Alice On The Roof « Je refuse d’être mise dans une case »

La chanteuse pianiste est en concert ce samedi à Forest National pour présenter un deuxième album solaire chanté en français et en anglais.

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Vianney, Matthew Irons de Puggy, l’Anglais Fyfe, l’Américain Rob Moose qu’on a entendu chez Bon Iver sans oublier notre Arno national pour une reprise, forcément décalée, du Téléphone pleure de Cloclo… Presque trois ans après “Higher”, Alice Dutoit réunit un casting digne de la Champions League pour son nouvel album, mais le résultat reste à son image.

Pop dans le son, les onze chansons de “Malade” nous dévoilent une artiste qui s’émancipe, s’interroge sur sa féminité, dénonce les préjugés et revendique son droit à rester telle qu’elle est: simple et naturelle. “ Avec “Madame”, je sors définitivement de ma carapace. J’ai réussi à m’affranchir. Je chante en français et en anglais. Il y a des ballades et des morceaux plus entraînants. Des textes ancrés dans le quotidien et d’autres où j’invite l’auditeur dans un monde imaginaire. Mais le plus important, c’est que cet album me ressemble à 100  %.

Quelles questions se pose-t-on après un album et une tournée couronnés de succès?

ALICE DUTOIT – Je me suis isolée pour prendre le temps de comprendre ce qui m’était arrivé. Ce premier album m’a ouvert des portes et permis de rencontrer plein de gens. Je mesurais cette chance que j’avais de pouvoir enregistrer un deuxième album qui n’allait pas seulement intéresser que ma maman ou mes amis comme je le pensais à la sortie de “Higher”. Je me suis dit: “ Profite de toutes ces opportunités qui se présentent à toi, elles ne se représenteront peut-être plus”. Je n’avais pas envie de me répéter et je voulais aussi corriger les petites frustrations rencontrées sur “Higher”.

Comment Vianney vous a-t-il encouragée à chanter en français?

Le français, j’y pensais à l’époque de “Higher”. Mais il y avait un manque de confiance. On se met davantage à nu en faisant le choix de sa langue maternelle et on se sent plus vulnérable. En janvier 2017, j’ai interprété un duo avec Vianney lors de la soirée des D6bels Music Awards. Dans la loge, il m’a confié: “ J’aime ta voix et tout ce que tu fais, mais c’est dommage que tu n’essaies pas de chanter en français. Si tu veux, je peux t’aider”. Il m’a invitée dans son home studio en me demandant de ne pas venir les mains vides. Des maquettes que j’ai amenées en France sont sorties quatre chansons dont trois se retrouvent sur le disque. Madame, qui donne son titre à l’album, je l’avais écrit initialement en anglais. Avec Vianney, c’est devenu une chanson en français. Même si je n’ai pas vécu personnellement de traumatisme violent, ça me semblait important de rappeler que notre corps nous appartient et que sans notre consentement, il s’agit d’une agression sexuelle.

Dans La fille sur le toit, vous dites que vous n’êtes pas “la fille des magazines” À quoi faites-vous allusion?

En tant que femme, je me sens constamment jugée sur le physique ou l’apparence. Et les réseaux sociaux n’arrangent rien. Trop souvent encore, je reçois des conseils “pour être plus séduisante”. Ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention, mais je n’ai pas non plus envie d’essayer de ressembler à une femme que je ne suis pas. Quand je me regarde dans la glace, je ne vois pas Julia Roberts. Je me vois moi et je suis très contente comme ça.

Malade et My Own sont des mises au point. C’est nécessaire à ce stade?

Oui. J’ai vingt-trois ans et je ne suis pas toujours prise au sérieux dans mon métier. J’écoute beaucoup les conseils de mon entourage. Ces chansons rappellent que je reste le chef de ma petite entreprise et que je suis capable de prendre des décisions sans l’approbation de quelqu’un d’autre. Le message de Malade est simple: je refuse d’être mise dans une case et je m’accepte comme je suis. Une fois que c’est assumé, les choses deviennent plus naturelles. C’était important pour moi de le chanter en français. C’est clair pour tout le monde.

Vous avez emménagé près de chez vos parents, vous invitez vos grands-parents sur scène et dans vos clips. Vous êtes famille…

C’est drôle car, lorsque j’étais ado, je m’étais juré que je n’allais pas rester en Belgique et que j’emménagerais le plus loin de chez mes parents. Quand je suis revenue de mon année d’études en Oregon, je me suis pourtant installée près de chez eux. Je vis dans un petit village près de Mons. Je fais mes courses chez Spar. Mon local de répétition est situé au-dessus de la buvette du R.A.E.C. Mons. J’ai réalisé le clip de Malade chez mes grands-parents car je me sens bien chez eux. Parfois mon attaché de presse me dit: “Alice, on va prendre le métro pour aller à la RTBF plutôt qu’un taxi” et ça me convient. On est dans un métier où il faut tout contrôler dans son image et ça m’ennuie. Je ne vais pas me mentir. Le côté “hit girl” et “fille à succès qu’on reconnaît partout”, ce n’est pas ça qui me rend heureuse. Je suis une fille simple et j’aime bien les gens simples. Vianney et Arno avec qui j’ai collaboré pour cet album sont comme moi.

“Madame” est-il un album féministe?

C’est un album qui parle des femmes avec des chansons qui sont peut-être un peu plus engagées. J’avais envie d’aborder des thèmes comme le féminisme sur un ton positif qui donne à la fois de la force et du courage aux auditrices. J’ai écrit T’as quitté la planète avec Matthew Irons de Puggy en janvier dernier au moment où la voix des femmes se libérait suite à l’affaire Weinstein.

Alice On The Roof  – 30 mars à Forest National

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