Les confidences de Keith Flint à Moustique

Le chanteur de The Prodigy s'est suicidé chez lui à l'âge de 49 ans. Moustique a toujours été derrière le groupe. On a plongé dans nos archives pour retrouver quelques extraits d'interview. Morceaux choisis.

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Issu du milieu des raves, The Prodigy a marqué les années nonante avec son mélange, précurseur à l’époque, d’énergie punk, de beats technos et de phrasé hip-hop. S’appuyant sur la maîtrise musicale de son fondateur Liam Howlett (un ancien DJ) et la présence scénique terrifiante de ses mc’s/danseurs Keith Flint, Leeroy (qui a quitté le groupe) et Maxim, la formation anglaise aura connu ses sommets avec les albums ”Music For The Jilted Generation” et surtout ”The Fat Of The Land”.

Sorti en juin 1997, ”Fat Of The Land” est à la musique électronique ce que ”Never Mind The Bollocks” fut au rock. Boosté par une trilogie de singles imparables (Firestarter, Breathe et Smack My Bitch Up), il a été numéro un dans 21 pays. Son leader, Keith Flint, s’est éteint aujourd’hui. Moustique lui rend hommage en republiant d’anciennes interviews.

« On aime foutre le boxon« 

Il y a dix ans (février 2009), The Prodigy sortait “Invaders Must Die”. L’occasion pour Moustique de discuter avec le groupe. Un article signé Bernard Dobbeleer.

C’était au milieu des années 90. Prodigy dynamitait la musique électronique avec une attitude punk et des références au hip-hop. Sauvage, très fin de siècle, politiquement incorrect, le groupe londonien était taillé pour devenir le pire cauchemar des parents et envoyer les idoles du passé dans les cordes.

Une génération plus tard, Liam HowlettKeith Flint et Maxim Reality reviennent voir si les vieilles formules de “Jilted Generation” et “The Fat Of The Land” fonctionnent toujours. A en juger par les réactions lors de leur récente tournée anglaise, la réponse est affirmative. “On pète le feu, affirme Keith Flint, tout sourire, dans le bar-restaurant de Portobello où le trio a ses habitudes. Et puis c’est surtout formidable de nous retrouver sur un album en tant que groupe.” Il faut dire qu’après le triomphe de “The Fat Of The Land” (plus de 7 millions d’exemplaires vendus en 1997), Liam Howlett, seul compositeur et musicien de la bande, a traversé un sévère burn out. Tout ce qu’il sortait sentait la fatigue et fichait la poisse. Après quelques singles ratés, il s’est égaré sans ses complices sur l’album “Always Outnumbered, Never Outgunned” en compagnie d’invités divers, dont l’actrice Juliette Lewis qui n’a pas su sauver l’entreprise du naufrage.

J’avoue que c’était plus un album solo qu’un vrai disque de Prodigy, admet aujourd’hui Liam. J’en reste fier, mais j’avais perdu le feu sacré.” C’est précisément ce feu que le trio tente de retrouver sur “Invaders Must Die” qui, sans innover ni tenter de se raccrocher à l’électro actuelle, développe essentiellement le son vintage de “Jilted Generation”. De quoi se replonger quinze ans en arrière. “Il n’y a rien de nostalgique dans notre démarche. Même si on a samplé un bout de The Vamp de Outlander, un titre techno belge de 1991 que je considère comme un des meilleurs morceaux dance de tous les temps. On a trouvé ça moderne et frais.

Liam confie qu’il a peaufiné cette fois les mélodies, histoire de retrouver l‘effi cacité de “The Fat Of The Land”. “Je crois aussi que pour faire un grand disque, il faut être passé par une période diffi cile. Avant “Always Outnumbered”, Keith et moi ne nous parlions plus.” C’est pourtant bien un trio ressoudé qui revient. Seul guest de l’album, l’infatigable Dave Grohl qui joue de la batterie sur deux titres. “Deux semaines avant de mettre la touche finale à l’album, Dave m’a envoyé un e-mail pour proposer ses services. Il venait de terminer sa tournée et avait envie de jouer de la batterie. On s’est remis à bosser sur deux chansons. On a aimé, il a aimé.

À 40 ans, ont-ils toujours envie de faire peur aux parents? “Nous ne l’avons pas fait sciemment! Notre but est de provoquer une excitation, rien d’autre. La controverse pour la controverse, c’est stérile. Mais on aime bien foutre le boxon. Et si ça a pour effet d’effrayer les parents, ça me va. Ça ne m’empêche pas de prendre le métro tous les jours. Et les gens sont toujours cool avec moi.

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« Fiers de notre pollution sonore« 

À l’occasion de la sortie de ”Their Law The Singles 1990-2005”, une compilation CD de leurs singles, ainsi qu’un DVD regroupant des clips et un concert londonien de 1997, Moustique avait rencontré The Prodigy. C’était le 16 novembre 2005. Une interview signée Luc Lorfèvre.

Qui a eu l’idée de ce ”Greatest Hits”?

Liam Howlett – C’est notre firme de disques qui nous l’a imposé. Au départ, nous ne pensions pas que c’était une bonne idée. On a déjà l’esprit ailleurs, sur notre prochain album studio. Mais comme nous ne parvenions pas à la faire changer d’avis, on a décidé de s’y impliquer, car il s’agit après tout de notre musique et de nos fans. C’est nous qui avons choisi tous les morceaux inédits, les remixes et les versions alternatives qui figurent sur le deuxième CD de cette compilation.

Votre dernier disque studio, ”Always Outnumbered Never Outgunned” sorti en 2004, a été descendu par la presse et mal compris par vos fans. Une explication?

L.H. – Je reste très fier de cet album. Il aurait été plus facile et plus rémunérateur pour le groupe de proposer un ”Fat Of The Land Number 2”. J’ai préféré explorer de nouveaux territoires sans l’aide de Maxim et de Keith mais avec d’autres collaborateurs. J’avais besoin de cette étape pour aller encore plus loin avec Prodigy.

Pour définir le groupe, nous choisirions les mots ”intégrité”, ”énergie” et ”ouverture d’esprit”. Vous souhaitez en ajouter un autre ?

L.H. – Vous oubliez l’originalité. Aujourd’hui, il y a des tas de groupes qui proposent ce genre de musique qui doit autant au rock qu’à la culture hip-hop. Voici quinze ans, quand nous avons débuté dans le circuit des raves, nous étions les seuls. [Green Day]

En quoi The Prodigy est-il un groupe unique ?

L.H. – Nous avons contribué à faire avancer la musique. C’est vrai pour la production de nos albums, pour le mélange des différents genres, pour notre son et surtout pour nos shows. Nous sommes très fiers de notre pollution sonore. Tout le monde se souviendra de Prodigy.

Votre dernière apparition en salle en Belgique, en novembre 2004 à I Love Techno, a failli tourner à l’émeute. Vous vous en rappelez ?

Keith Flint – Et comment qu’on s’en souvient! La salle où nous avons joué n’était pas assez grande pour accueillir tout le public présent. C’est le problème de ce genre d’événement où plusieurs artistes se produisent en même temps sur des scènes différentes. Quand nous avons commencé, tout le monde s’est rappliqué et ça a été la grosse bousculade. Ceci dit, on déteste le nom de cette soirée. ”I Love Techno”, c’est complètement dépassé. On déteste la techno aussi, mais on aime toujours la Belgique.

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