Made In Asia : la fièvre asiatique contamine la capitale

Dès demain et jusque dimanche, le salon Made In  Asia accueillera à Bruxelles 70.000 Belges dingues d’une culture du bout du monde. Pourquoi c'est si bien ?

2018_10_07_d855020

Si adolescents et parents peinent parfois à s’entendre, les deux générations semblent se réconcilier sur des terres fertilisées par la culture asiatique et les animés japonais. Il y a 30 ans, grâce au Club Dorothée et Dragon Ball, ceux qui flirtent à présent avec la quarantaine voient leur descendance vibrer d’intérêts semblables aujourd’hui. Depuis onze ans, c’est à cette même mouvance, toujours plus grandissante, que rend honneur le Salon Made In Asia. Dans les allées où les gamins costumés abondent, la surprise est à chaque coin d’échoppe. Car si chaque année, Made In Asia enrichit de manière conséquente son offre culturelle, la priorité des visiteurs reste le shopping.  

Parmi les 200 exposants du Salon, c’est l’occasion rêvée de redécorer sa chambre, dénicher l’accessoire indispensable à son cosplay ou encore dégoter la figurine de collection tant recherchée. En marge de la fièvre acheteuse, le Salon offre aussi des initiations variées allant du massage aux rudiments du jeu de go, en passant par la calligraphie. L’Asie incitant au voyage, et même si le Web a grandement facilité nos ambitions d’exotisme, des conseils pour aborder un périple au Japon restent précieux et disponibles sur le Salon. Et du Soleil levant, il en est fortement question à Made In Asia tant la culture du manga et des animés est omniprésente.

E-sport, cosplay et youtubeurs… 

Cette année encore, les visiteurs pourront profiter d’une exposition dédiée à la saga Dragon Ball , avec en prime la visite d’une de ses chevilles ouvrières, Takahiro Yoshimatsu, que viendront saluer les fans de Son Gohan mais aussi ceux de Hunter X Hunter, l’animé du moment. Au rayon des invités prestigieux, le Salon se targue aussi d’accueillir en ses murs l’univers du studio Ghibli dont on avait adoré, entre autres, Princesse Mononoké et Mon voisin Totoro

Point d’accroche de bon nombre d’entre nous à la culture asiatique, le jeu vidéo confirme ses ambitions avec, en marge, un salon “You Play!” deux fois plus grand. Dans cet espace, plus de jeux et plus d’exposants pour plus de fun, toujours une scène eSport et des lieux dédiés à la réalité virtuelle. À la jonction de ces deux mondes, la scène “MIA live” accueillera invités, tournoi de cosplay, concert de métal japonais, concept ahurissant venu de Corée, sans oublier, à l’instar de la Belge Silent Jill devenue reine de vidéos (presque) angoissantes, les vénérés youtubeurs, désormais détour obligé de ces trois jours de folie pure.   

© Made in Asia / Photographer: Thomas Geuens

7,5 stades de foot

Si, onze ans après sa création, le Salon Made In Asia s’étend sur l’équivalent de 7,5 stades de foot, c’est assurément qu’il a su à la fois entretenir son contenu traditionnel mais aussi trouver le moyen d’offrir à son visiteur une expérience nouvelle en s’ouvrant à d’autres horizons. Entre tradition et modernité, Made In Asia est la métaphore de cette fascination pour la culture asiatique, particulièrement japonaise, du public francophone.  C’est en majeure partie à la télévision que nous devons ce bagage venu du Japon avec, en 1978, l’arrivée fracassante de Goldorak, Candy, Albator et autant de records d’audience.

Au début des années 90, les fans de bandes dessinées découvraient les premiers mangas en version française, à commencer par Akira. De 1987 à 1997, le Club Dorothée programmait ce qui allait devenir des références: Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Nicky Larson et tant d’autres. C’est l’intérêt pour ces animés et mangas qui a poussé les fans à se tourner vers le Japon, sa culture, ses tendances, ses traditions et son quotidien. Ainsi, la “cool Japan” était née…    

Senamo est connu pour être l’une des voix du groupe de hip-hop belge La Smala, il est aussi intarissable sur la culture du manga. “Ce qui nous transcendait, dit-il, c’était vraiment ce message de dépassement de soi, ces valeurs fortes de solidarité, ces leaders qui portaient tout un groupe.” Il voit aussi dans le Japon le futur de notre société “avec des discours que personne ne tenait chez nous et qui ont trouvé un écho fort dans notre génération”. Pour lui, ne pas aimer le Japon en 2019, c’est ignorer totalement de quoi se nourrit notre propre culture populaire.   

Le dessous des cartes 

Sans contredire l’apport évident du manga dont la France est le plus grand consommateur étranger, Julie Hamaïde, rédactrice en chef de Koï, magazine de société des cultures et communautés asiatiques, rappelle le contexte. “Le Japon et la France sont deux pays qui ont des relations diplomatiques depuis très longtemps – 1958, explique-t-elle.  Ils s’apprécient et voient dans leurs cultures respectives des valeurs de raffinement et d’élégance.” Et pour devancer l’ère du manga, Julie Hamaïde prend pour référence La grande vague de Kanagawa, estampe japonaise du peintre Hokusai (1830), très populaire en France, et de rappeler les relations continues entre artistes japonais et français. On parlait alors de “japonisme”, ce goût de l’esthétique à travers le cinéma, la mode et la littérature.  

Aujourd’hui, le réalisateur Hirokazu Kore-eda rafle palme d’or et autre césar pendant que l’enseigne Uniqlo vole la vedette à H&M et que Haruki Murakami devient un écrivain inévitable. Proche aussi de la culture française, l’amour porté à l’art très codifié de la table. Ainsi fleurissent par chez nous des restaurants japonais (plus ou moins authentiques) où les traditions culinaires semblent plaire à toutes et tous, même au-delà des grandes tables. Question posée au forum communautaire lié à Made In Asia sur les attraits à cette culture, la “bouffe” est un des éléments récurrents, après les mangas et la philosophie de vie, même pour un public très jeune. Entre les sushis, les ramens et les mochis, on comprend pourquoi. 

MADE IN ASIA, les 8, 9, 10/3. Brussels Expo, 1020 Bruxelles.

© Made in Asia / Photographer: Thomas Geuens

Sur le même sujet
Plus d'actualité