Peter Doherty “La musique devient un business aseptisé”

L’enfant terrible du rock anglais revient dans l’actualité avec un album enregistré à l’arrache en Normandie. Confessions alcoolisées.

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Peter Doherty a écrit l’un des plus beaux chapitres du rock anglais avec The Libertines. Essentiel, romantique et décadent, le groupe imaginé en compagnie de l’ami Carl Barât a servi le mythe jusqu’à l’excès. Des premières décharges électriques enregistrées aux côtés de Mick Jones (The Clash) en 2001 à l’odyssée chaotique, il n’y avait qu’un pas. Mais Peter Doherty a préféré sauter à pieds joints dans les clichés: alcool, drogues, sorties au bras d’Amy Winehouse, cambriolage chez les copains, passage par la case prison et multiples cures de désintoxication ont longtemps alimenté les pages des tabloïds anglais. Puis, Peter Doherty s’est refait une santé en formant les Babyshambles, en soignant son écriture écorchée ou en ressuscitant The Libertines. En vérité, pourtant, le garçon est un survivant. Souvent annoncé aux premiers rangs du club des 27, le jeune quadra est toujours là, fidèle au poste.

Alors que son nouvel album solo sort (de nulle part), le lascar promet de rencontrer Moustique à Bruxelles. Et on s’attend au pire. Costume en tweed, chapeau sur la tête, Peter Doherty tangue avec une certaine classe jusqu’au canapé le plus proche. “C’est dur ce bidule, dit-il en agrippant le dossier. J’ai mal au dos. Je pense que j’ai besoin de marcher. Je vais fumer une clope dehors, je reviens tout de suite…” Une demi-heure plus tard, il n’est toujours pas là. L’artiste s’est évaporé. Il réapparaît finalement les bras chargés de livres. “C’était 2 + 1 gratuit. J’ai craqué”, lâche-t-il tout sourire. Entre ses mains, un des bouquins, Poverty Safari, annonce un examen approfondi de la pauvreté en Grande-Bretagne. “C’est un thème qui me parle, précise-t-il. J’aborde ce sujet dans les nouveaux morceaux. En Angleterre, nous sommes obsédés par la notion de classe sociale. La figure du “working class hero”, par exemple, est importante et terriblement complexe. Parce qu’elle mélange une forme de fierté et de honte. Mes parents sont issus de la “working class”. Mais ils détestaient ça. Ils se sont mariés en se promettant d’élever leurs enfants loin de ces considérations. Sauf que tous leurs enfants sont fascinés par cette conscience de classe… C’est impossible d’échapper à la réalité. Qu’est-ce qu’on boit?

Les pieds dans le sable

Peter Doherty file chercher deux caïpirinhas qu’il siphonne cul sec. “C’est quoi au juste cette boisson? C’est pas terrible. Il n’y a pas d’alcool là-dedans. J’ai bien mieux.” Plus tard, il évoque sa nouvelle vie dans la paisible station balnéaire de Margate. ”Il yavait trop de dealers à Londres, explique-t-il. Pour un mec comme moi, la capitale est source d’ennuis. Désormais, je suis au calme, les pieds dans le sable, juste à côté de la mer. Avec The Libertines, nous y avons acheté une maison là-bas. C’est là que j’habite. Je rêvais d’y enregistrer mon disque, mais Carl (Barât, NDLR) a refusé pour une question de primeur: il veut que le premier truc qui sorte de là soit le futur album des Libertines. Là, nous nous venons de composer un titre qui ressemble un peu à Here Comes Your Man des Pixies. Franchement, ça le fait.” En attendant, Doherty s’est exilé en France avec The Puta Madres, son nouveau groupe. “La copine de mon claviériste vit en Normandie. Elle a une bicoque à Étretat. Nous avons plié mon nouvel album, chez elle, en quatre jours et trois nuits.”

Temps fort du nouvel album, le morceau Travelling Tinker est un hommage à Alan Wass, le guitariste des Babyshambles décédé en 2015 des suites d’une overdose. “Nous envisagions de monter un groupe baptisé The Travelling Tinkers. Mais notre projet n’a jamais vu le jour…” À la première écoute, la chanson sonne comme un acte de repentance. Comme si Peter Doherty avait pris la mesure des dégâts causés par les drogues dans les coulisses du rock. “C’est une blague?” lâche-t-il. il y a de moins en moins de drogues aujourd’hui. La musique devient un business aseptisé. Aujourd’hui, à la fin d’un concert, la majorité des musiciens s’envoient des cœurs sur Instagram. Est-ce que ça me fait rêver? Bien sûr que non.

À travers ses fulgurances et ses excès, le chanteur anglais rappelle parfois le panache insensé du footballeur George Best. “C’est un de mes héros, confesse-t-il. Je l’ai rencontré en 1993. Nous avons échangé quelques mots et il m’a dédicacé un magazine qui doit toujours traîner dans le grenier chez ma mère.” Admirateur de l’équipe londonienne de Queens Park Rangers, Peter Doherty entretient à présent un lien privilégié avec un autre club, le Margate F.C. “Avec Carl, nous avons décidé de sponsoriser le Margate F.C. Depuis que les joueurs ont “The Libertines” tamponné sur leur maillot, les gens me voient comme un bienfaiteur.” Au bord des larmes, l’homme nous offre un dernier tour du côté de Margate. “Là-bas, j’habite à quelques pas d’un chenil où de nombreux chiens abandonnés se cherchent un maître, raconte Peter Doherty. Dernièrement, j’ai adopté un husky et un malamute d’Alaska. Le husky se prénomme Zeus, le malamute s’appelle Narco.Pour lui, j’ai choisi le nom moi-même.” Le signe d’un mec fidèle à ses valeurs. Rock’n’roll.

Le 16/5, Trix, Anvers.

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