Lykke Li lance un festival 100% féminin

Le YOLA Fest, c’est le nom du festival organisé par l’artiste suédoise et qui se déroulera le 8 juin à Los Angeles. Au programme ? Uniquement des artistes féminines. Car malgré la récente prise de conscience féministe, les inégalités persistent dans le secteur musical.

© Belga Image

Charli XCX, Cat Power, Courtney Love, Cupcakke, Megan Thee Stallion, Ambar Lucid sont les premières artistes annoncées sur l’affiche du YOLA Fest.  Sur Instagram, son initiatrice Lykke Li s’enthousiasme de cette programmation 100% féminine : « C’est enfin arrivé, mes femmes, mes guitares ! On va se rassembler sous les étoiles pour chanter, danser, boire et ‘grinder’, et mener le combat ! ». Dans un communiqué, la chanteuse explique que le YOLA Fest est une « célébration des arts, de la culture et de la musique par les femmes d’aujourd’hui ».

De la programmation au nom en passant par les bénéfices, tout a été pensé sous le prisme féminin. YOLA Fest tire en effet son nom de Yola Mezcal, une marque d’alcool mexicain gérée uniquement par des femmes et fondée par Lykke Li, Yola Jimenez et Gina Correll Aglietti, pour « développer l’autonomie des femmes d’Oaxaca grâce à des emplois stables et des salaires équitables ». Enfin, une partie des bénéfices générés par la vente des tickets sera reversée au Downtown Women’s Center de Los Angeles qui vient en aide aux femmes SDF de la région.

Où sont les femmes ?

L’initiative n’est pas anodine. Elle révèle que les inégalités hommes-femmes touchent aussi le secteur musical. La programmation des festivals reste en effet majoritairement masculine, même si plusieurs actions ont été prises ces dernières années pour contrer ce phénomène. L’édition 2019 du festival barcelonais Primavera Sound respectera par exemple la parité des genres dans sa programmation. En février 2018, 100 festivals de musique ont également promis de respecter la parité hommes-femmes d’ici 2022 via la Fondation PRS. Malheureusement, peu de gros festivals figurent dans cette liste (coucou Coachella, Tomorrowland, Glastonbury, Sziget Festival). Seulement deux festivals belges participent à l’initiative : le Festival 20/21 (Leuven) et le SFinks Mixed Festival (Boechout).

En janvier dernier, la chanteuse britannique Lily Allen avait gommé de l’affiche du festival londonien Wireless tous les artistes masculins. Il ne restait alors que trois artistes féminines sur l’image… « La lutte est réelle » avait simplement commenté l’artiste. Même idée du côté du site 99 scènes qui s’est amusé en 2015 à faire cette opération sur plusieurs affiches de festivals. Sur treize line-up analysés entre 2014 et 2015, seuls 276 groupes sur 1.409 sont composés d’au moins une femme, portant ainsi la moyenne du nombre de musiciennes à 19%.

Les festivals ne sont finalement que le reflet de ce qui se passe dans l’industrie musicale. D’après une étude américaine, parmi les 600 chansons à succès créées entre 2013 à 2018, 22% ont été chantées par des femmes, 12,3 % ont été écrites par des femmes et 2% ont été produites par des femmes. En décembre dernier, Alicia Keys alertait de ce manque de représentation avec son site sheisthemusic.org, une base de données internationale réservée aux femmes travaillant dans le secteur musical. Le mouvement est devenu un collectif rassemblant compositrices, interprètes, productrices, ingénieures du son… et proposant des sessions pour mettre en contact toutes ces femmes actives dans le secteur musical. Un programme de mentorat est également prévu pour inciter les femmes à occuper des postes de direction dans l’industrie.

Effacer les artistes masculins d’un festival est-il la solution à ces inégalités ? L’opération n’est-elle pas trop radicale ? « De manière générale, il serait bien que ce ne soit pas genré, mais pour que les gens revalorisent le travail des femmes, il faut passer par ces programmations », explique Sophie Bramly, cofondatrice du collectif 52 interrogée par France 24. La programmation 100% féminine serait une sorte de cri d’alarme pour sensibiliser aussi bien le public que les programmateurs de festivals, et une étape transitoire vers la parité hommes-femmes. Il est aussi bon de rappeler que contrairement à certains événements, le YOLA Fest accepte tout à fait les hommes… dans le public. 

Sur le même sujet
Plus d'actualité