Final de Game of Thrones: ainsi soit-il

Après dix années de combats, de sang, de trahisons, d’amour, d’amitiés et de stratégies politiques, la mythique série s’est terminée hier soir par un final qui ne laisse certainement pas indifférent. Attention, spoilers!

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Finir avec succès un show aussi complexe et riche que Game of Thrones était un combat perdu d’avance. Depuis la diffusion de sa dernière saison, la série se fait massacrer sur les réseaux sociaux par des fans insatisfaits, qui n’hésitent pas à apposer leur signature à une pétition demandant (carrément) la réécriture de cette huitième saison (un million de signatures à ce jour). Ayant apparemment anticipé le mécontentement de certains téléspectateurs, David Benioff et Dan Weiss, les créateurs de la série, ont décidé de ne donner aucune interview à propos de l’épisode final et de profiter de sa diffusion pour faire une cure de désintox digitale, « saouls et très loin d’Internet », a ainsi expliqué Benioff au média américain Entertainment Weekly.

Car la promesse d’une fin « douce-amère » a été tenue et ne plaît pas à tout le monde. Après le massacre de King’s Landing, Danerys n’est finalement pas prête à s’arrêter en si bon chemin. Dans un discours éloquent dont elle seule connaît le secret, la mère des Dragons promet de libérer TOUS les peuples, « de Winterfell (!) à Dorne ». Sa soif de pouvoir est grande, mais ne surprend pas. Depuis plusieurs saisons, les scénaristes ont disséminé plusieurs indices sur le caractère instable et belliqueux de Daenerys, explosant finalement dans un cinquième épisode flamboyant et sanguinolent. Lors des saisons précédentes, Emilia Clarke s’est ainsi vue demander de changer légèrement son jeu. « Il y a un certain nombre de fois où je me suis dit : pourquoi me demandent-ils de faire ça ?, a confié l’actrice à EW. Quand j’y repense maintenant, c’est logique ». Son partenaire de jeu Kit Harington n’a quant à lui pas peur des mots pour aborder l’évolution du personnage : « Si vous suivez son histoire depuis le début, vous avez vu qu’elle fait des choses terribles. Elle crucifie des gens. Elle brûle des personnes vivantes. Et ça s’accumule. Ce que l’on dit à l’audience c’est : vous étiez vous aussi en plein déni sur cette femme. Vous saviez que quelque chose n’allait pas. Vous êtes coupables, car vous l’avez encouragée ».

La mort d’une héroïne

Pour éviter la mort de millions d’innocents, il faut donc soit raisonner la Reine, soit la supprimer. Sa chaise de conseiller étant vide après la « trahison » de Tyrion, c’est à Jon que revient la lourde décision. La mort dans l’âme, celui qui a toujours œuvré pour le bien commun tue sa bien-aimée par surprise qui, comme son précédent grand amour Ygritte, meurt dans ses bras. Daenerys hérite d’une fin tragique… et c’est très bien comme ça. L’idée d’une Dany heureuse, sirotant son vin entourée de son amant et d’une ribambelle d’enfants sonne faux. La laisser détruire Westeros et finir le show sur une carte vierge de toutes âmes vivantes sonne mal.

La naissance d’un Roi

Symbole de la fin d’une histoire, Drogon livre peut-être le geste le plus héroïque de la série en brûlant le fameux trône de fer, source de violence inutile depuis des milliers d’années. Mais qu’est-ce qu’un royaume sans Roi/Reine ? Après un gap temporel brut et inexpliqué, les principaux dirigeants de Westeros se réunissent pour choisir leur souverain.e dans un King’s Landing apparemment plus ou moins reconstruit (?). Surprise, c’est finalement Bran qui hérite du trône maudit, après une suggestion de Tyrion.

Un choix certes difficile à comprendre sur le coup, mais qui après réflexion fait sens. Dans une série qui n’a jamais cessé de nous rappeler que les sociétés oublient trop fréquemment leur propre histoire et sont condamnées à la répéter à coup de vengeances, conquêtes et massacres, qui de mieux placé pour gouverner que celui pouvant voir toute l’Histoire, passée et future. Brisé comme le Royaume dont il hérite, Bran n’a ni l’orgueil, ni l’ego de ses prédécesseurs. Cerise sur le gâteau, il ne peut pas avoir d’enfant et ne risque pas de nous livrer un Joffrey numéro 2. Long may he lives.

Un final en demi-teinte

« Personne n’est vraiment content » reconnaît Tyrion dont la réplique entre en résonnance avec les réactions des fans. Et c’est bien là le propre de Game of Thrones : provoquer le débat, surprendre, interroger, choquer et finalement, ne jamais satisfaire entièrement. Plutôt qu’une fin affirmée (qui n’aurait de toute façon pas plu à tout le monde), les scénaristes ont choisi un final en demi-teinte, proche de la réalité diplomatique qu’ils se sont toujours attelés à représenter.

Épiques survivants de ces huit saisons, les Stark s’éparpillent aux quatre coins de Westeros. Bran sur le trône, Arya à la conquête de l’Ouest, Sansa au Nord indépendant qu’elle gouvernera et Jon au nord du Nord jusqu’à la fin de ses jours. Renvoyé au mur pour avoir tué la Reine (la sentence aurait pu être pire), il finit par rejoindre les Wildlings, là où il n’a finalement jamais été mieux à sa place.

« Game of Thrones est désordonnée et grise et ça a toujours été comme ça »

Si l’on peut reprocher à cet épisode ses raccourcis temporels, ses incohérences et un final quelque peu précipité, on ne peut par contre pas nier sa qualité visuelle et musicale. Les effets spéciaux sont magistraux et la soundtrack signée Ramin Djawadi plus belle que jamais.

« Cette saison est très émotionnelle et a été conçue pour que le spectateur ne se sente pas bien, explique au New York Times l’un de ses scénaristes Bryan Cogman. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. La meilleure fiction dramatique, c’est celle à laquelle vous pensez encore après. Il y a actuellement une tendance dangereuse à faire en sorte que l’art et la culture populaire vous fassent vous sentir en sécurité et que tout le monde se sente bien en regardant un film ou une série. Je ne crois pas en cela. Game of Thrones est désordonnée et grise et ça a toujours été comme ça – depuis Jaime poussant un petit garçon par la fenêtre à la mort de Ned Stark et au Red Wedding. C’est le genre d’histoire qui a pour but de vous déstabiliser, de vous mettre au défi, de vous faire réfléchir et de vous questionner. Je pense que c’était l’intention de George et ce que David et Dan voulaient faire. Peu importe ce que vous pensez des derniers épisodes de cette série, je ne pense pas que quelqu’un nous accusera d’avoir choisi la solution de facilité. »

Tout comme les héros de cette épopée, les scénaristes ont-ils pris la bonne décision? La réponse de Tyrion à Jon (« Demande-le moi à nouveau dans dix ans ») s’applique aussi à cette question. En 2029, se rappellera-t-on d’une dernière saison aux avis mitigés ou d’une série ayant bouleversé l’Histoire du petit écran, battu le record du nombre de récompenses et rassemblé des millions de téléspectateurs des quatre coins du monde autour d’une même histoire pendant dix ans?

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