Aloïse Sauvage: la voltigeuse du slam

Malaxant arts du cirque, chanson et danse contemporaine, la jeune Française est la fille du moment. Et on l’adore.

© Zenzel

Sauvage, c’est son (vrai) nom. Aloïse, c’est le prénom que sa maman lui a donné voici vingt-six ans. Aujourd’hui, maman suit sa fille en tournée et s’occupe de son stand merchandising. Et si les chansons de son premier EP “Jimy” paru au printemps dernier font mouche auprès du jeune public, Aloïse n’est pas tout à fait comme les jeunes femmes de son âge. “Je ne suis pas très branchée “teuf” ou du genre “on va se déchirer la tronche”. Après mes concerts, je préfère rentrer seule chez moi, prendre un thé, lire un bouquin ou écrire. J’ai toujours fonctionné comme ça.”

Circassienne et danseuse contemporaine formée à la très courue académie Fratellini, comédienne révélée dans 120 battements par minute de Robin Campillo (2017), Aloïse est venue à la chanson “par envie de mettre des mots en musique”. Quelques vidéos postées sur YouTube, une reprise émouvante de Laissez-moi danser de Dalida et son premier EP l’ont hissée au rang de “nouvelle” Christine And The Queens ou d’équivalent féminin d’Eddy de Pretto. Avec sa voix autotunée et ses rimes riches en forme de slogans (“mes désirs ont des délires”, “il n’y a pas de doute, la vie est courte”, “tremper ses lèvres ou la fièvre”), Aloïse interpelle déjà dans ses chansons. Mais comme nous avons pu nous en rendre compte aux Nuits Botanique, c’est sur scène que ce petit bout de femme au corps musclé, au geste fin et à la démarche souple fait la différence.

“J’en suis encore aux prémices du projet, mais je me rends compte que je suis à ma place sur scène. J’ai envie que les gens ressortent de la salle ou du festival en se disant: “je n’ai pas vu un concert, j’ai assisté à un spectacle”. Avec ma petite expérience professionnelle, je me sens capable de faire une proposition scénique qui mélange cirque, danse, théâtre et chanson.”

Peur du vide

Enchaînant pas de danse façon Charlie Chaplin version 2.1, voltiges aériennes suspendue à un filin et interludes pleins d’humour et de tendresse, Aloïse Sauvage désamorce aussi avec beaucoup d’intelligence un propos qui n’est pas toujours joyeux. “J’ai écrit mon premier texte à l’âge de dix ans, suite à la mort de mon animal de compagnie. Un cochon d’Inde. C’était un truc très triste, pondu dans l’urgence. Et ça ne m’a plus quittée. De prime abord, j’ai toujours considéré l’écriture comme un moyen de déverser ma tristesse et mes cicatrices.”

Dans son EP, Aloïse chante “j’ai peur d’être aphone à force d’être à fond”. Une réflexion 100 % autobiographique. “J’ai toujours eu l’impression de vivre à fond. Petite, après l’école, j’enchaînais avec un cours de danse ou une répétition au théâtre. Pendant les pauses, lorsque mes potes sortaient pour fumer une clope ou téléphoner, je faisais mes devoirs. Je rentrais le soir en courant avec mon cartable sur le dos pour ne pas perdre du temps. Je ne sais pas si c’est bien ou mal. Derrière ce rythme effréné, il y a peut-être la peur du vide. Parfois, j’aimerais ralentir et être dans la contemplation. Mais je n’y parviens pas.”

C’est promis, son premier album sortira rapidement. “Contrairement à beaucoup d’artistes de ma génération, je sacralise toujours le format “album”. Un album, c’est un acte de naissance. Quand il sortira, on oubliera ce qui m’a fait connaître avant, que ce soit mon EP ou les vidéos postées sur YouTube. Mon album sera soigné, mais je ne vais pas passer dix ans dessus. J’ai toujours bossé dans l’urgence. Si mon EP “Jimy” abrite cinq titres, c’est parce que je n’en avais pas six. On a fait ça à l’arrache et ça m’a plutôt bien réussi.”

Le 12/7, Dour Festival.

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