Nirvana, Chuck Berry, Tupac, des milliers d’enregistrements originaux partis en fumée

La quasi-totalité des "masters" réalisés depuis 1940 a été détruite dans un incendie en 2008. Une perte inestimable que les studios Universal avaient réussi à cacher.

belgaimage-9437804-full

C’est un véritable désastre pour l’histoire de la musique. Des milliers d’enregistrements originaux, dont certains remontaient aux années 40, ont été brûlés lors de l’incendie d’une partie des studios d’Universal à Hollywood en 2008. Derrière les décors de cinéma, partis en flammes en quelques minutes à peine, se trouvait un énorme entrepôt où une grande partie des archives vidéos du groupe étaient stockées. Un endroit dénommé « le coffre-fort » au vu des trésors qu’il abritait. A l’époque, les journalistes se sont concentrés sur la destruction de ce matériel vidéo, mais la société de divertissement s’est très rapidement montrée rassurante, précisant qu’ils possédaient des copies de tous les films perdus dans l’incendie. L’affaire s’est donc très vite tassée.

Ce qu’on savait moins, par contre, c’est que le bâtiment 6197 était le principal entrepôt de masters d’UMG sur la côte ouest : les enregistrements originaux à partir desquels toutes les copies ultérieures sont produites. Le New York Times vient de lever le voile sur cette catastrophe, précisant qu’un catalogue de 500.000 morceaux originaux est parti fumée. Il contenait des pépites, notamment des enregistrements des instruments pris piste par piste, isolant ainsi la batterie, les claviers ou la guitare de chaque morceau. C’est de ces partie assemblées qu’étaient créés les titres que l’on connaît aujourd’hui.

Un trésor qui contenait les masters d’un éventail d’artistes couvrant plus de 60 ans de musique et une variété de genres. Louis Armstrong, Duke Ellington, Judy Garland, Etta James, Neil Diamond, Loretta Lynn, Eric Clapton, Yoko Ono, Elton John, Nirvana, The Roots, Janet Jackson, No Doubt et Tupac Shakur font partie de la longue liste d’artistes dont les enregistrements ont peut-être alimenté les flammes de l’incendie qui a ravagé les studios d’Universal en juin 2008.

Le bâtiment 6197 contenait les enregistrements de dizaines de maisons de disques qui ont été absorbés par Universal au fil des ans, y compris plusieurs des plus importants labels de tous les temps. On y trouvait par exemple des masters de Decca, la turbine de la pop, du jazz et du classique. Des copies de ces morceaux existent toujours, mais la qualité sonore est largement inférieure à celle qu’on pouvait obtenir grâce aux masters. Des tracks irremplaçables, comme le master des premiers enregistrements commerciaux d’Aretha Franklin, réalisés lorsque la reine de la soul était encore adolescente, ont disparu à jamais. Sur le plan financier, il est difficile d’évaluer la perte de ces originaux, mais certains spécialistes évoquent un montant de 150 millions de dollars. Sur le plan historique, la destruction de ces chefs d’œuvres est inestimable.

Pour le New York Times, « la situation est critique : c’est une attaque au ralenti contre notre patrimoine musical dont beaucoup, dans l’industrie du disque, et a fortiori parmi le grand public, ne saisissent pas la gravité. Si une perte d’une ampleur comparable s’était produite dans une autre institution culturelle — comme le Metropolitan Museum of Art —, il y aurait eu une plus grande sensibilisation au problème et peut-être même une forme de responsabilisation.

Sur le même sujet
Plus d'actualité