Non James Bond ne devient pas une femme, mais « 007 » oui et c’est très bien

Ce n'est pas encore officiel mais c'est tout comme: Lashana Lynch devrait enfiler le costume de l'agent 007. Ça ne plaît pas à tout le monde de voir une femme de couleur obtenir le rôle-titre de la franchise. Pas de quoi en faire un fromage pourtant, que du contraire.

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Il y a deux semaines, alors que les premières images du 25ème opus filtraient sur la Toile, on était désolé d’appendre qu’Idris Elba renonçait à devenir le potentiel nouveau James Bond à cause du racisme ordinaire dont il était victime sur les réseaux sociaux. L’acteur disposait de toutes les qualités requises, mais ne voulait pas créer de polémiques inutiles sur l’identité du personnage en raison de sa couleur de peau.

Coïncidence (ou pas), on apprenait quelques jours plus tard qu’Halle Bailey, jeune chanteuse métisse américaine, allait incarner la princesse Ariel dans l’adaptation live de La Petite Sirène. Gros débat sur les réseaux sociaux entre ceux (dont nous faisons partie) qui applaudissent le choix de Disney et les autres qui se perdent en arguments incompréhensibles pour justifier qu’une sirène amie avec un crabe qui aime pousser la chansonnette et dont le père est un dieu armé d’un trident doit absolument être blanche… Or, voici à présent que 007 deviendrait une femme et – goutte d’eau qui fait déborder l’océan – de couleur qui plus est ! Re-gros débat sur Twitter and co où les plus souples des nostalgiques se disent « pourquoi pas prêts à tolérer une 008 », et les plus durs des conservateurs (pour ne pas dire rétrogrades) prient de laisser le héros inventé par Ian Fleming en 1953 – pendant l’époque coloniale – intact…

Ceux-là peuvent – en partie – se rassurer, car il règne une énorme confusion sur la Toile depuis hier: non, James Bond ne va pas devenir une femme dans la franchise film. En revanche, l’agent 007 oui, et ce dès le prochain film dont la sortie est programmée en avril 2020. Avec Daniel Craig donc… Pardon ? En effet, le 25ème opus de la franchise commencera avec un Bond profitant de sa retraite et rappelé en service actif lorsqu’une nouvelle crise survient. Au bureau du M16, à Londres, il rencontre le nouveau 007 – pas le nouveau Bond, mais le nouveau détenteur de cet alias – une femme noire nommée Nomi, jouée par Lashana Lynch (notamment vue dans Captain Marvel)… Est-ce que c’est plus clair maintenant ?

Nouvelle héroïne

Daniel Craig, qui incarne James Bond depuis 2006 et l’excellent Casino Royal termine le tournage du 25ème film sur les rotules – il avait déclaré préféré s’ouvrir les veines plutôt que réaliser un nouveau film dans la peau de l’agent après la sortie du décevant Spectre en 2015 – et va se retirer de la franchise. Plutôt que de le remplacer par un nouvel interprète du personnage, la production aurait donc choisi de le remplacer par un nouveau héros. En l’occurrence une nouvelle héroïne, ce qu’approuverait l’acteur britannique qui avait publiquement exprimé son envie que la franchise « considère tout le monde » pour reprendre le rôle de l’agent 007. « Tout le monde », y compris les personnes de couleurs et les femmes.

Jusqu’ici, le rôle du plus grand agent secret du monde était réservé aux hommes blancs. De plus, le sexisme de James Bond s’avère impossible à ignorer en 2019 dans un monde post #MeToo. Dans ce contexte, l’arrivée de Lashana Lynch est peut être la meilleure chose qui pouvait arriver à une franchise en quête d’un nouveau souffle.

« The bitch is dead« 

Bond couche avec des femmes et les laisse ensuite pour mortes depuis plus d’un demi-siècle. Camper le rôle de l’agent, c’est par définition entrer dans un champ de mines de comportements problématiques. Selon les propres mots de Daniel Craig, le personnage a toujours été « un misogyne sexiste très solitaire« . En fait, le Casino Royale de 2006 est finalement une histoire d’origine de la misogynie de Bond: il tombe amoureux de Vesper (jouée par Eva Green), pour finalement être trahi. En conséquence, il revient à son état antérieur de machine à tuer sans émotion ni confiance. Bond est misanthrope sur les bords, mais surtout misogyne. Les femmes, dit-il, le rendent faible. Lorsque M offre du temps pour traiter la mort de Vesper, il déclare : »The job is done, the bitch is dead« . Cette ligne est tirée directement de l’histoire de Ian Fleming datant de 1953, sur laquelle repose le film. En 2006, Bond est toujours un homme des années 50…

La nouvelle production a donc enfin décidé d’innover et a embarqué la scénariste Phoebe Waller-Bridge, qui s’est imposée comme l’une des voix féministes les plus brillantes de notre époque avec ses séries Fleabag et Killing Eve, pour améliorer le scénario de « Bond 25 » (titre provisoire). Premier (petit) signe de changement, le terme « Bond girls » aurait été remplacé par « Bond women« . C’est déjà ça…

Selon une source proche de la production qui s’est confié au magazine Time, le film de 2020 sera « un Bond pour l’ère moderne qui fera appel à une jeune génération tout en restant fidèle à ce que nous attendons tous dans un film de Bond. Il y a des séquences de chasse et des combats spectaculaires, et Bond est toujours Bond, mais il doit apprendre à gérer le monde de #MeToo. » Voilà qui est intriguant… En tout cas, créer un nouveau personnage de femme – plutôt qu’une Jane Bond avec les mêmes caractéristiques problématiques que son homologue masculin – est, sans l’ombre d’un doute, un pas dans la bonne direction.

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