Stephan Eicher revient à Bruxelles et revit sur disque

De sérieux ennuis de santé et une impasse judiciaire avec sa maison de disques ont éloigné Eicher pendant quasi sept années. Voilà son absence enfin interrompue par un concert, ce 3 juin à l’Ancienne Belgique, et un album «Hüh!», lui aussi dynamité par la fanfare gitane du Traktorchestar.

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«Hüh!», le titre de l’album, ne fait pas allusion au cri de victoire de Cristiano Ronaldo. C’est juste la version suisse de notre «hue» pour faire avancer un cheval.  Lancé en concert entre Eicher et sa douzaine de jeunes complices, c’est aussi le signe qu’il va bientôt falloir rentrer à l’écurie. En clair: encore quatre mesures de folles improvisations et on revient à l’original. Disque et spectacle partagent cette même volonté de musique «vivante», comme un retour symbolique à la surface. Sur la pochette de l’album, hommage au «Fantaisie militaire» de Bashung, Eicher émerge des confettis pour de nouveau respirer. En live, surtout à Bruxelles où il a vécu 4 ans, son programme n’est pas différent,:  «Je voudrais qu’à l’AB, les gens en prennent plein les yeux avec le Traktorkestar, que ce soit un moment festif pour tout le monde

Sur ce nouvel album, on retrouve sur des chansons anciennes (Combien de temps, Chanson bleue, Cendrillon après minuit, Pas d’ami comme toi…)  mais leur mélancolie originelle est emballée dans une folie gitane.

Pleurer ou danser, c’est ce que je me suis fixé pour le disque. C’est Goran Bregovic (compositeur des musiques des films d’Emir Kusturica, Le temps des gitans, Underground…) qui m’a amené vers ces sonorités de fanfare en 2013. J’ai enregistré deux chansons avec lui pour «Champagne for the Gypsies», un projet avec des gens du voyage, des musiciens d’Irlande, d’Espagne… J’étais le Yéniche suisse. Il m’a emmené en tournée et m’a appris à chanter cette musique sur scène. Comment on la rythme, comment on reste dans la sonorité. Sur «Hüh!», il a arrangé L’envolée. J’aurai voulu qu’il en fasse plus, mais il bouge tout le temps.

On trouve aussi quatre nouveaux titres qui semblent faire écho à La Prisonnière, un inédit parfois joué en live. Les signes d’un autre album à venir?

J’espère. J’étais en procès avec ma maison de disque depuis 3, 4 ans. Mais Universal avait le temps et l’argent, pas moi. Pour me sortir de mes problèmes avec eux et terminer le contrat, j’ai commencé un album en 2015. Malheureusement, quand j’ai envoyé les maquettes, elles sont arrivées dans un bureau vide: Pascal Nègre (président- directeur d’Universal) avait été viré. Mon disque était fini à 80%. La prisonnière en faisait partie. Là je travaille sur les 20% restant. J’ai écrit d’autres choses… 

«On a eu une existence «bourgeoise». Mon père ne voulait pas qu’on sache qu’on était yéniche.»

Votre père était d’origine gitane. Cette musique des Balkans appartient-elle à votre enfance?

Mes parents n’ont jamais vécu la vie du voyage, la culture yéniche. On a eu une existence «bourgeoise». Mon père ne voulait pas qu’on sache qu’on était Yéniche, parce qu’il y avait une loi suisse qui, encore dans les années 70, donnait le droit de séparer les enfants de leurs parents. C’est pour cela qu’on a quitté les Grisons, dans l’Est de la Suisse, pour Berne où il n’y avait pas de Yéniche. J’ai appris tout cela plus tard. La folie des Balkans me touche donc parce qu’elle est aussi au fond de moi. Il y a un élément presque punk. Cela m’a toujours séduit, mais je n’avais jamais vécu ça sur scène. J’adore cette puissance. C’est mon spectacle préféré, puissant, physique, créatif…

Depuis votre premier concert belge en 1986, chaque tournée est l’occasion de présenter une formule scénique différente, parfois même loin du ton musical de l’album.

Pour moi, une chanson doit évoluer comme un standard de jazz. On ne touche pas aux paroles ni à la mélodie principale. Mais les tempos, l’énergie, la dynamique, l’harmonisation, tout peut changer. Certains artistes font sonner sur scène leurs chansons comme sur l’album. Très bien. Mais moi je trouve ça stupide. J’aime vieillir. Je ne parle pas de ce qui m’arrive (il touche son dos douloureux), mais j’adore les choses qui se développent, qui avancent, même quand elles vont vers quelque chose de pas très gai. J’adore sentir le temps passer et je serais très déçu qu’on ne l’entende dans ma musique.

Vous semblez préférer la scène au studio.

Ce n’a pas toujours été vrai. Au début, j’étais moins intéressant sur scène qu’en studio où j’étais capable de travailler pendant des mois sur un son de synthé. Puis il y a eu une phase où j’ai préféré quitter les studios classiques pour enregistrer dans des endroits différents des albums comme «Engelberg» (dans le casino de la ville) ou «Carcassonne» (à l’Hôtel de la Cité). Puis j’ai appris à mieux jouer, à apprécier le fait d’être entouré de bons musiciens et que des molécules s’échangent comme dans le jazz.

Stephan Eicher, en concert le 3 juin à l’Ancienne Belgique

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Pochette de « Hüh! », un clin d’oeil à celle de « Fantaisie militaire » d’Alain Bashung

« J’adore échanger avec Miossec, voir le monde à travers ses yeux. » – Stephan Eicher

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« Je retourne toujours vers l’art brut (selon la définition du peintre Jean Dubuffet, l’art des fous, des marginaux, des artistes sans bagage artistique), le seul honnête, le seul qui compte pour moi. » – Stephan Eicher

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