paraître nauséabond des réseaux sociaux et l’aveuglement des masses par les multinationales. Yep, rien que ça.

Bien sûr, les créateurs de la série n’ont rien inventé puisque tous ces éléments viennent du comics de Garth Ennis qui résume l’essentiel de son histoire en trois phrases : « Les super-héros sont des salauds. Ils ont besoin d’une gifle. Et ‘The Boys’ vont s’en charger ». Interrogé par Screen Rant, l’auteur explique que, pour lui, si les super-héros existaient, « ils seraient une sorte de mélange entre des politiciens et des rock stars. Ils représenteraient le faste et le glamour. Ils seraient célèbres et adulés, mais auraient aussi un réel impact sur notre monde. C’est à ce moment-là que les entreprises s’impliqueraient, et qu’ils deviendraient une marque ».Et si son comics est si bien adapté à l’écran, c’est certainement (entre autres), parce que le showrunner de la série, Eric Kripke, est un fan absolu de son travail : « Preacher est dans mon top trois des meilleures bandes dessinées de tous les temps. Je l’ai lu à l’université quand j’avais la vingtaine. J’ai ensuite suivi tout ce que Garth Ennis a écrit et quand The Boys est sorti, je l’ai dévoré », confie-t-il à Screen Rant.

Je rejette l’idée que, parce que c’est de la télévision, on doit accepter une norme inférieure.

© ProdLa jeune Starlight (Erin Moriarty), nouvelle recrue de The Seven © Prod

En plus d’être savoureusement cynique, The Boys envoie du lourd niveau casting avec Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Chace Crawford, Erin Moriarty, Jessie T. Usher, Elizabeth Shue et Karen Fukuhara.

L’esthétique est léchée et la production s’est fait plaisir sur les effets spéciaux, un point indispensable pour Eric Kripke : « C’était vraiment important pour nous d’avoir un niveau incroyablement élevé d’effets visuels. Je rejette l’idée que, parce que c’est de la télévision, on doit accepter une norme inférieure. Game of Thrones n’était pas une putain de série cheap, donc nous ne pouvons pas nous permettre de faire des économies », a-t-il déclaré en interview.

Dans un monde où chaque Marvel suscite un engouement spectaculaire de la part du public, ébranler l’image presque parfaite du super-héros bienveillant et justicier est couillu. Et on adore.

The Boys (16x60min), dès le 26 juillet sur Amazon Prime Video.

Karl Urban © Prod

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