Guillaume Canet: « L’amitié a besoin de mises au point”

Neuf ans après le succès des Petits mouchoirs, le réalisateur/acteur réunit sa bande de potes et sa compagne Marion Cotillard dans Nous finirons ensemble, mélo où la passion et le désir circulent.

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On a cueilli Guillaume Canet et Marion Cotillard lors de l’étape bruxelloise de leur tournée-marathon pour présenter la suite très attendue de la fresque amicale Les petits mouchoirs (cinq millions d’entrées en 2010) et le sixième long-métrage de Guillaume-réalisateur après Rock’n’Roll, délire inclassable inspiré de leur vie de couple. Dans deux suites Art déco de l’hôtel Métropole donnant sur la place de Brouckère entièrement rénovée, on rencontre ces quadragénaires sereins mais très préoccupés par l’état de la planète.

Acteur reconnu et french lover ambigu (chez Téchiné ou son pote Gilles Lellouche), monsieur Cotillard à la ville s’est imposé peu à peu comme un cinéaste populaire, variant les genres mais y mettant “beaucoup de lui-même” – la trajectoire de ce dernier film rejoignant celle d’un homme qui avoue s’être beaucoup débattu avec l’amour et l’amitié pour se livrer enfin, tel qu’il est.

Pourquoi une suite aux Petits mouchoirs?

GUILLAUME CANET – Je me suis réconcilié avec ce film en le revoyant à la télé. Je l’avais rejeté pour plein de raisons, notamment parce qu’à sa sortie j’ai perdu un proche dans les mêmes conditions que le personnage de Jean Dujardin et puis le tournage avait été très difficile, je ne supportais plus les personnages, je les trouvais atroces et égoïstes. J’ai redécouvert le film comme spectateur avec du recul et les personnages m’ont fait rire et m’ont touché, j’ai eu envie de les retrouver, mais il me fallait un sujet. Au même moment j’ai fait un constat sur l’amitié et je me suis rendu compte que je n’avais plus les mêmes réflexes qu’avant.

Avant quoi?

Avant d’être père, d’avoir vécu des deuils, de m’être séparé de gens. Ça redéfinit les priorités. On n’a plus envie de perdre de temps avec des conneries, on a envie de se dire les choses au lieu de se rendre malade à ressasser tout seul. Je reprochais à beaucoup de mes potes de m’avoir abandonné, alors que c’est moi qui m’étais éloigné d’eux. Là j’avais mon sujet: l’amitié c’est comme l’amour, c’est très important d’avoir des mises au point pour pouvoir espérer un jour finir ensemble. La question est de savoir comment. L’humain est doué de parole, c’est pas pour rien. Il faut y aller, il faut se parler.

En quoi faites-vous du cinéma populaire et quelles sont vos inspirations?

Je sais simplement que j’écris à partir de choses personnelles que je ressens et que je vis. Alors là seulement ça peut devenir universel. Pour que les gens puissent s’identifier, les choses doivent avoir été bien observées pour être justes. C’est cette sincérité-là qui “paye” au cinéma, même si ça n’est pas un joli mot. Sautet est une grande inspiration. On lui a reproché parfois de faire des films de bourgeois, mais ses films ont marqué des générations, comme Nous irons tous au Paradis d’Yves Robert ou Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat.

À l’écriture, comment placez-vous les curseurs? Car vous n’hésitez pas à aller très loin dans le mélo ou la comédie…

Le film me ressemble beaucoup en ce sens que j’ai toujours eu besoin de mettre de la gravité dans la légèreté et inversement. Rien n’est constructif pour moi s’il n’y a pas le rouge et le noir, c’est important que ces deux couleurs s’épousent comme disait notre ami Jacques Brel. C’est mon côté positif, je n’aime pas les choses définitives. Il m’est arrivé d’avoir des fous rires intérieurs pendant des enterrements, malgré la tristesse. J’aime tordre les choses. Ici il y avait une volonté de racheter les personnages. Je les trouve plus touchants dans ce second opus car ils se sont livrés, ils ont accepté de parler de leurs défauts, de leurs tares, ils baissent les armes et deviennent plus humains.

C’est un film sur le groupe, avec des moments explosifs: comment gérer cette alchimie?

Je tourne dans la continuité donc il faut vraiment me suivre. Sur le premier film je demandais aux acteurs de se comporter comme s’ils étaient en vacances et en même temps je le leur reprochais. Sur ce deuxième film, ils ont été beaucoup plus professionnels et à l’écoute. Le plus beau pour moi dans un film choral c’est de filmer ceux qui écoutent plutôt que ceux qui parlent. C’est comme quand vous regardez un couple: il suffit de regarder la manière dont ils s’écoutent, ça dit tout sur l’état du couple. Essayez, vous verrez.

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