Non Rammstein n’est pas un groupe d’idiots, leurs textes le prouvent

Le groupe allemand n’hésite jamais à jouer la provoc, ce qui a le don d’agacer certains. Mais sous des dehors rustres, Rammstein est un groupe engagé, qui n’a pas peur de foutre un coup de botte dans la fourmilière.

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Antisémitisme, nazisme, homophobie… On a taxé les Allemands de Rammstein de tous les maux. Tancé de toutes parts, le groupe continue de choquer, quitte à susciter la controverse. Rammstein n’a pas peur de heurter les sensibilités, en témoigne le teaser du clip Deutschland, où quatre membres du groupe déguisés en prisonniers de camp de concentration sont sur le point de se faire exécuter par des officiers nazis.

Ce court extrait de 30 secondes a suffi à embraser l’opinion publique et à relancer les accusations d’antisémitisme. Mais, comme souvent avec Rammstein, le feu des critiques est vite atténué par les dénégations de ses membres et l’analyse plus poussée qu’il faut faire de leurs paroles. Car si les Est-Allemands cultivent une iconographie flamboyante et outrancière qui laisse a priori peu de champ à l’interprétation, leur prose révèle une vraie réflexion sur des thématiques sociétales.

Deutschland, autant dans son rapport entre son et image que dans ses paroles-mêmes, souligne parfaitement cette dualité. Le clip retrace 2000 ans d’histoire allemande, mettant en scène ces évènements qui ont fait la grandeur comme la laideur du pays. Les mots et le timbre de voix employés par la chanteur Till Lindemann, proches de la supplique, se font l’écho de l’ambiguïté de son sentiment face à sa patrie, entre fierté et haine. “Allemagne, mon cœur en flammes veut t’aimer et te maudire” chante notamment Lindemann. Au lieu d’un discours exaltant des sentiments nationalistes, le groupe d’alt-metal fait de Deutschland un réquisitoire contre les affres perpétrés par l’Allemagne et la puissance qui en a découlé.

Plus subversif qu’haineux

Le clip de Mein Land s’était également attiré les foudres de ses détracteurs pour son contenu prétendument xénophobe. En réalité, la chanson faisait suite à la convention de Dublin, qui a davantage servi à endiguer l’arrivée des migrants au plus fort de la crise migratoire qu’à défendre leurs droits. Avec Rammstein, ce que l’on voit correspond rarement à ce qui est dit.

Les textes de Rammstein sont plus proches de pamphlets subversifs que de diatribes empreintes de haine. Qu’il s’agisse de cannibalisme avec Mein Teil, du port d’armes avec Feuer Frei, de l’homosexualité avec Mann gegen Mann, Rammstein a toujours aimé naviguer en eaux troubles et se jouer des conventions. A tel point que c’en est devenu un argument marketing. En jouant la provoc et la surenchère, le groupe s’assure une part d’exposition sans précédent pour six larrons jouant du metal, dans la langue de Goethe par-dessus le marché.

Goethemichés

Contrairement à ce que prétendent les détracteurs du groupe, Rammstein ne consiste pas en une troupe d’écervelés qui ne fait que s’amuser avec des godemichés en concert. On peut remarquer que de nombreux passages de chansons empruntent des classiques de la littérature allemande. Les plus avertis auront reconnu du Goethe dans Rosenrot et Dalai Lama, et du Brecht dans Haifisch. Loin de l’image de brutes épaisses dont ils font montre, les membres de Rammstein savent faire preuve de finesse et d’esprit.

La dernière chanson en date, Radio, est sensiblement différente de la démarche habituelle du groupe. Marqués par leur enfance est-allemande, les membres de Rammstein ont dédié cette ode à la radio, seul média qui échappait un tant soit peu au contrôle du pouvoir centralisateur. Le nom du dernier album n’est pas encore connu, contrairement à la pochette, une allumette. La preuve que Rammstein est encore prêt à bouter le feu à ses guitares mais qu’il n’a pas non plus envie de vendre la mèche.

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