dEUS: l’interview 20e anniversaire de « The Ideal Crash »

Tom Barman revient sur son chef-d’œuvre qu'il joue dans son intégralité avec son groupe du 20 au 27 mai à l'Ancienne Belgique.

 

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Printemps 1999. Frank Vandenbroucke gagne Liège-Bastogne-Liège en solitaire, Britney Spears est numéro 1 avec “Baby One More Time” et dEUS sort “The Ideal Crash”, l’album le plus influent de l’histoire du rock belge. Après le rageur “Worst Case Scenario” paru en 1994 et le kaléidoscopique “In A Bar, Under The Sea” en 1996, le groupe anversois emmené par le charismatique Tom Barman trouve avec ce troisième disque l’équilibre parfait entre un songwriting mélodique et son esprit expérimental qui l’anime depuis ses débuts. Comme Moustique l’écrit alors, “dEUS a mis de l’ordre dans son chaos”. 

Vingt ans plus tard, Tom et son groupe battent le record de concerts complets à l’Ancienne Belgique en jouant huit soirs d’affilée (du 20 au 27 mai) l’intégralité de « The Ideal Crash ».  En confrontant le fantasme romancé d’un rock indie à une rupture amoureuse brutale, les chansons de “The Ideal Crash” n’ont rien perdu de leur force émotionnelle. Pour son vingtième anniversaire, le disque a été remastérisé à Abbey Road et sort dans une édition enrichie de nombreux bonus.

Tom Barman, quelles images vous viennent à l’esprit lorsqu’on évoque “The Ideal Crash” en 2019? 

Même si le propos de l’album est sombre, je revois une période très heureuse de mon existence. J’ai vingt-cinq ans. J’ai mon premier appart, je gagne ma vie en faisant de la musique. La première image qui me vient en tête, c’est moi en Espagne, me promenant avec ma guitare dans les ruelles pavées de Ronda, où on passe plus d’un an pour concevoir “The Ideal Crash”. Nous avions reçu une avance financière énorme de notre label. On a loué un vieil hôtel que nous avons transformé en studio. On vivait en communauté. C’était le bonheur. Nous étions des hippies avec une carte Visa.

Aviez-vous alors le sentiment d’écrire le chapitre le plus le plus important de l’histoire de dEUS? 
La maison de disques nous le fait comprendre en mettant un gros paquet de pognon sur la table. Mais nous, on est dans notre truc: la musique. Des musiciens sont partis (le bassiste Stef Kamil Carlens, le guitariste Rudy Trouvé – NDLR), d’autres sont arrivés (l’Écossais Craig Ward, Danny Mommens). Lorsque nous arrivons en Espagne, dEUS est un nouveau groupe. Nous avons les idées et les ambitions. On veut enregistrer un album plus cohérent et plus condensé que “In A Bar, Under The Sea”, mais créer le désordre à l’intérieur des chansons. On ne s’en rendait pas compte alors, mais c’est avec “The Ideal Crash” que nous sommes devenus adultes. 

Le “crash” qui donne son titre à l’album renvoie à une rupture amoureuse. En quoi a-t-elle influencé votre écriture?
C’est la première fois que j’étais confronté à une grosse rupture amoureuse et je devais tout sortir. La plupart des textes de “The Ideal Crash” ne parlent que de ça. Je n’avais jamais autant dévoilé mes sentiments dans des chansons de dEUS. C’était comme une épiphanie. L’écriture coulait, il fallait m’arrêter. Aujourd’hui encore, je croise plein de gens qui me disent: “”The Ideal Crash” est le disque de mon adolescence”. Je suis flatté mais aussi étonné car cet album renvoie aussi au côté très cru de l’âme humaine. J’y évoque la haine et l’envie de vengeance. En préparant notre tournée 2019, je me suis même demandé si j’allais pouvoir chanter tous les morceaux de l’album chaque soir. Mais il faut prendre du recul. Ce ne sont que des chansons et j’en suis très fier. 

« On en a vendu entre 450.000 et 500.000 exemplaires. Pour du rock indie, c’est pas mal. »

Depuis vingt ans,  la chanson The Instant Street constitue le climax de vos concerts. En l’enregistrant, sentiez-vous qu’elle deviendrait un classique? 
Un classique, peut-être pas, mais nous savions qu’elle allait devenir une chanson importante le disque et pour pour le groupe. The Instant Street a fixé l’ADN de dEUS. Je me rappellerai toujours ma satisfaction après avoir trouvé le bon rythme de la chanson. Le final du morceau a été enregistré à trois heures du mat après une fête arrosée à Malaga. Arrivés dans notre hôtel à Ronda, on a réveillé le producteur David Bottrill et on lui a demandé de tout brancher. Nous étions chaud boulette. The Instant Street capture parfaitement l’atmosphère qui régnait en Espagne.

En termes de ventes et de notoriété, “The Ideal Crash” a-t-il répondu à toutes vos attentes? 
La firme de disques espérait en vendre deux millions. On a fini par y croire aussi, mais dEUS n’a jamais été un groupe qui s’est facilité la tâche. L’album n’est finalement pas sorti aux États-Unis. Avec ses sept minutes, le single The Instant Street n’a pas beaucoup tourné en radio. Au total, on doit en avoir vendu entre 450.000 et 500.000. Pour du rock indie, c’est pas mal. Après la tournée The Ideal Crash, on a fait une pause de cinq ans. Quand dEUS est revenu en 2004 avec “Pocket Revolution”, les salles qui nous accueillaient étaient plus grandes et notre nom se retrouvait plus haut à l’affiche des festivals européens. C’est là que nous avons vu ce que “The Ideal Crash” nous avait rapporté. 

Après cette tournée anniversaire, vous faites quoi?
J’ai terminé le troisième album du projet jazz TaxiWars que j’ai lancé avec le saxophoniste alto Robin Verheyen, le batteur Antoine Pierre et le contrebassiste Nicolas Thys. Le disque sort en septembre sur le label N.E.W.S. et nous partons en tournée durant deux mois en automne. J’ai aussi achevé l’écriture de mon deuxième long métrage (après Any Way The Wind Blows en 2003) et j’espère pouvoir le réaliser en 2020. Nous devons aussi boucler le nouvel album de dEUS en 2020. De beaux projets…

dEUS plays The Ideal Crash, Ancienne Belgique, Bruxelles. du lundi 20 au lundi 27 mai (complet). « The Ideal Crash, Edition 20t anniversary » (2CD), Universal.

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