Rock Werchter 2019 : un émouvant The Cure signe le concert parfait

Robert Smith et sa bande ont offert une célébration de la musique d'une rare intensité qui restera à jamais gravée dans les mémoires.

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Lullaby, The Caterpillar, The Walk, Doing The Unstuck, Friday I’m In Love, Close To Me, Why Can’t I Be You, Boys Don’t Cry… Huit morceaux imparables. Huit chansons intemporelles que n’importe quel groupe aimerait avoir dans son répertoire. The Cure les a toutes écrites et les a enfilées dans un long, unique et intense rappel. Et le plus dingue, c’est que les deux heures qui ont précédé ont été du même niveau. Oui, ce vendredi soir, devant quelque 85.000 personnes rassemblées dans la plaine du Brabant flamand, The Cure a signé le concert parfait. Robert Smith, qu’on a rarement vu aussi joyeux, et sa bande ont fait preuve d’une générosité, d’un respect du public et d’une cohésion inouïe. The Cure a fait la leçon à tous les gugusses qui ont joué avant et ceux qui doivent encore se produire durant les deux dernières journées du festival. Car pour The Cure, un concert n’est pas un acte routinier consistant à copier/coller à la note près la prestation de la veille tout en pensant déjà à celle de demain. Pour The Cure, un concert tient à la fois de la célébration du moment présent et de la mission.

Plaisir partagé

Ce vendredi, The Cure a planté vingt-huit roses. Avec une complicité touchante (ils se sont presque mis des patins), Robert Smith et Simon Gallup posent les fonds baptismaux. Le second avec des lignes très prononcées de basse, le premier avec ses notes cristallines de guitare et sa voix qui, on ne sait par quel miracle, est restée intacte après toutes ses années. Sur scène, The Cure remonte le temps, explore ses reliefs les plus cold-wave (Shake Dog Shake en intro, une version incroyable de One Hundred Years en fin de set), revient avec un plaisir partagé sur les reliefs les plus pop de sa discographie (Just Like Heaven, In Between Days) et déterre quelques perles oubliées (Burn ou le magnifique Play For Today, extrait de « Seventeen Seconds »).

A Forest

On a du mal à pointer les faiblesses. C’est vrai, ils auraient pu jouer un ou deux titres supplémentaires de « Pornography ». On a du mal à mettre une chanson plutôt qu’une autre en avant. A Forest et Play For Today sont visiblement deux titres que le groupe prend toujours plaisir à réinventer. Avec ses effets de pédale, le guitariste Reeves Gabrels sublime From The Edge Of The Deep Green Sea. Le batteur Jason Cooper imprime une rythmique oppressante sur Fascination Street, l’une des cinq compositions tirées de « Desintegration ». Le crescendo lancinant de A Night Like This, le final de A Play For Today, le refrain de Friday I’m In Love avec un Robert Smith gambadant sur la scène comme un gamin de sept ans sont aussi de grands moments exaltants. On revoit encore les jambes arquées de Gallup qui plaque les accords de Pictures Of You avec l’enthousiasme du débutant. Oui, ce vendredi, The Cure a été parfait.

Des larmes d’émotion

Plus de cent nationalités différentes sont représentées à Werchter ce week-end. Dans les premiers rangs, autour de nous, il y avait des Belges, des Français, des Allemands, des Italiens, des Espagnols, des Japonais. Tous unis. Tous émus. Non seulement ils ont démenti le refrain de Boys Don’t Cry, dernière chanson jouée par The Cure. Mais ils y ont ajouté le sexe féminin. On a vu beaucoup de filles et de garçons pleurer ce vendredi. Des larmes d’émotion. C’est beau la musique quand elle est offerte de cette manière. Un concert inoubliable.

Photos: Mathieu Golinvaux

 

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