Veerle Baetens et Anne Coesens: Duelles et complices

Dans Duelles, les deux actrices sont en plein trouble de voisinage. Un excellent thriller - portrait de femmes et exploration de l’instinct maternel. Conversation croisée.

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Alice (Veerle Baetens) et Céline (Anne Coesens) ont des vies d’épouses et de mères mitoyennes, à l’image de leurs maisons. Elles sont voisines et amies. Jusqu’au funeste jour où l’enfant de Céline tombe par la fenêtre sous les yeux d’Alice qui ne peut strictement rien faire. Entre la blonde et la brune, le voisinage va dès lors lentement basculer dans l’horreur. Si Veerle Baetens et Anne Coesens se font face dans Duelles d’Olivier Masset-Depasse (Illégal), les deux comédiennes semblent en revanche très complices dans la vie. Au-delà de l’anecdote, elles représentent aussi, l’une Flamande, l’autre francophone, les deux faces de notre cinéma national.

Est-ce que ces deux personnages représentent les deux faces d’une même femme?

ANNE COESENS – Je ne dirais pas ça. Elles ont des névroses très différentes. Par contre, elles sont fusionnelles, avant que le malheur n’arrive.
VEERLE BAETENS – C’est très symbolique. Il y a des différences entre ces femmes, mais elles sont en symbiose.

Jusqu’à la fin, on ne sait pas qui est l’âme noire. Vous jouez de ces ambivalences?

V.B. – Ce que je trouve génial avec Olivier, c’est qu’il a trouvé des bons côtés mais aussi des mauvais côtés chez l’une et chez l’autre! Et il est arrivé à nous diriger tellement bien que le spectateur “switche” tout le temps entre ces deux femmes.

Duelles © Prod / Gaëtan ChekaibanDuelles © Prod / Gaëtan Chekaiban

Vous avez puisé en vous des éléments de ces personnages?

A.C. – C’est un mélange de ce qu’on vit et de ce qu’on aimerait vivre, c’est fait de tant d’éléments qu’il y a forcément une partie de soi. Mais on prend aussi une partie du personnage qu’on ramène à soi, comme si on s’en nourrissait pour sa propre vie.
V.B. – Le travail de composition, ça se fait avant. Après, tu viens sur le plateau et là tu dois tout lâcher. Pour mon personnage, j’ai aussi puisé en moi. Adolescente, j’étais une fille peu sûre d’elle. Je pensais que tout le monde me détestait. Une vraie paranoïa! Et là, je me retrouve dans le personnage que je joue. Pour moi, Duelles est un film sur l’instinct maternel mais aussi la paranoïa et la culpabilité. Mais j’ai laissé ça derrière moi, je suis quand même devenue adulte.

Ce sont deux beaux portraits de femmes…

A.C. – Oui, Olivier est très féminin! Il a été élevé par des femmes. Les hommes ne sont pas très présents dans son parcours et quand il était enfant. C’est quelqu’un qui comprend et dessine bien les femmes.

C’est plutôt rare dans le cinéma?

A.C. – Je pense qu’il y en a beaucoup quand même. Regardez Alabama Monroe, quel beau personnage de femme! Quand les Dardenne font Rosetta ou Joachim Lafosse À perdre la raison, ce sont aussi de beaux portraits féminins.
V.B. – Oui, mais il n’y en a pas assez, je trouve. Souvent la femme est poussée dans des stéréotypes.
A.C. – C’est vrai, les rôles complexes sont plus    souvent masculins. La femme est souvent rangée dans les cases “maman” ou “putain”.

Duelles © ProdDuelles © Prod 

Vos personnages dans Duelles sont pourtant des stéréotypes très hitchcockiens.

V.B. – Oui, mais l’écriture d’Olivier a réussi à dépasser ça. Au bout d’un certain temps, on oublie cette apparence et on est avec elles, dans leur complexité.

Vous semblez complices dans la vie. C’était nécessaire pour le film?

V.B. – Absolument. Je ne peux pas jouer avec des gens qui sont loin de moi ou me font peur. On se ressemble fort. On est assez écologistes, les enfants sont importants, on est attentives au type d’enseignement dans lequel on les inscrit. Mais j’ai trop tendance à dire ce qui me passe par la tête, trop parfois!
A.C. – Moi, je suis un peu plus control freak! Mais pour bien travailler avec quelqu’un, il faut se sentir en confiance, aimer l’autre. C’est une espèce de partage.

Le cinéma belge francophone semble s’intéresser de plus en plus aux films de genre, ce que les Flamands font depuis longtemps…

A.C.  – C’est comme un nouveau jouet. Ce qu’on nous propose souvent, ce sont des rôles réalistes où on te demande de jouer le moins possible. Alors que pour nous, le côté le plus jouissif, c’est quand même quand un rôle est un peu “bigger than life”.
V.B. – La différence, c’est que du côté francophone, les personnages sont plus creusés sur le plan psychologique. En revanche, il n’y a pas assez de tension dans les films.

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