Pourquoi faut-il voir « Striking Vipers », l’épisode qui sauve la saison 5 de Black Mirror ?

La saison 5 de la série d'anthologie produite par Netflix a vraiment déçu – et c'est un euphémisme. On préfère en retenir le positif, à savoir le premier épisode, fine analyse de la complexité du couple et de la sexualité de notre époque.

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Black Mirror occupait les sommets des productions les mieux notée sur le site Rotten Tomatoes, la bible du net des cinéphiles et « sérievores » en matière de critique culturelle. Mais ça, c’était avant. La faute à une cinquième saison franchement en-dessous des précédentes et qui ne recueille que 66% d’avis positifs. Là où le meilleur épisode (« A White Christmas« ) recueille 94% d’avis positif, « Rachel, Jack and Ashley, Too » – où figure Miley Cyrus et qui conclut cette saison – se ramasse un violent 47%… Et c’est mérité! À ce niveau-là, c’est un peu comme si le Real Madrid ne parvenait pas à se qualifier pour la prochaine Champions League.

Ce n’est pas l’envie qui manque, mais on ne va pas nous aussi faire la critique de tout ce qui n’allait pas dans cette saison 5. Essayons de sauver ce qui peut l’être car, avec le recul, tout n’est pas si négatif. À commencer par l’épisode d’ouverture. S’il récolte un honnête 71% d’avis positif sur RT, « Striking Vipers » en mériterait pour le coup davantage. On vous explique pourquoi.

Des coups et des caresses

Danny (Anthonie Mackie – vu chez Marvel dans le costume de Sam Wilson/le Faucon), a une belle maison dans les faubourgs de Los Angeles, une belle famille et un job confortable. La belle vie quoi. Pourtant il se morfond dans la routine. Il aime toujours sa femme (Nicole Beharie) mais n’éprouve plus de désirs à son égard, ce qui le pousse à lorgner sur d’autres silhouettes plus attrayantes. Pour son 38ème anniversaire, Karl (Yahya Abdul-Mateen), son meilleur pote perdu de vue, lui offre « Striking Vipers X« , une version actualisé d’un jeu vidéo auquel ils avaient l’habitude de jouer lorsqu’ils était collocs’. La vie du trio va alors changer…

Netflix

Pendant 20 minutes, Owen Harris (déjà aux commandes du poétique San Junipero dans la saison 3) prend le temps d’installer son intrigue. On s’ennuie un peu et on se demande franchement où est-ce que le réalisateur veut en venir. La technologie – moteur de la série – fait alors son entrée sous la forme du jeu vidéo de combat Striking Vipers (sorte de décalcomanie de la franchise Street Fighters) dans lequel les joueurs sont véritablement projetés dans la peau de leur personnage par l’intermédiaire d’une puce immersive. Une « VR améliorée », avec de véritables sensations physiques pour ressentir les coups… ou les caresses. Car là où on pouvait s’attendre à des héros sombrant dans l’addiction ou restant coincés à l’intérieur de la simulation (thématique déjà explorée avec réussite dans le premier épisode de la saison 4 USS Callister), Harris surprend son audience en prenant comme sujet la routine d’un couple à la dérive. Avec les questionnements liés à l’orientation sexuelle sous fond de cybersexe et du polyamour en filigranes. Inattendu.

Les frontières du couple en question

Plutôt que de se battre, Danny/Lance dans le jeu (interprété par Ludi Lin) et Karl/Roxette (Pom Klementieff, également aperçu chez Marvel dans le rôle de Mantis des Gardiens de la Galaxie) font l’amour passionnément dans des arènes de combat virtuelles et sublimes (soulignons au passage la superbe photographie et mise en scène de l’épisode). Derrière les ébats, les deux amis/amants s’interrogent (« Est-ce que c’est de la tromperie puisque ce n’est pas ‘vrai’? », « Est-ce que cela fait d’eux des gays ? ») pendant que Theo se questionne elle sur les absences (au propre comme au figuré) de son mari et sa capacité à encore attirer les hommes…

Bien que l’épisode parle beaucoup de sexualité, le fond du propos est avant tout la vie de couple et la communication nécessaire à son bon fonctionnement. Comme le relève Theo en célébrant son anniversaire de mariage avec Danny : « Une relation nécessite des engagements et des sacrifices pour fonctionner. » Elle exige aussi de la transparence. Chacun est libre de fixer les limites de son couple et de sa sexualité, tant que cela est fait d’un commun accord avec son/sa partenaire. À la fin de l’épisode (SPOILERS !), Theo et Danny s’échange d’ailleurs des symboles de la nouvelle confiance qu’ils ont établi entre eux : une puce du jeu vido pour lui et une boîte pour ranger son alliance en lieu sûr pour elle. Une fois par mois (par an?), ils décident ensemble de vivre une soirée libre, chacun de leur côté. Des relations extraconjugales, mais pas infidèles.

Si on évite pas quelques approximations (Karl expliquant à Danny ce que ressentent les femmes en faisant l’amour), « Striking Vipers » est un épisode qui se veut bienveillant, chose rare dans la série. Saupoudré que touches d’humour bienvenues (bien qu’elles puissent déranger certains), il incite en tout cas à réfléchir à remettre ses convictions en questions. Ce que Black Mirror a toujours fait de mieux.

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