Harvey Weinstein: la bande-annonce glaçante du documentaire « Untouchable » vient de sortir

Untouchable, documentaire-choc revient sur l’explosion de l’affaire Weinstein. De la chute du producteur hollywoodien à l’avènement féministe, où en est le cinéma 18 mois après l’entrée dans l’ère #MeToo?

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En octobre 2017, la publication simultanée de deux enquêtes américaines du New Yorker (menée par Ronan Farrow, fils de l’actrice Mia Farrow) et du New York Times (signée Jodi Kantor et Megan Twohey) provoque une déflagration à l’échelle mondiale en révélant les agissements du nabab de Hollywood, Harvey Weinstein. Celui-ci est accusé de harcèlement sexuel par plusieurs dizaines de femmes, dont les actrices Asia Argento, Rosanna Arquette, Salma Hayek, Angelina Jolie et Gwyneth Paltrow. Les trois journalistes ont depuis reçu le prix Pulitzer, la plus haute récompense accordée au travail journalistique aux États-Unis, tandis que Harvey Weinstein, 67 ans, continue de démentir avoir eu des relations sexuelles non consenties…

En attendant le procès reporté à novembre, l’onde de choc est bien là. Il y a un avant et un après-affaire Weinstein, déclencheur du mouvement #MeToo qui ébranle le système sexiste et patriarcal global. Untouchable, le documentaire d’Ursula Macfarlane ne met pas à jour de nouvelles révélations mais retrace, à travers la parole des victimes, l’avènement et la chute de celui qui fut l’un des hommes les plus importants de Hollywood, composant avec ses sociétés (Miramax puis la Weinstein Company qu’il dirige avec son frère Bob) un catalogue de films culte – de Sexe, mensonges et vidéo à Pulp Fiction, en passant par La leçon de piano et La vie est belle. “Avec lui, “non” n’était jamais une réponse”, se souvient Hope d’Amore, assistante qui déroule le récit glaçant d’une nuit d’abus qui semble se reproduire à l’infini. À chaque fois, le même schéma d’emprise se répète sur ses collaboratrices, dont il exige des massages dans des hôtels en les intimidant: “Tu veux vraiment faire de moi ton ennemi pour cinq minutes de ton temps?”, disait-il…

L’emprise Weinstein

Tandis que Weinstein bâtit son empire (en 1996, Le patient anglais moissonne neuf oscars) avec un sens du marketing et de la production incroyable”, pouvant être “charmeur, brillant puis très colérique”, d’après un ex-collaborateur à Miramax, les méthodes “vicieuses” s’accu– mulent. À chaque fois qu’une assistante ou une actrice harcelée porte plainte, Harvey sort une armada d’avocats pour les faire taire et fait régner une véritable omerta autour des journalistes qui commencent à enquêter.

En 2000, Rebecca Traister, reporter au New York Observer se fait cracher à la figure lors d’une soirée où elle essaie de lui poser des questions. “Beaucoup de journalistes travaillaient comme conseillers ou scénaristes sur ses films, dépendaient de sa paie ou de son magazine”, rapporte-t-elle. Pourtant les faits sont connus de tous. Sur un tapis rouge en 2005, Courtney Love met en garde les jeunes actrices voulant entrer dans le show-business: “Je vais être fichée si je dis ça, mais si Harvey Weinstein t’invite à une soirée au Four Seasons, n’y va pas”. Weinstein est devenu intouchable et agit comme un gangster, créant les carrières et broyant les gens. “Il se prenait pour le shérif de la ville, et il l’était. Son but était d’accumuler le plus de pouvoir et le plus d’influence possible”, témoigne un ancien collaborateur.

Lorsque Disney revend Miramax en 2010, la position des frères Weinstein se fragilise. L’idée d’écrire sur la face sombre de Hollywood, des problèmes raciaux au harcèlement sexuel, se fait de plus en plus forte. “Sur ce point, remarque Ronan Farrow, tout ramenait à Harvey Weinstein. Je croisais de plus en plus de sources, mais Weinstein avait fait engager des hommes de main du Black Cube, d’anciens agents secrets du Mossad pour effacer les traces de ce qu’il estimait être une campagne de dénigrement. Il dépensait énormément d’argent à décrédibiliser les gens.” Jusqu’au printemps 2017 où un enregistrement vocal compromettant avec l’actrice Amber Anderson fait office de preuve indéniable. La “culture du silence” tombe et une libération inédite de la parole se déclenche, aboutissant à la révolution #MeToo. Nous sommes entrés dans un autre monde où la honte a changé de camp.

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