Les coups de cœur culturels de Sébastien Ministru

Presse écrite, radio, littérature, théâtre avec sa dernière pièce Les belles personnes qui triomphe au Théâtre de la Toison d’Or, notre rédacteur en chef adjoint est partout. Il partage avec nous ses coups de cœur culturels qui l’ont fait comme il est: passionné, boulimique, curieux, sensible et défricheur.

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Le théâtre de boulevard

« À l’âge de 12 ans, je découvre chaque vendredi soir sur Antenne 2 les classiques du boulevard français en regardant en famille Au théâtre ce soir. Après ce programme, mes parents vont se coucher et moi j’enchaîne avec Apostrophes de Bernard Pivot. Je ne viens pas d’une famille intellectuelle. Il n’y a jamais eu de “guide” dans mon éducation ou de hiérarchie entre le bon et le mauvais goût. Je m’aventure tout seul dans la culture et de manière très anarchique…Ce que j’aime dans ces vaudevilles – Potiche, Folle Amanda, Fleur de cactus – signés Jean-Pierre Gredy et Pierre Barilllet (photo) c’est l’art du divertissement, le bon mot, les vannes et le jeu d’une Jacqueline Maillan. Je suis fasciné qu’on puisse faire rire toute une salle avec un texte. Dans le même élan, je m’intéresse aux humoristes. Bedos, Devos, Jacques Martin et  Le Petit Rapporteur… Très vite, leur travail sur la langue et dans l’écriture va faire écho en moi.”

Déjà s’envole la fleur maigre – Paul Meyer

« Le réalisateur belge Paul Meyer tourne ce docu-fiction en 1960, un an avant ma naissance. Il y raconte de manière très réaliste l’histoire d’une famille italienne d’émigrés venue s’installer dans le Borinage. Déjà s’envole la fleur maigre a été tourné dans mon village natal de Flénu, près de Jemappes. Des gens. que je connais bien, des voisins jouent dans le film qui fait partie de la petite mythologie du village. Je le vois pour la première fois à l’âge de 10 ans… Je l’ai eu en VHS et puis en DVD dans sa version restaurée par la Cinematek. Tous ceux qui ont vécu à Flénu en sont fiers. Pour une fois, c’est notre histoire qui est mise en exergue. Les racines méditerranéennes, l’immigration,  la nostalgie du pays, la vie dans la cité, le travail à la mine, la culture des corons, les terrils, les fêtes du samedi où on danse au son de l’accordéon..Le cinéma social belge est né là.”

La pitié dangereuse – Stefan Zweig

« J’ai 19 ans quand je lis pour la première fois ce livre qui m’accompagne encore aujourd’hui, tel un guide. Zweig raconte l’histoire d’un soldat qui invite une fille à danser lors d’un bal avant de se rendre compte qu’elle est handicapée. Après sa maladresse, il va enchaîner les mauvaises décisions et finira par épouser cette jeune femme alors qu’il sait qu’il ne l’aime pas.  À l’âge où je découvre La pitié dangereuse, je suis très impressionné par les sentiments qu’il décrit.. Cette lecture m’a amené à toujours faire très attention aux failles de la vie où, en une seconde, tout peut basculer, à faire attention à ne pas se laisser prendre en otage par ses propres émotions. C’est devenu une règle pour moi.”

Une carte postale de ma maman

« Je ne suis pas attaché aux objets sauf une ou deux choses très personnelles. Cette carte postale m’a été envoyée par ma mère le 9 janvier 1962 alors qu’elle était hospitalisée pour des problèmes cardiaques. Pour mon premier anniversaire, elle écrit “Pour mon petit Sébastien. Beaucoup de baisers. Ta maman”. J’ai eu un drôle de début de vie. Elle a dû rentrer à la maternité trois mois avant la date prévue de ma naissance. Elle souffrait beaucoup. La chirurgie cardiaque n’était pas encore très avancée à l’époque. J’ai souvent entendu pendant mon enfance: “Tu as de la chance d’être là. C’était toi ou ta mère”. Hormis cette carte postale, j’ai gardé aussi un foulard d’elle. Elle est décédée quand j’avais 16 ans.”

Une femme sous influence – John Cassavetes

© D.R.

« Je découvre ce film quelques années après sa sortie en salle en 1974 et je me prends une claque. Je suis bluffé par le travail de réalisateur de John Cassavetes et la manière dont il filme sa femme Gena Rowlands. Pour la première fois, je me rends compte que le cinéma, ce n’est pas seulement une histoire d’amour ou une comédie. Le cinéma raconte aussi des vies. J’aime toute la filmographie de John Cassavettes et aujourd’hui encore, quand je revois Gena Rowlands dans un film, j’ai des frissons.”

La tendresse – Marie Laforêt

« Certains auteurs ne peuvent pas écrire en écoutant de la musique. Pour moi, c’est obligatoire. Non seulement je ne peux rien faire sans musique, mais il arrive que certaines chansons servent de déclencheur. Écrit par Bourvil et popularisé par Marie Laforêt en 1964, La tendresse est à la base de ma nouvelle pièce de théâtre Les belles personnes. L’idée, c’est qu’on peut avoir de l’argent, des ambitions professionnelles et un cercle social, mais qu’il ne faut pas oublier de partager certaines choses essentielles qui restent parfois taboues comme la tendresse. Je voulais pointer ça dans Les belles personnes. Le morceau de Marie Laforêt figure dans la bande-son de ma pièce, de même que Mystery Of Love de Sufjan Stevens.”

The Smiths

« Dès les deux premiers singles de The Smiths (Hand In Glove, This Charming Man), je me reconnais dans les paroles de Morrissey et dans l’univers du groupe. J’ai 23 ans et je suis fan. Mais un fan dans le sens le plus romantique et juvénile du terme. J’ai l’impression  que les chansons des Smiths ne sont destinées qu’à moi. J’ai l’impression qu’on partage les mêmes choses, qu’ils comprennent ce qui me traversent l’esprit, sans compter que l’environnement prolétaire qui inspire leurs chanson me parle beaucoup. Aujourd’hui encore il y a deux morceaux des Smiths que je ne peux écouter sans pleurer: It’s Over et There Is A Light That Never Goes, tirés de l’album “The Queen Is Dead” (1986). Ils me ramènent à cette période particulière de ma vie et à cette notion très romantique du “bonheur des tristes”.”

Six Feet Under – L’intégrale

« Pour moi, ça reste la référence en matière de série télé. Du premier au dernier épisode qui est devenu un classique avec la chanson de Sia, j’ai été accroché. C’est un vrai chef-d’œuvre. Tout est parfait: l’écriture, la narration, le savant dosage entre la comédie et le drame, la réflexion sur la mort, la saga familiale. Avec Les Sopranos, Six Feet Under marque l’âge d’or des séries HBO.”

“Symphony N°3, Henryk Gorecki” – Beth Gibbons

« Je n’ai plus de lecteur CD, j’ai revendu sans regret ma collection de 5.000 vinyles, mais je télécharge encore. “Symphony N°3” est le dernier album que j’ai acheté sur iTunes. Avec Beth Gibbons (chanteuse de Portishead – NDLR), tu ne peux pas te tromper. Le niveau vocal et émotionnel est très haut. J’étais curieux de voir comment elle s’était réappropriée cette symphonie de Gorecki. J’écoute de plus en plus de musique instrumentale ou de musique “savante”. Ce n’est pas vraiment La Bande à Basile, mais ça me transporte. C’est tout simplement magnifique.”

LES BELLES PERSONNES, jusqu’au 31/5. Théâtre de la Toison d’Or, Bruxelles.

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