Jean-Pierre Marielle, l’acteur qui se foutait de la gloire

Personnage, personnalité et personne de haute tenue, le comédien français avait imposé un style à l'image de sa nonchalance. Il est mort ce mercredi à l'âge de 87 ans. 

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Il cultivait une certaine hauteur. Il disait se foutre de tout – en tout cas de tout ce qui se rapporte à la gloire. Il disait « Je ne suis pas un acteur connu, je ne suis pas ce qu’on appelle une vedette. » Il alimentait l’image d’un homme à l’élégance insoupçonnée et  mettait un point d’honneur à calculer la bonne distance entre lui et la connerie humaine. Il était l’un des derniers loups d’une meute de comédiens patinés par le temps et l’expérience – emblèmes d’une époque qui n’est plus. 

La Bande du Conservatoire

Dans les années 50, Jean-Pierre Marielle faisait partie de la bande du Conservatoire de Paris, un ensemble bigaré à la langue verte où l’on trouve Jean Rochefort, Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Pierre Vernier, Guy Bedos et, au milieu de tout ça, absolument pas égarée mais bien à sa place, Françoise Fabian. Si Belmondo devient la coqueluche de Godard et l’idole d’une jeunesse qui prend la vie par la Nouvelle vague, Marielle se défonce au théâtre dans un registre que cette même jeunesse pointe comme un peu « vieux jeu. » 

Les galettes de Pont-Aven

Au cinéma, il traverse les années 60 et – surtout – les années 70 dans des rôles – souvent seconds – à travers lesquels il impose pourtant une nonchalance, une gouaille et une silhouette qui finiront par devenir cultes. Dans ces films populaires, qui ne marquent pas l’histoire du cinéma mais les esprits des spectateurs – La valise de Georges Lautner, Sex shop de Claude Berri, Cours après moi que je t’attrape de Robert Pouret, Un moment d’égarement du même Berri, Calmos de Bertrand Blier – la liste est longue – il explore sa propre grammaire qu’il qualifiait modestement de petite musique. Un style qui s’épanouit et devient une référence dans Les galettes de Pont-Aven, référence ultime du savoir-faire made in Marielle. 

Le reste de son parcours est rythmé par de beaux rôles – parfois passagers – il est magnifique dans Quelques jours avec moi de Claude Sautet – parfois plus imposants comme dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau. Un peu râleur, beaucoup français, ennemi de l’ordre établi, Jean-Pierre Marielle avait publié un livre de souvenirs dont le titre – Le grand n’importe quoi – résumait assez bien sa vision du monde.

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