Qui sont les pionnières du rock?

En marge de notre dossier sur le vibrant documentaire Haut Les Filles et le livre Girls Rock, retour sur ces femmes qui ont fait bouger les lignes… Sélection, of course, non exhaustive.

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Janis Joplin

Comme les mecs, elle buvait du Jack Daniels au goulot. Comme les mecs, elle se tapait des groupies dans le backstage, sniffait tout ce qui lui passait sous le nez, jouait du blues avec ses tripes et jurait comme un chiffonnier. Comme Robert Johnson, Brian Jones, Jimi Hendrix et Kurt Cobain, la « mama cosmique » s’est envolée à l’âge de vingt-sept ans, le 4 octobre 1970. Une overdose d’héroïne. La fin de l’utopie hippie. Moquée pendant son enfance (ses copines l’appelaient « la cochonne » ) , Janis Joplin cultivait un comportement rebelle, affichait ouvertement sa bisexualité, sa soif de sexe et sa fascination pour les destins brisés de ses idoles féminines du blues ou des auteurs de la Beat Generation. Pour faire court, Janis était une femme libre.

Joan Jett

Surnommée à juste titre “The Queen Of Noise” et « The Godmother of punk », Joan Marie Larkin, plus connue sous le nom de Joan Jett, est la première femme à imposer sa place à une époque, dans un style musical et dans une ville où les clichés machistes ont la vie dure. Oui, on parle de la scène heavy de Los Angeles des années 70 où Joan va percer avec le groupe 100% féminin The Runaways. Pantalon en cuir, démarche androgyne, riffs de guitare qu’elle enchaîne tout en sifflant des bières, Jett et ses copines triomphent jusqu’au Japon (cf. l’excellent « Live In Japan » paru en 1977) avant de se séparer. Dans les années 80, Joan Jett poursuit sa route avec son groupe The Blackhearts et signe l’hymne I Love Rock and Roll. D’autres tracks (I hate myself and I want to die, Bad Reputation, Do you want to touch me) en disent long sur la philosophie de la dame qui, à soixante balais, tourne toujours. “Du rock qui a des couilles” a dit d’elle Lemmy Mötörhead. Et la parole de Lemmy, ça ne se conteste pas.

Stevie Nicks

Agée aujourd’hui de 71 ans, Stevie Nicks a encore montré début juin à Werchter tout le pouvoir d’attraction qu’elle exerçait sur les foules. Avec Fleetwood Mac ou en solo, Stevie Nicks a construit un mythe. Femmes et hommes qui ont été bercé par Rihannon, Sara, Gypsy ou Go Your Own Way lui vouent un culte et ils ont bien raison. En tant que membre de Fleetwood Mac, Stevie Nicks a été introduite au Rock and Roll Hall of Fame en 1998, honneur qu’elle a eu également en tant qu’artiste solo en 2019, faisant d’elle la première femme à être intronisée deux fois par cette institution. Un sondage révèle qu’une femme américaine adulte sur quatre s’est déguisée au moins une fois « en Stevie Nicks » pour Halloween, référence à son récit « d’une sorcière du pays de Galles » lui ayant servi d’inspiration pour le classique Rihannon. En cumulant les ventes de Fleetwood Mac et sa discographie solo, Stevie Nicks a écoulé plus de 140 millions d’albums.

Patti Smith

“Jésus est mort pour les péchés des hommes mais pas pour les miens », chante Patti Smith sur Gloria extrait de son deuxième album « Horses » paru en 1975. Un an plus tôt, elle secoue déjà l’intelligentsia du rock avec sa reprise du Hey Joe et une face B évoquant « quelqu’un qui pisse dans une rivière (Pissing In a river) ». Nourrie de poésie française et américaine, stimulée par l’énergie punk qui explose dans le New York du milieu des années septante, Patti Smith devient vite la figure de proue d’un rock littéraire et militant en signant des albums élevés depuis au rang des classiques: « Horses », « Easter » en 1978 avec le tube Because The Night coécrit avec un certain Bruce Springsteen ou encore « Wave » en 1979. Son People Have The Power est chanté dans les manifs du monde entier.  Chanteuse, musicienne, poétesse et auteure reconnue, Patti Smith sera sur la scène des Lokerse Feesten ce 5 août.

Lauryn Hill

Lauryn Hill est plus connue aujourd’hui pour ses caprices de diva et ses retards (voir Couleur Café ce dimanche 30 juin) que pour ses concerts. Mais en 1998, c’est la reine absolue.  Après avoir cartonné avec The Fugees, elle sort son premier album solo « The Miseducation Of Lauryn Hill » qui préfigure ce que sera la musique urbaine féminine des décennies à suivre. Inspirée par le hip-hop, la soul, le jazz, la musique haïtienne et le gospel, Lauryn Hill devient le guide musical et spirituel de toute une nouvelle génération de femmes. Artiste autoritaire, elle impose sa loi au business de la musique. Dans ses textes, elle parle d’indépendance, d’amour, de son rôle de femme et de mère. En 1998, elle s’affiche en cover du Time et d’Esquire, rafle cinq Grammy (sur dix nominations, un record à l’époque) avant que sa carrière ne parte en vrille. N’empêche… De Beyoncé à Kate Tempest, en passant par notre duo Juicy, tout le monde la cite encore comme une influence.

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