Toy Story 4 : les au-revoirs de Pixar à ses génies de jouets

24 ans après le premier épisode, Pixar offre une conclusion à Toy Story, au risque de signer la suite de trop. Mais les jouets, qu’on avait laissés dans l’émouvant Toy Story 3, n’ont pas dit leur dernier mot. Retour sur un film devenu un objet d’art. 

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C’est la série phare de Pixar. L’histoire d’une bande de jouets qui a non seulement révolutionné l’animation 3D (à sa sortie, Toy Story devient le premier long métrage d’animation en images de synthèse de l’histoire), mais qui a également contribué à transformer le genre et à le faire entrer au musée – notamment au MoMA de New York. Avec Pixar, les films d’animation ne sont plus réservés aux enfants. L’humour, la technique et l’émotion plaisent aux plus petits comme aux plus grands. Un défi que Disney n’avait plus relevé depuis de nombreuses années.

En quatre films, la saga Toy Story a accompagné Pixar à chaque étape importante de son histoire. Le premier volet voit le jour en 1995, sous l’impulsion de créatifs tels qu’Ed Catmull, Steve Jobs et John Lasseter. Pixar brille alors par son inventivité et son audace et impose un style qui est aujourd’hui devenu la norme (au grand dam des fans d’animation dite traditionnelle, que Disney a abandonnée en 2009). Quatre ans plus tard, Toy Story 2 signe le début de l’âge d’or du studio d’animation, qui enchaînera pendant quelques années des films culte dans un incroyable sans-faute: Monstres et Cie, Le monde de Nemo, Les Indestructibles, Ratatouille, Wall-E.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et cet âge d’or s’arrêtera ironiquement avec la sortie en 2010 de Toy Story 3. Alors qu’Andy lègue ses jouets à la petite Bonnie, les figures historiques du studio à la lampe passent le flambeau à une nouvelle génération qui aura la lourde tâche de faire aussi bien, si ce n’est mieux. Mais la mission s’avère compliquée, voire impossible. D’autant que Pixar est avalé par Disney, que John Lasseter supervise en même temps les deux studios (avant d’être viré pour harcèlement), que certains films connaissent une production mouvementée (Rebelle, qui changera de réalisateur en cours de route) et que la concurrence (Dreamworks, Blue Sky) est féroce. À l’exception du très réussi Vice Versa ou du récent Coco, Pixar choisira alors la solution de facilité, à savoir enchaîner les suites. Et c’est dans ce contexte peu rassurant que sort Toy Story 4.

D’une génération à l’autre

Inutile de faire durer le suspense plus longtemps: Toy Story 4 est une réussite. Même s’il est encore trop tôt pour le confirmer, le renouveau du studio pourrait bien passer par une fourchette en plastique, héroïne malgré elle de ce dernier volet en date. Car si la trame est plus ou moins similaire aux précédents films (un jouet s’est perdu, il faut aller le récupérer!), ce sont bien les questionnements métaphysiques de la fourchette créée de toutes pièces par Bonnie qui justifient presque à eux seuls l’intérêt de cette quatrième aventure. En se demandant pourquoi il existe, Fourchette (c’est son nom) questionne également le quotidien, la raison d’être et la destinée des autres jouets, Woody en tête. Très vite, et malgré nos doutes, la magie de Pixar opère alors une fois de plus, en faisant rire les enfants (l’animation de Fourchette est une réussite totale, et les nouveaux venus Ducky et Bunny ne sont pas en reste) et réfléchir les parents.

Toy Story 4 est certes une suite de plus, mais contrairement à Cars 2 et 3, Le monde de Dory ou Les Indestructibles 2 (qui n’ont pourtant rien de honteux), le film a des choses à raconter. Rares sont les longs métrages d’animation qui osent fouiller la psychologie des personnages comme parvient à le faire ce quatrième volet. L’occasion pour le studio de remercier comme il se doit le personnage de Woody, en clôturant avec maestria son arc narratif, démarré il y a presque 25 ans. De plus, Toy Story 4 permet aux adultes qui ont grandi avec les premiers films de faire découvrir la franchise à leurs propres enfants, comme un jouet qui passe de génération en génération. Une jolie façon de boucler la boucle.

Nul ne sait si Pixar parviendra à renouer avec le succès critique et commercial de ses débuts, mais une chose est certaine: après Toy Story 4, le studio devrait tirer un trait sur les suites ronronnantes et recommencer à innover. C’est en tout cas le désir avoué de Jim Morris, le successeur d’Ed Catmull, à la tête de Pixar depuis 2016. L’année prochaine, la filiale de Disney sortira deux films inédits. En avant, prévu pour mars et qui nous plongera dans un univers fantastique rempli de trolls et autres licornes. Et Soul, un projet encore très secret qui promet de “nous emmener des rues de New York aux royaumes cosmiques pour découvrir les réponses aux questions les plus importantes de la vie”.

Belga Images

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