Interview : les Décaféinés tournent toujours avec leur machine

Deux loosers se rencontrent dans une laverie et décident de monter un spectacle d'humoriste. Ce n'est pas la biographie des Décaféinés mais le thème de leur dernier spectacle, «les Décaféinés lancent une machine». Après avoir été remarqués dans On n'demande qu'à en rire à la télévision, ils ont déployé leurs sketches chantés et leurs détournements sur internet, à la radio et évidemment en spectacle. Moustique a rencontré Rémi Deval et Clément Parmentier, un duo qui a le grain.

Interview : les Décaféinés tournent toujours avec leur machine

C’est quoi la pire première question à poser à des humoristes pour commencer une interview ?

Rémi Deval : Celle-là. Non, le pire question c’est «Vous pensez que ça va durer longtemps?».

La tournée se passe bien ?

Clément Parmentier : Oui très bien. Ça va faire deux ans qu’on joue ce spectacle. On est tous les mardis au Point Virgule à Paris, et les week-ends on a des dates un peu partout en France et en Belgique.

Dans le premier spectacle, vous êtes surpris de voir le public, et vous vous adressez directement à lui. Ici, vous discutez dans une laverie des sujets à aborder. Vous aimez vous détacher des constructions classiques?

C : Ah oui c’est vrai, on l’avait jamais remarqué. Ici on se demande «Si on devient humoriste, de quoi est-ce qu’on parlerait?». C’est une technique pour amener plusieurs sujets.

R : Dans le premier spectacle, on jouait un duo sur scène avec un public. Dans le deuxième il y a un lieu, c’est la laverie, donc c ‘est déjà plus théâtral. C’est deux mecs qui essayent de sortir de la précarité et ils se disent que s’ils deviennent humoristes, ils seront riches. Alors ils essayent, et ils débattent sur ce qui fait rire et pas rire. Mais c’est vrai, ça fait deux fois qu’on joue des mecs qui n’arrivent pas à faire un spectacle.

Les chansons ont une place importante dans votre style. Comment fait-on pour les doser correctement quand on construit un spectacle plus long ?

C : Ce spectacle a mis du temps avant de trouver la forme définitive, ce qu’on va vraiment jouer. Il y a eu une période de rodage où on modifiait beaucoup au fil des représentations. Il y avait beaucoup de chansons et de sketches qu’on en a retiré ensuite.

R : Il faut que ce soit cohérent, et que ça surprenne tout le temps. Le scénario évolue aussi. Les chansons doivent suivre les changements d’émotions.

Le bon choix de chanson, c’est 50% du détournement.

Vous parlez de rodage mais vous êtes de plus en plus actifs sur internet, un univers où ça n’existe pas du tout.

C : C’est ça la contrainte. Quand tu balances quelque chose, ça doit être fini. C’est une autre méthode de travail, comme les chroniques à la radio. Il faut qu’on les trouvent parfaites au moment de finir l’écriture.

R : Il y a un côté technique. Comme on fait des chansons sur l’actu, il faut aussi trouver des tubes à parodier. Ce qui est drôle, c’est le détournement.

C : Oui, il faut que le public reconnaisse directement la chanson, aussi. Le bon choix de chanson, c’est 50% du truc. Parfois on a un truc drôle mais on doit s’arrêter parce que la chanson est nulle.

R : Et quand on aura épuisé tous les morceaux on fera des tubes polonais.

C : La matinale de Varsovie.

Dans le spectacle aussi ?

C : Dans le spectacle c’est différent, les chansons sont principalement des compositions originales de Jacques Davidovici. Le détournement est plus efficace en radio parce qu’on doit capter les gens dans les cinq premières secondes.

Les décaféinés Christine Coquilleau Photographe

En parlant de radio, comment tout ça a commencé ?

C : Le directeur de Rire et Chansons, Laurent Thibault, est venu voir notre spectacle. Il veut mettre en avant les humoristes de la nouvelle génération. C’est très large, mais ça veut dire qu’il donne sa chance à beaucoup de gens. En plus nous sommes totalement libres. Aucune contrainte, personne ne lit 15 fois avant de diffuser.

R : Ça fait un an qu’on a commencé les parodies sur l’actu. Six mois après, on s’est dit que c’était intéressant de le faire à la radio, et il nous a recontacté.

C : En plus on adapte nos chroniques radio en vidéo.

R : Ça permet d’alimenter la chaîne Youtube et les réseaux sociaux.

Vos réseaux sont plutôt actifs, vous aimez ce média ?

R : Ouais, c’est vraiment chouette. Mais y a pas de règles. Ça peut faire 1 millions, 10 millions ou 20.000 vues.

C : C’est assez étrange aussi parce qu’on essaie de prendre des sujets d’actu vraiment brûlants, comme les gilets jaune par exemple. Ce ne sont pas celles qui ont marché le plus. Pourtant, c’est un sujet dont on parle tout le temps. Tout ce qui touche à l’actu c’est une source d’inspiration importante pour les humoristes.

R : Des fois tu t’emmerdes. Quand il n’y a pas d’actu…

C : Après ce n’est pas que de l’actu chaude. Il y a aussi des périodes, comme Noël.

R : Ou l’actu froide, comme la neige.

Il y a de l’absurde et aussi du fond, un point de vue.

Au niveau de l’écriture, comment ça se passe à deux ?

R : C’est ma mère qui écrit tout. Elle nous fournit les textes et puis on les joue… Non, en fait nous avons la même méthode de travail. On a des avis qui se regroupent, on s’adore et nous sommes très complices. Ce qui est intéressant, c’est qu’on a des côtés différents et ça nous permet d’écrire un sketch qui nous ressemble à tous les deux. Il y a de l’absurde et aussi du fond, un point de vue. On mélange vraiment tout ça.

Vous êtes prêts pour LA pire des questions ? Qu’est ce que vous pensez du public belge ?

R : Plus on monte vers le Nord, plus le public est rieur.

C : Sans jouer les opportunistes, on aime vraiment venir jouer en Belgique. On sent que les gens viennent s’amuser, et c’est aussi le cas dans le Nord. Le public parisien est plus difficile. Ils ont une offre de spectacles qui est plus conséquente tous les soirs aussi.

R : En même temps ça nous tire vers le haut, on se dit «tiens il faut que je revoie ça».

C : Certaines choses font beaucoup rire à Paris mais pas en province. Le public belge est très accueillant, très chaleureux.

Ce n’est pas un peu cliché ça ? Dans toutes les interviews d’humoristes, il y a un passage sur le public belge qui est plus chaleureux…

C : Ah bon ? Non, je pense vraiment que vous comprenez mieux la subtilité.

R : Et l’absurde.

C : Nous, on est très absurdes

R : Et on est très subtils.

C : Chez vous, les gens comprennent beaucoup plus rapidement où on veut en venir. En tout cas on aime le public belge.

Et pour la suite ?

C : On va tout arrêter.

R : Non évidemment. On s’amuse tous les deux, on continue tant que ça nous fait rire. Faut le faire vivre. Pour le moment on fait des spectacles de 100-200 places, l’année prochaine c’est 300-400 places. On attend de faire des salles de 2000 pour passer à un autre spectacle.

Les Décaféinés seront le 5 et 6 avril au Théâtre le Fou rire, à Bruxelles (Anderlecht).

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