Cécile de France « Sur un plateau, j’ai des montées de bonheur en regardant l’équipe »

Après Mademoiselle de Joncquières et avant de retrouver Paolo Sorrentino pour la suite de The Young Pope, notre Cécile dégomme sec dans Rebelles.

6398cc08-4a54-11e9-a168-c9fe9f6965d5_web_

Sandra, Nadine et Marilyn. Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy. Trois femmes aux profils différents mais qui ont deux points communs: des problèmes d’argent et un job à la chaîne dans une conserverie de poisson à Boulogne-sur-Mer. Ce qui va les unir davantage, c’est un accident (drôlissime) qui va les obliger à se débarrasser d’un cadavre et à garder un sac bourré d’argent sale. Et comme elles n’ont ni la prudence ni les habitudes des vrais malfrats, elles vont attirer l’attention à la fois des flics et de la mafia locale. Rebelles d’Allan Mauduit (Vilaine et la série Kaboul Kitchen), c’est l’histoire de trois femmes qui vont basculer dans l’illégalité mais vont aussi découvrir comment se libérer d’un monde qui les étouffe. En plus d’être une comédie réussie, c’est un film qui parle d’une réalité sociale dans laquelle le cinéaste et scénariste a plongé ses comédiennes. Pour Cécile de France, c’est aussi l’occasion de jouer le rôle d’une ex-Miss Pas-de-Calais à la recherche de ses racines, dans une comédie déjantée qui s’assume complètement.

Dès le début, le film adopte le ton du western…

CÉCILE DE FRANCE – Oui. J’ai lu le scénario d’une traite. Quand je l’ai refermé, j’ai appelé le réalisateur sans demander l’avis de mon agent. Ça changeait tellement de tous les scénarios que j’ai l’habitude de lire, des histoires de bobos avec des problèmes de riches. J’étais très heureuse de jouer ce personnage très éloigné de moi.

Comment l’avez-vous fabriqué, ce personnage, sans en faire une caricature?

Vous mettez le doigt là où il ne fallait pas tomber. C’est Allan Mauduit qui nous a guidées. Il nous disait: “Attention, on n’est pas dans la satire, on ne peut pas se moquer d’elles”. Donc, des filles comme elles, on en a vu, mais ce n’est pas une caricature.

Même si c’est une comédie, ce sont donc aussi de vrais portraits de femmes?

Ce sont des femmes qui prennent leur destinée en main, refusent les diktats d’une société patriarcale. Mon personnage va se libérer de tous les diktats de l’apparence. C’est une femme superficielle qui va faire la paix avec ses racines prolétaires. Mais le film ne fait pas subir au spectateur la revendication féministe. Toute cette dimension est distillée en arrière-plan.

Vous avez tourné dans une vraie conserverie, avec des vraies ouvrières?

Oui. Ces femmes avaient une incroyable joie de vivre. Elles ont un tel courage. Je ne pourrais pas faire le métier qu’elles font, dans des conditions de travail exécrables. Quand on parlait avec elles, elles ne se plaignaient jamais. C’est une sacrée leçon. Rebelles, c’est aussi un hommage à leur courage. Le réalisateur n’a pas voulu se servir d’elles pour faire son film. Il les a choisies, avec beaucoup de respect et d’amour. Quand on parle avec lui, il est plus inspiré par les femmes que par les hommes.

Votre personnage est éloigné de vous, mais vous savez dire non quand même?

Je ne me sens pas du tout rebelle. Mais quand je dis non à quelque chose, c’est ma manière à moi de dire “je ne crois pas à cette valeur-là”. Parce que tous ces films que l’on fait laissent une empreinte. Ce n’est pas politique, on n’a rien à revendiquer, mais ça laisse quand même une trace dans notre inconscient collectif.

Il y a des femmes qui vous ont marquée en tant que spectatrice?

Non, pas tellement. Je pense à Tilda Swinton parce qu’elle m’a complètement bluffée dans Orlando. Mais sinon, je n’ai pas cette tendance à être fan, à idolâtrer quelqu’un. Ce sont les êtres humains et les femmes en général qui m’inspirent plus. Ou une inconnue, que je vais observer dans la rue, dont je vais emprunter un détail, entendre la fêlure en elle, sentir une blessure.

Est-ce que vous ressemblez à la Cécile de France que vous jouiez dans le premier épisode de Dix pour cent?

C’est Cédric Klapisch qui avait réalisé cet épisode, donc j’ai dit oui sans réfléchir. C’est inspiré de mon côté “nature”: la fille qui fait son compost… Je trouvais ça drôle de prendre mes maladresses pour en faire une comédie.

On sent qu’il y a toujours un côté enfantin dans vos personnages. C’est vous, ça?

C’est possible. Par nature, je ne prends pas mon métier au sérieux. C’est très bizarre de dire “métier” ou “je vais travailler”. Je joue en fait, c’est ma passion et j’ai exactement la même sensation que quand j’étais enfant. Sur un plateau, j’ai des montées de bonheur en regardant l’équipe. C’est quand même surréaliste d’être payée pour faire ça. Mais j’ai surtout un énorme besoin de créer. Sinon je dépéris.

Tourner dans une série, ça vous tente de plus en plus?

Oui. Là, je tourne dans The New Pope, la suite de The Young Pope de Paolo Sorrentino.

Vous admirez des comédiens?

Oui, quand vous êtes face à John Malkovich, il y a tout à coup 5% de votre cerveau qui vous dit: “Là, tu es en train de jouer avec l’acteur des Liaisons dangereuses, celui que tu as vu quand tu avais 14 ans et qui t’avait alors complètement fascinée!”

C’est dans votre nature d’avoir un bon contact avec les gens?

Oui, je déteste les conflits. Ça m’épuise. Donc je fais tout pour que ce soit joyeux et que ce soit un bon souvenir. Parce qu’on n’est pas sur terre pour gâcher ces moments-là.

Sur le même sujet
Plus d'actualité