César 2019 : le sacre de Jusqu’à la Garde, des Frères Sisters et des Belges

Revivez le meilleur de la 44ème cérémonie des César.

belgaimage-145950945

Salle Pleyel à Paris, le maître de cérémonie Kad Merad a présenté avec décontraction (et sans allusions politiques) la 44ème cérémonie des Césars du cinéma français, s’intronisant d’abord en Freddie Mercury (jean blanc moulant et dentier de mise) sur des tubes de Queen (We will rock you ou Bohemian Rhapsody – le biopic nominé aux Oscars est toujours en salles), s’étonnant que « les meilleurs acteurs et actrices françaises soient Belges » (un clin d’œil à Virginie Efira ou Cécile de France multi-nominées), s’adressant sympathiquement au favori Gilles Lellouche nominé dix fois pour Le Grand Bain (mais reparti quasi bredouille), ne voulant pas commencer si « y’a pas Adjani » (nominée dans la catégorie actrice du meilleur second rôle, elle joue au théâtre de Namur en ce moment) et saluant le fait que la comédie française « côtoie désormais le film d’auteur » aux Césars.

Le César d’honneur était attribué à l’acteur et réalisateur américain culte Robert Redford salué comme un « producteur visionnaire, un réalisateur fantastique et putain de beau gosse » par Kad. À 82 ans, l’acteur d’Out of Africa, L’Arnaque, Et au milieu coule une rivière et créateur du festival de Sundance est actuellement à l’affiche du polar The Old man and the Gun, annoncé comme son dernier rôle. Le César d’honneur a été remis à Redford par la Présidente de la Cérémonie, la classieuse actrice britannique Kristin Scott Thomas (Le Patient Anglais) également collaboratrice de Redford pour L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ; elle a par ailleurs salué dans son discours d’ouverture un cinéma français « indépendant et libre ».

Les disparus de l’année ont ému la soirée à travers de multiples hommages : l’acteur et chanteur Charles Aznavour, salué comme un « monstre sacré » (à travers aussi une reprise un peu tiède de Je m’voyais déjà par Eddy de Pretto), les compositeurs Francis Lai et Michel Legrand, quatre Oscars à deux (Un Homme et une femme, Love Story, L’Affaire Thomas Crown, Les Demoiselles de Rochefort), le réalisateur Claude Lanzmann, mais aussi Maurane, Bernardo Bertolucci (avec un extrait du Dernier Empereur), Jean Piat, Milos Forman, Stéphane Audran, Bruno Ganz, Maria Pacôme ou Karl Lagerfeld – à qui l’actrice Diane Kruger a rendu hommage.

Parti grand favori Le Grand Bain n’a remporté qu’un seul prix (meilleur acteur dans un second rôle pour Philippe Katerine qui a remercié son personnage « et tous les Thierry qu’on n’écoute pas quand ils parlent »), laissant place libre à Jacques Audiard (quatre prix pour son western Les Frères Sisters dont meilleur réalisateur) et surtout Jusqu’à la garde, thriller sur les violences conjugales produit par Alexandre Gavras et premier film de Xavier Legrand déjà sacré à meilleur réalisateur à la dernière Mostra de Venise.

Sacrée meilleure actrice pour ce film-choc, Léa Drucker a ému la salle par la force de son discours : « Je dédie ce prix à toutes les Myriam qui ne sont pas dans la fiction des violences conjugales, toutes les femmes et toutes les féministes qui m’ont permis, en m’éveillant, d’être la femme que je suis aujourd’hui ».

Le film Shéhérazade (trois prix dont les deux meilleurs espoirs et dédié « à tous ceux qui galèrent ») n’a pas encore été distribué en Belgique.

La vraie surprise est enfin venue du côté du cinéma belge, puisque trois productions belges ont été récompensées : meilleur documentaire pour Ni Juge ni Soumise de Jean Libon et Yves Hinant (qui ont remercié la justice de leur « avoir ouvert toutes les portes »), un portrait de la juge d’instruction Anne Gruez dans l’esprit des émissions Strip tease (contrairement aux Magritte, la juge a pu monter sur scène et dédier le prix « à ceux qui comptent et qui ont un avenir si nous le voulons ») ; meilleure photographie pour Benoît Debie (chef opérateur de Jacques Audiard mais aussi Fabrice Du Welz ou Gaspar Noé) ; et meilleur court-métrage pour Les Petites mains produit par Wrong Men.

Dans une cérémonie relativement sage donc, et souvent plus complaisante envers les remettants (inutile sketch de Gérard Darmon) que les lauréats (à qui on coupe la parole au bout de 2mn30), deux moments d’humour 2019 sont tout de même à relever : Eli Semoun remettant les meilleurs costumes en slip, Laurent Lafitte en vieil acteur botoxé (bravo aux équipes maquillage) et Guillaume Gallienne s’asseyant in fine sur une vanne, en tant que « mâle blanc et hétéro ». Blanche Gardin eut été bienvenue pour secouer l’ambiance. Mais est-ce vraiment le but d’une telle cérémonie ?

PALMARES :

Meilleur espoir féminin : Kenza Fortas pour Shéhérazade.

Meilleure photographie : Benoît Debie pour Les Frères Sisters.

Meilleur espoir masculin : Dylan Robert pour Shéhérazade.

Meilleur montage : Yorgos Lamprinos pour Jusqu’à la garde.

Meilleur son : Brigitte Tallandier, Valérie de Loof et Cyril Holtz pour Les frères Sisters

Meilleur film documentaire : NI juge ni soumise de Yves Hinant et Jean Libon

Meilleur premier film : Shérérazade de Jean-Bernard Marlin

Meilleure adaptation  : Andréa Bescond et Eric Métayer pour Les Chatouilles

Meilleur Court-Métrage d’animation  : Vilaine Fille de Ayce Kartal

Meilleur Long-Métrage d’animation  : Dilili à Paris de Michel Ocelot.

César du public : Les Tuche 3 d’Olivier Baroux

Meilleur costumes : Jean-Pierre Laroque pour Mademoiselle de Jonquière

Meilleurs décors : Michel Barthélémy pour Les Frères Sisters

Meilleur scénario original : Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde

Meilleur Court-Métrage de fiction : Les petites mains de Rémi Allier

Meilleure actrice dans un second rôle : Karin Viard pour Les Chatouilles.

Meilleur acteur dans un second rôle : Philippe Katerine pour Le Grand Bain

Meilleure musique : Vincent Blanchard et Romain Greffe pour Guy

Meilleur film étranger : Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda

Meilleur acteur : Alex Lutz dans Guy

Meilleure réalisation  : Jacques Audiard pour Les frères Sisters

Meilleure actrice : Léa Drucker pour Jusqu’à la garde

Meilleur film : Jusqu’à la garde de Xavier Legrand

Sur le même sujet
Plus d'actualité