Rock Werchter 2019: l’interview post-Brexit de Damon Albarn

Le chanteur anglais retrouve l’ex-bassiste de The Clash, Paul Simonon, pour un nouvel album de The Good, The Bad & The Queen présenté ce samedi à Rock Werchter. En exclusivité pour Moustique, ils évoquent "Merrie Land", un disque influencé par David Bowie, l’histoire du Royaume-Uni  et… les mouettes. 

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En 2007, Damon Albarn réunissait un casting improbable autour du projet The Good, The Bad & The Queen. Avec l’ex-bassiste de The Clash, Paul Simonon, le guitariste de The Verve, Simon Tong et le vétéran de l’afro-beat Tony Allen à la batterie, il signait alors un disque concept dont la trame avait pour cadre la ville de Londres. Onze ans plus tard, alors que le Royaume-Uni baigne en plein chaos Brexit, le supergroupe revient avec l’enivrant “Merrie Land” qu’ils défendent ce samedi dans la plaine du Brabant flamand. Entre un arpège folk et un groove de reggae, Albarn joue au guide touristique patriote, un regard embué tourné vers l’Angleterre d’hier, un autre scrutant un futur incertain. Rencontre exclusive et croisée avec Damon Albarn et le vétéran, Paul Simonon

Onze ans séparent “Merrie Land” du premier album de The Good, The Bad & The Queen. Qu’est-ce qui les relie entre eux?
DAMON ALBARN : « Le premier album de The Good, The Bad & The Queen abritait un cycle de morceaux sur le thème de la vie moderne à Londres. Ici, nous ouvrons les espaces. J’ai commencé à écrire ces chansons de mon propre point de vue, un peu comme une lettre adressée à quelqu’un que je voulais mieux comprendre. Ce “quelqu’un” est devenu le nord de l’Angleterre et puis mon pays tout entier. Ces dix dernières années, je n’ai cessé de voyager dans le monde avec Blur, Gorillaz ou le projet Africa Express. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de me reconnecter à l’Angleterre. »

“Merrie Land” est présenté comme un album post-Brexit. Pourtant on y sent plus de mélancolie que de colère.
D.A. : « “Merrie Land” est une déclaration d’amour à l’Angleterre, j’y suis attaché. Je ne peux pas être en colère contre mon pays même si je reste convaincu que le référendum sur le Brexit était une grosse connerie. Il y a eu beaucoup de “fake news” et de facteurs émotionnels qui ont conduit au résultat que vous connaissez. Le référendum a eu lieu le 26 juin 2016. Nous sommes en 2019. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous ne nous résignons pas pour autant. Sur un ton mélancolique, nostalgique et parfois sombre, nous décrivons dans cet album ce à quoi ressemblait l’Angleterre d’autrefois. Ce n’est plus pareil aujourd’hui, mais nous pouvons encore prendre une bonne direction pour que ça aille mieux. » 

L’hiver à Blackpool

“Merrie Land” a été enregistré dans un studio de la ville côtière de Blackpool “avec vue sur les mouettes”. Pour fuir l’agitation de Londres?
D.A. : « Londres est comme une île. Nous y vivons en vase clos. Dans une capitale, on est parfois aveuglé par ses propres habitudes et certains courants de pensée. Pour parler de l’Angleterre, j’avais besoin de m’écarter de Londres. Avec le groupe, nous nous sommes installés à Blackpool au mois de janvier. En hiver, à Blackpool, il n’y a pas de touristes, beaucoup de secteurs de la vie économique tournent au ralenti, le ciel est pluvieux et gris. Bref, c’est une ville très british avec une population attachée aux traditions. Ça correspondait parfaitement à l’atmosphère que nous recherchions pour “Merrie Land”. »

Plusieurs fois dans le disque, on croit entendre le David Bowie des années 70. Est-ce la raison pour laquelle vous avez enrôlé Tony Visconti qui fut son producteur fétiche?
PAUL SIMONON: « Ce nouvel album est très folk dans ses influences. On oublie trop souvent que Bowie a signé des grandes chansons folks à ses débuts comme Uncle Arthur, London Boys ou plusieurs titres de “Hunky Dory” en 1971. Ce n’était pas du folk traditionnel, mais du folk à la sauce Bowie avec du rythme et du groove. C’est ce que nous essayons de faire avec The Good, The Bad & The Queen. Comme vous, lorsque j’ai entendu les maquettes de chant de Damon, j’ai pensé à Bowie et à “Hunky Dory”. J’ai trouvé le numéro de téléphone de Tony Visconti et ce ne fut pas difficile de le convaincre de produire notre album. » 

Paul, quels sont les meilleurs albums écrits sur la situation politique de l’Angleterre?
P.S.: « Je suis assez mal placé pour répondre, mais pour moi, ce sont les trois premiers albums que nous avons enregistrés avec The Clash. Quand vous les réécoutez aujourd’hui, vous avez une photographie exacte de ce qu’était l’Angleterre à la fin des années 70. » 

London Calling

Est-ce qu’il ne faudrait pas un nouveau “London Calling” aujourd’hui pour secouer les jeunes groupes de rock?
P.S. : « Ça pourrait aider, mais c’est à eux de faire leur propre version de “London Calling”. Le problème, c’est qu’à force d’utiliser les réseaux sociaux, les artistes sont devennus trop narcissiques dans leurs propos. Avec The Clash et les groupes anglais de reggae de la fin des années 70, nous allions dans les rues de Brixton ou de Nothing Hill, on observait les gens, on buvait des coups, on partageait nos inquiétudes et ça nous inspirait pour nos chansons. »

The Good, The Bad & The Queen, Rock Werchter, ce samedi 29/6.
Merrie Land, Warner Music.

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