Vanessa Paradis, souveraine au Cirque Royal

La chanteuse française a fait scintiller le Cirque Royal de Bruxelles hier pour la tournée Les Sources qui accompagne la sortie de son 7ème album. Un concert romantique et étincelant, nourri de trente ans de carrière et d’un rapport à la scène ultra-gracieux.

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Des images bucoliques, des lilas mauves et des rivières défilent sur un immense rideau blanc qui dissimule la scène du Cirque Royal – où Vanessa Paradis s’était produite pour la dernière fois en 2013 pour le Love Song Tour. Elle apparaît d’abord en ombre chinoise derrière l’écran et ouvre le show avec La Plage, l’un des titres-phares de son nouvel album composé entre Paris et Kiev et enregistré à Los Angeles. Le rideau tombe et Vanessa surgit dans un manteau de voile noir lamé d’argent, des bracelets brillants aux poignets, les cheveux libres et le sourire généreux, entourée de six musiciens.

Lorsqu’elle commence à bouger, à prononcer les paroles caressantes du second morceau («  dis-moi que tu m’aimes, que la vie est belle  », du titre Mi Amor), le charme opère. Vanessa Paradis est toujours ce diamant ondulant qui vous rappelle vos vingt ans, mais si la voix est toujours suave, le timbre a acquis en gravité et profondeur et l’allure sur scène est désormais souveraine. «  Bonsoir Bruxelles  !  » a-t-elle salué (en forçant sur le X à la française), rappelant en plaisantant que la ville n’est pour elle « que de bons souvenirs de musique, de cinéma et de croquettes », avant de demander au public de ne pas utiliser les téléphones portables et de « profiter de ces deux heures » (moins le quart) de musique « pour oublier le reste, et danser si possible ». De Serge Gainsbourg à Lenny Kravitz en passant par Benjamin Biolay, «  M  » (la petite soeur de Matthieu Cheddid alias NACH assurait la première partie du conert) ou les tubes des débuts signés Roda-Gil et Franck Langolff (dont Joe Le taxi qui marquait son entrée bousculée dans le Top 50 en 1987 – revisité ici en version mambo-rock), l’artiste a égrené son répertoire, subtilement arrangé par le musicien Rémy Galichet, arrangeur et directeur artistique de sa tournée.

Passant du chaud au froid après L’Incendie et Kiev, la salle s’est enflammée d’un coup avec une version rock de Marilyn et John (de Roda-Gil & Langolff encore), Vanessa troquant son long manteau noir pour des accessoires néo-hippie (jean noir, boots, débardeur perlé et légère couronne de cymbalettes), sous l’œil de son protecteur historique Philippe Fendt qui patronnait la salle rénovée du Cirque (2030 places) où l’on pouvait d’ailleurs croiser l’acteur belge Stéphane De Groodt. Le rapport à l’image n’est pas rien chez Paradis, actrice et icône à la grâce sculptée, capable d’enchanter désormais tous les styles, brassant aussi bien l’esprit cabaret (où elle excelle) que l’énergie d’une fanfare rock, ponctuant ses apparitions d’instants de grâce ultra maîtrisés. Sur scène Vanessa danse autant qu’elle chante, enlace ses guitaristes, tourbillonne, séduit en tapant dans les mains et envoie des baisers tout en haut de la salle. Ce qui touche aussi chez Paradis c’est qu’on parle toujours d’amour (six titres des Sources ont été écrits et composés par son amoureux Samuel Benchetrit, dont la sublime ballade folk  Ces mots simples), et elle entame d’ailleurs en italien Moi Cuore («  Mon cœur  », extraite aussi de son dernier album), prévenant le public de quoi ça parle  : «  c’est une chanson sur l’errance amoureuse, on est parfois sans réponse mais le cœur sait toujours pourquoi, car le cœur ne ment jamais  ».

L’émotion gagne ensuite pleinement la salle avec les chansons-échos des idylles passées qui ont traversé nos imaginaires collectifs (Il y a de Gaëtan Roussel, dont le clip était réalisé par Johnny Depp en 2009 pour son album Best of  ; Pourtant, composée par Matthieu Cheddid pour l’album Bliss en 2000 ; Be my Babe, tube composé par Lenny Kravitz pour l’album qu’il lui consacrait en 1992). Suivait un vibrant medley folk-rock (dont la fameuse reprise de Lou Reed, Waiting for my man), avant que Vanessa atterrisse en douceur « il faut se calmer un peu là » et entonne Chéri perchée sur un haut tabouret plus intimiste (un titre des Sources, composé par elle-même « pour son chéri »). L’émotion se prolonge avec une reprise de Serge Gainsbourg La Ballade de Johnny Jane, qu’elle accompagne d’un baiser tourné vers le ciel. Suivent d’affilée quatre interprétations puissamment rock et sensuelles de La Seine, Commando, Love Song et Tandem avant que Vanessa ne dise bonsoir et disparaisse. Le public crie, la rappelle, elle revient alors vêtue d’une longue robe noire à camélia dorés ouverte dans le dos, en talons aiguilles cette fois, interprétant avec une douceur hypnotique Ces mots simples puis Dis-lui toi que je t’aime. « On t’aime aussi Vanessa  ! » hurle la salle. L’artiste clôture avec Divine Idylle, les familles se tiennent dans les bras, les fans tendent les mains vers celle qui remercie et s’efface déjà, dans un scintillement de cymbales. C’était divin.

La tournée des Sources se poursuit ce soir au Cirque Royal et demain au Forum de Liège et s’achèvera début juillet à Monte Carlo.

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