Vestiville: les coulisses d’un naufrage annoncé

Le Vestiville voulait devenir le Tomorrowland du hip-hop. On s'en souviendra comme un Fyre Festival à la Belge.

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Une affiche de (très) haut vol annonçait la venue des plus grandes stars du hip-hop: Cardi B, A$AP Rocky, les Migos, Future, Jason Derulo, Maître Gims… L’événement VestiVille voulait concurrencer le mastodonte Rock Werchter et s’inscrire comme le Tomorrowland du rap. On s’en souviendra plutôt comme un Fyre Festival à la Belge. Un flop monumental, puisque l’événement qui attendait 35.000 personnes (au lieu des 125.000 prévues) a été annulé, le jour où il aurait dû commencer, pour « raisons de sécurité ». Mais que s’est-il passé, au juste ?

Dès l’annonce de l’événement en janvier dernier via un communiqué énigmatique et très « poétique », il y avait de quoi se méfier. « Vestiville est une loi morale. Ça donne une âme à l’univers, des ailes à l’esprit, un envol vers l’imagination, un charme pour la tristesse et la vie pour tout. » Il s’agit en fait d’un poème nommé « La Musique » piqué à Platon, mal traduit via Google Translate. Autre subtilisation : les photos du camping et le texte qui accompagne la section Vesticamp, ont quant à eux été repris du site de Tomorrowland.

Très rapidement, des rumeurs commencent à circuler au sujet des organisateurs. L’une des têtes pensantes de l’événement, Ravuth Ty, s’était déjà fait remarquer aux Pays-Bas après avoir organisé les soirées électro Nope is Dope et le Vestival, qui affiche un logo et un nom similaire au Vestiville. La première édition s’est tenue en août 2014, au Goffertpark de Nijmegen. Relativement novice dans l’organisation de concerts, l’équipe avait à l’époque laissé perplexe de nombreux professionnels. Et pour cause, sur son site, le Vestival renseignait des tournées qui n’avaient jamais eu lieu, des récompenses qui n’existaient pas et des éditions à l’étranger qui ne se sont jamais produites.

Lors d’une interview Ravuth Ty explique « Heureusement [pour le Vestival], nous avons l’aide d’AMI Live Entertainment. Nous avons rencontré les gens d’AMI l’an dernier via une agence de booking. Ils sont très concentrés sur le rock, mais veulent maintenant se diversifier dans la pop, l’urbain et l’organisation de festivals. » Le hic, c’est que AMI Live Entertainment, qui est supposé être une boîte spécialisée dans l’organisation de concerts au Chili, semble ne pas exister. Il suffit de deux clics pour s’en rendre compte. La page Instagram de l’entreprise ne compte que 73 abonnés. Le dernier post de la page Facebook date de 2014 et montre des photos des scènes du Vestival. Le site Internet est « en construction ». S’agissait-il d’une fausse société créée dans le but de rassurer d’autres potentiels investisseurs ? Quoi qu’il en soit, la première édition du Vestival a bel et bien eu lieu. L’affluence est faible, à peine 8.000 personnes au lieu des 20.000 annoncés par l’organisation.

Le média néerlandais 3voor12, présent sur place, relate une organisation plus qu’approximative « Le « village de la mode » annoncé précédemment est introuvable sur le site, l’espace VIP n’est rien de plus qu’une tente de restauration sur pilotis et on peut dire que la décoration est minimaliste. Le festival a également besoin d’un peu de logistique: la liste des invités est incomplète, il y a de longues files d’attente pour un seul bloc de toilettes et il n’y a qu’une seule caisse enregistreuse pour charger votre bracelet avec une carte de débit. »

Les pertes financières sont énormes, mais Ravuth Ty et son acolyte Dave Refualu réussissent tout de même à organiser une deuxième édition du Vestival en 2015 à Den Haag avec Chris Brown et Omarion qui servent de locomotives pour booster les ventes. Après quelques embrouilles et autres démêlés judiciaires aux Pays-Bas, le Vestival devenu Vestiville débarque en Belgique. Un choix stratégique selon les organisateurs, puisque cette localisation permettait de toucher tant les publics français, anglais, allemands et néerlandais. En vérité, après plusieurs échecs aux Pays-Bas, Ravuth Ty a préféré se délocaliser.

Dans l’équipe du Vestiville on retrouve la sœur de Ravuth, Aymira Ty, mais aussi sa petite amie Emina Ljeskovica et Chawda Nikin. Ces derniers auraient fourni de fausses captures d’écran des reçus de paiement, afin de tromper les fournisseurs. Le service des fraudes de la banque ABN Amro enquête sur ces allégations. Autre problème, la vente des billets avait commencé en décembre, avant même que la municipalité de Lommel n’approuve la venue du festival. La suite, vous la connaissez : Bob Nijs, le bourgmestre de Lommel, a décidé d’annuler l’événement le jour même pour raisons de sécurité.

Bonne nouvelle par contre, les festivaliers qui ont acquis leur ticket sur les sites Eventbrite et Festicket seront remboursés. Un ticket pour une journée coûtait 78,85 euros (188,15 euros en VIP). Il fallait débourser 202,60 euros pour accéder aux trois jours (470,80 euros en VIP).

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