Matthieu Chédid époustouflant à Forest National

En solo mais avec sa poésie, des instruments qui tombent du ciel, de la 3D et un Roméo Elvis en guest, le chanteur français à l’âme d’enfant a signé une prestation qui restera dans les annales de la french pop. Il revient à Forest le 4 décembre.

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En 1997, un drôle d’olibrius faisait ses débuts sur la minuscule scène de l’intimiste Rotonde au Botanique. Son pseudo, il le signait de la mèche de ses cheveux : « M« . Pédales d’effet au sol, gratte dans les mains, il dégainait en solo ses refrains pop, sa bonne humeur et ses espiègleries. Quelques jours plus tard, le garçon qui s’appelait en fait Matthieu Chédid sortait son premier album « Le Baptême ». La suite, vous la connaissez. Des disques, des tournées, des musiques de films, des collaborations (Vanessa Paradis, Johnny Halliday, Alain Bashung), des voyages initiatiques en Afrique, treize Victoires de la Musique et, enfin, un grand retour aux fondamentaux avec « Lettre Infinie », sixième album paru au début de l’année.

Le M qu’on aime

Ce vendredi, dans un Forest National plein comme un œuf, M est redevenu le M qu’on avait vu à la Rotonde. Le M qu’on aime. Généreux, poète, féérique… Mais il a aujourd’hui un répertoire plus étoffé, de l’expérience et des moyens qui lui permettent de créer sur scène un laboratoire des plaisirs. C’est tellement fou à voir qu’on ne sait pas par où commencer. Quand Matthieu a besoin d’une basse, celle-ci tombe du plafond juste devant lui. Il est aidé dans sa prouesse solo par deux batteries automates, des jouets mécaniques qui font des bruits zarbis et des gadgets de geek.

Electrique et hystérique

À ses pieds, repose un kit  avec une bonne trentaine de pédales d’effets. M se sample lui-même, imite le bruit des vagues, celui d’un cœur qui bat ou le son de percussions africaines. Sur la première chanson, Une Seule Corde, il joue sur une guitare qui n’a – eh oui – qu’une seule corde, sauf qu’on a l’impression que c’est un orchestre qui est devant nous. Comme l’écolier Angus Young d’AC/DC, il part jouer un solo électrique, hystérique et kilométrique entre les rangées des spectateurs.  Il a aussi trouvé un piano à roulettes qui l’emmène au cœur de ses fans pour un intermède sentimental où il exhume notamment La Seine, écrite pour Vanessa Paradis dans le soundtrack d’Un Monstre à Paris.

Au-delà de la prouesse technique, Matthieu le bienheureux rappelle qu’il reste un être humain. Il évoque sa grand-mère disparue, la naissance de son deuxième enfant, la nostalgie du cool, le passé dépassé, le présent qui le fait vibrer. Ce Rémy Bricka de la french pop 2.1 a, certes, des côtés mégalo. Il l’avoue lui-même dans ses chansons. Mais il faut l’être un peu pour créer ce one « M » show époustouflant.

Et puis, quelles chansons. Ce vendredi, il en a interprété près d’une trentaine.  Les tubes d’hier (Mama Sam, Je dis aime, Gimmick, Le complexe du corn flakes, Onde sensuelle), les bombes funky dancefloor (Superchérie en version Daft Punk), les blues du Mali (Massaï, Bal de Bamako), les covers (Seven Nation Army de The Whites Stripes, Smells Like Teen Spirit de Nirvana), les morceaux introspectifs de « Lettre Infinie »… Tout y est passé avec, pour chaque titre, une création visuelle particulière. Des écrans qui se découpent, des ombres chinoises qui se dessinent, des vidéos et, au deux tiers du concert, des effets 3D suivis par 8.000 spectateurs portant des lunettes « M ». Géant…

La surprise Roméo Elvis

Venu en voisin (il habite à quelques pavés de la salle) comme une cerise sur le gâteau, Roméo Elvis se fond parfaitement dans le show pour balancer les salves de Parano, leur collaboration qui s’affiche sur « Chocolat », premier disque solo du rappeur. Une sacrée surprise parmi d’autres surprises.

Alors, vous direz qu’on exagère. Qu’on s’emballe trop vite pour un chanteur déjà vu et revu. Un conseil, quand il revient le 4 décembre, ne le ratez pas.  Vous rangerez vos a priori au placard. Ce M est là est tout simplement époustouflant. Avec le concert d’Aloïse Sauvage aux Nuits Botanique et celui de Roméo Elvis dans cette même salle, c’est ce qu’on a vu de plus fort cette année.

Le 4 décembre à Forest National

Photos : Benoît Bouchez

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