Pourquoi faut-il voir « Dark », la série allemande ultra-complexe mais géniale de Netflix ?

Dark, c'est la rencontre entre True Detective (première saison), Retour vers le futur, Sigmund Freud et Agnes Obel. Ça paraît tordu – et parfois ça l'est – mais c'est génial. Et la saison 2 est disponible sur la plateforme de streaming depuis ce week-end.

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Dark (« Sombre« ), un titre simple et limpide. Des qualificatifs à l’exact opposé de ceux qu’on utiliserait pour décrire cette série dont l’intrigue est ultra-complexe. Si vous êtes sensibles aux migraines, Dark n’est probablement pas faite pour vous. Mais si vous avez le courage d’avaler la première saison (dix épisode de 50 à 60 minutes) pour enchaîner avec la saison 2 (huit épisodes) mise en ligne ce week-end par Netflix, vous ne perdrez par votre temps. Et de « temps », il est justement question dans cette géniale série qui prend un malin plaisir à entremêler les genres et navigue entre policier, drames familiaux et science-fiction, où il est question de disparitions mystérieuses d’enfants. « Détail » qui plaira également aux fans de Chernobyl : une centrale nucléaire occupe une place tout aussi centrale dans l’histoire.

Résumons brièvement l’intrigue, tâche particulièrement ardue à l’époque des spoilers (ne poursuivez par la lecture si vous ne souhaitez pas y être confronté) et encore plus difficile avec cette série en raison de la complexité de son intrigue…

Avec Dark, impossible de dire « tout commence par »  car, au cours de sa première saison, la série déroule son récit sur trois époques différentes. De nos jours, le petit Mikkel Nielsen disparaît dans les bois qui borde la petite ville de Winden, bourgade où tout le monde se connaît de près ou de loin. Son père, le policier Ulrich, est d’autant plus affecté que, 33 ans plus tôt, son petit-frère Mads a disparu dans des circonstances tout aussi mystérieuses. L’enquête l’éloigne d’Hannah, avec qui il entretient une liaison. Le mari de cette dernière s’est suicidé quelques temps plus tôt, événement qui affecte particulièrement Jonas, son fils adolescent, qui mène lui aussi sa propre enquête. Les investigations vont mettre en lumière un cycle qui recommence tous les 33 ans. Des événements se déroulant en 1953, en 1986, en 2019 sont étroitement liés…

Voyages dans le temps et psychanalyse

Certains irréductibles de Netflix présentaient Dark comme le « nouveau Stranger Things« . Certes, les similitudes sont nombreuses : une partie du récit se déroule dans les années 80, des enfants disparaissent, et il est question de phénomènes surnaturels. Mais là où sa « cousine américaine » rend hommage aux films fantastiques des eighties, parvenant brillamment à faire le grand pont entre le E.T. de Steven Spielberg et The Thing de John Carpenter, Dark entraîne ses spectateurs dans un récit aux ramifications multiples avec le voyage dans le temps en toile de fond. Une thématique qui a déjà été explorée à maintes reprises par l’industrie du divertissement, mais rarement avec autant d’intelligence. Si les questions restent « basiques » (la responsabilité de nos actes et leurs conséquences, le libre-arbitre et la destinée, la linéarité du temps), Dark donne en plus à son récit une dimension mystique (les références bibliques sont légions) donnant même à son récit une inattendue tournure apocalyptique en fin de saison 1. La photographie, sublime, est magnifiée par une bande-son omniprésente et oppressante, « allégée » toutefois par la voix douce et les musiques envoûtantes d’Agnes Obel.

Avec le va-et-vient de certains personnages entre les époques, Dark ose une incursion dans une autre thématique rarement abordée dans l’univers des séries : l’inceste. Si la relation qui unit Jon Snow à sa tante Daenerys Targaryen a rythmé toute la dernière saison de Game of Thrones, Dark va plus loin. Au cours de la saison 1, Jonas qui vient d’appendre la vérité sur le suicide et l’identité de son père fait une déclaration cinglante à sa grand-mère : « Mon autre grand-mère est proviseure de mon lycée. Son mari, qui baise ma mère, cherche son fils qui est aussi mon père. L’autre jour, j’ai embrassé ma tante !« . Difficile de prédire combien de séances de psychanalyses seront nécessaires au personnage pour s’en remettre… Sa réplique illustre en tout cas à merveille la complexité du récit. Et à ceux qui n’auraient pas visionné Dark depuis un an et demi (la saison 1 était parue début 2018), on vous conseille de regarder une nouvelle fois les 10 premiers épisodes avant d’entamer cette nouvelle salve.

Si le courage vous fait défaut, lisez au moins un récapitulatif bien fourni sur le web (comme l’a très bien fait AlloCiné) et tenez les arbres généalogiques des personnages à portée de main. Ça vous sera bien utile pour aborder cette deuxième saison… en attendant la prochaine. Le 30 mai 2019, Netflix a annoncé que le show était renouvelé pour une troisième et dernière saison prévue pour 2020 ! On salue la volonté des showrunners de ne pas s’éterniser pour boucler leur histoire. Sur la durée, Dark aurait sans doute perdu de sa force. Un comble pour une série dont l’intrigue s’articule autour du « temps », passé, présent et futur.

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