Rock Werchter 2019: la grande soif de Damon Albarn

Le chanteur de Blur et de Gorillaz pétait la forme ce samedi avec son groupe The Good, The Bad & The Queen.

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Il y a eu PJ Harvey en 2017. Il y a eu David Byrne en 2018. Et pour 2019, on peut déjà citer The Cure et The Good, The Bad & The Queen. Bref, autant d’artistes expérimentés qui ont le mérite de proposer un concert vivant, dans le sens le plus littéral du terme, là où tant d’autres ne font que reproduire quasi mécaniquement un set formaté, lisse et routinier.

Ce samedi à Werchter, la grosse claque de la journée, la seule peut-être avec le set furieux des punks dublinois de The Murder Capital (interview à lire bientôt dans les page de Moustique), nous est donc venue de The God, The Bad  & The Queen, sorte de « super groupe »  formé de Damon Albarn (Blur, Gorillaz), Paul Simonon (bassiste de The Clash, yep ça le fait tout de même), le batteur afro-beat Tony Allen et de Simon Tong (ancien guitariste de The Verve). Tant sur leur acte fondateur The Good, The Bad & The Queen (2007) que sur le nouveau « Merrie Land » paru en novembre 2018, Damon Albarn y couche sa vision à la fois attendrie, nostalgique et amoureuse de son Angleterre natale avec, on s’en doute, un commentaire post-Brexit acerbe sur ses plus récentes compostions.

Melodica et Stella Artois

Tout ça peut paraître très anglo-anglais et cérébral sur le papier. Mais sur scène, c’est autre chose. Tel les grands comédiens capables de réinventer sur scène chaque soir des textes centenaires de Shakespeare, Damon Albarn est un performer qui vit le moment présent. Ce samedi, tant mieux pour le public belge, il se présente sous le chapiteau de « The Barn » en mode good vibes et jouette. Dès la chanson Merrie Land, jouée en intro son enthousiasme fait plaisir à voir. Il passe de l’avant-scène à son piano droit. Il s’offre un tête-à-tête langoureux avec une spectatrice du premier rang, fait le derviche tourneur avec son melodica, n’arrête pas de complimenter ses musiciens, danse, saute, rigole, lance des vannes et crie à plusieurs reprises qu’il ne veut pas boire de l’eau, encore moins du vin mais « une bonne bière belge bien fraîche » (il recevra finalement une canette de Stella Artois). C’est cool à voir…

Guns Of Brixton

La bonne humeur d’Albarn ne doit pas faire oublier la profonde musicalité du propos. Enrichie  sur scène d’un quatuor féminin à cordes, la musique de The Good, The Bad & The Queen n’a pas de frontières. D’un titre à l’autre (neuf extraits de « Merrie Land », huit du premier album), on passe d’une ambiance cabaret à une rythmique reggae/ska, d’un refrain folk traditionnel à une ballade rétro. Avec, pour nous régaler, le jeu d’orfèvre précis de Tony Allen, les guitares pop de Simon Tong  et cette signature inimitable de Paul Simonon à la basse (plusieurs fois on croit entendre la ligne de Guns Of Brixton). Servis par de tels musiciens, les morceaux prennent plus de relief et de couleurs que leurs versions enregistrées. Comme pour nous rappeler que c’est en live, que les vrais artistes font la différence, à condition toutefois de s’impliquer. C’est exactement ce qu’a fait The Good, The Bad & The Queen tout au long d’une prestation aussi élégante qu’originale.

Photos: Mathieu Golinvaux

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