The Handmaid’s Tale: le temps de la révolte

La saison 3 de cette série multiprimée a débuté, toujours plus en résonance avec l’actualité américaine. Et quand la réalité ressasse la fiction, c’est double frisson.

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Le 21 janvier 2017, au lendemain de l’élection de Donald Trump, des centaines de milliers de personnes se réunissent dans les rues de la capitale américaine pour promouvoir, entre autres, les droits des femmes. Parmi les manifestants, des dizaines de femmes portent un accoutrement étrange: une longue robe rouge sang et un couvre-chef blanc leur couvrant la moitié du visage. Pour les habitués du petit écran, l’accoutrement est reconnaissable en un coup d’œil. En faisant une référence immédiate à l’uniforme des esclaves sexuelles de la série à succès The Handmaid’s Tale, les manifestantes montrent que la pop culture peut aussi servir de porte-voix à certaines causes.

Dans cette dystopie glaçante, adaptée du roman de Margaret Atwood paru en 1985, les États-Unis sont devenus une dictature religieuse (la République de Gilead) où les femmes ne servent qu’à enfanter, servir ou, au mieux, assumer des tâches de gouvernante. Après une baisse de la fertilité, la dictature se met en place à coup de restrictions de plus en plus sévères en matière de droits des femmes. L’héroïne de cette fiction est June Osborne, devenue Offred (Elisabeth Moss), dont le destin est cadenassé par la famille qu’elle doit servir en donnant naissance à un bébé. Violée, séquestrée, battue et dénigrée, Offred reste June au fond d’elle-même, exprimant sa véritable pensée en voix off. Elle se doit de rester forte. Pour elle, pour son mari ayant réussi à fuir au Canada et pour sa fille, éduquée dans une famille de dirigeants.N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question”, prévenait Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, en 1949. Cette phrase n’aura jamais pris autant de sens qu’à la vision de The Handmaid’s Tale dont les flash-back nous rap– pellent comment une société démocratique peut doucement basculer dans l’enfer.

Depuis le succès de la série (huit prix et dix-huit nominations), l’uniforme des servantes écarlates est devenu un symbole de résistance face aux atteintes aux droits des femmes, particulièrement aux États-Unis. Le droit à l’avortement, notamment, y est menacé dans de nombreux États. L’Alabama a par exemple adopté la loi la plus répressive du pays en interdisant l’avortement, même en cas d’inceste ou de viol. Les médecins qui pratiqueront des IVG encourront de longues peines de prison ferme (de 10 à 99 ans). La Géorgie, l’Ohio, le Mississippi, le Kentucky, l’Iowa et le Dakota du Nord ont de leur côté adopté une loi interdisant l’avortement dès que les battements du cœur du fœtus sont perceptibles, soit dès la sixième semaine de grossesse (une période où certaines femmes ne savent même pas qu’elles sont enceintes). The Handmaid’s Tale n’est pas si loin.

Wake up, America!

Tandis que la première saison suivait le récit du roman, les scénaristes sont en free style depuis la deuxième saison, dont les développements scénaristiques sont inédits. Par exemple, le personnage de Moira, meilleure amie de June incarnée par Samira Wiley (Orange Is The New Black), n’existe pas dans le roman. Dans l’univers inventé par Margaret Atwoord, les Afro-Américains ont été déportés dans le Midwest américain, loin des principaux personnages de l’histoire. Pour Bruce Miller, le créateur de la série, il était beaucoup plus difficile à la télévision que dans un livre de ne pas avoir de personnages noirs”.

En fin de saison 2, alors que June peut enfin s’échapper de la République de Gilead, la jeune femme confie son nouveau-né à Emily (Alexis Bledel) et décide (sous les cris horrifiés des téléspectateurs) de rester dans cette société-prison pour y organiser la résistance et (surtout) récupérer sa fille. Wake up, America!, avertit-elle, le sourire aux lèvres, dans un teaser diffusé lors du Super Bowl et détournant un spot de campagne de Ronald Reagan de 1984. Ils n’auraient jamais dû nous donner un uniforme s’ils ne voulaient pas que nous soyons une armée”, assène-t-elle dans une bande-annonce qui donne les frissons qu’on attendait. Car l’attente a été longue depuis la fin de la deuxième saison en juillet 2018. Surtout que ce troisième chapitre était initialement attendu pour avril 2019…

Pour sa révolte, June pourra compter sur Serena Joy (Yvonne Strahovski), la femme du commander Waterford au comportement presque bipolaire, Nick (Max Minghella), traître infiltré au sein des autorités et amoureux de June, et bien évidemment sur une multitude de servantes humiliées, blessées et violées depuis des années. Le ton va donc se durcir et la tension, palpable et prégnante depuis le début de la série, monte d’un cran. Dans la dernière bande-annonce, June apparaît plus déterminée que jamais à renverser ce système tyrannique. C’est donc avec beaucoup d’attentes et d’émotion que l’on se délecte de ces treize nouveaux épisodes. En espérant que la réalité ne rattrape jamais la fiction…

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