Matthieu Chedid: l’interview avant son « one M show » à Forest National

Le chanteur débarque ce vendredi 24 en homme orchestre plein de surprises pour présenter “Lettre infinie”, dernier album épistolaire. Rencontre funky.

mathieu

Six disques solo, des soundtracks, le projet “Lamomali” qui a dépoussiéré l’expression “world music”, des collaborations prestigieuses (Vanessa Paradis, NTM, Johnny Hallyday) et, avec treize trophées sur la cheminée, le record de Victoires de la musique ex-aequo avec son pote Bashung… Le palmarès de Matthieu Chedid parle de lui-même. Guitariste, interprète, auteur, compositeur et producteur, le bonhomme reste pourtant d’une noble humilité et impose encore avec son nouvel album “Lettre infinie” une démarche artisanale inspirée en droite ligne de son père Louis Chedid. 

Pour ce retour aux affaires de son alter ego M, Matthieu le bienheureux (il est devenu papa pour la seconde fois le 2 février dernier) épure le propos, retrouve son côté funky des débuts et remonte le moral des troupes avec des chansons qui mettent l’humain à l’avant-plan. A Forest National ce vendredi 24 (pour répondre à la demande, il nous revient le 4 décembre dans la même salle), M se produit seul avec ses instruments, des automates et, chuuuuuut, pelin de surprises.

En quoi “Lettre infinie” est-il encore plus intime que vos albums précédents?

MATTHIEU CHEDID – Il y a toujours eu beaucoup d’intimité dans mes albums, mais j’y mêlais aussi des mélodies ludiques, des métaphores et de la poésie imagée. Une manière sans doute de me protéger… Sur “Lettre infinie”, j’ai voulu être plus direct. Plus clair aussi. J’utilise des noms communs, des noms propres. Je ne fais plus de détours.

Vous avez écrit Billie pour votre fille, qui est âgée de seize ans. Elle chante sur huit des treize chansons. Ce fut facile de la convaincre?

Il n’y a même pas eu de discussion. J’enregistrais à la maison et comme elle aime chanter, Billie a posé sa voix sur une première chanson. Il y en a eu une deuxième, une troisième… Finalement, elle est devenue la chanteuse féminine de l’album sans que rien ne soit officialisé.

La guitare est remise en avant sur cet album. L’expérience africaine de “Lamomali” en 2017 vous a-t-elle permis de vous redécouvrir comme musicien?

Je me suis toujours senti plus guitariste que chanteur. Ça reste mon expression première. Avoir été confronté à tous ces grands instrumentistes comme je l’ai été sur “Lamomali” m’a apporté beaucoup comme musicien. Ça m’a complètement bouleversé. Je ne pense pas que j’aurais conçu “Lettre infinie” de la même manière s’il n’y avait eu “Lamomali” avant. Ces rencontres africaines m’ont ramené à mes racines… Celles du blues, du rythme mais aussi celles de l’être humain. Le titre de mon disque est “Lettre infinie”, mais on peut aussi l’interpréter comme “L’être infini”.

Dans Thérapie, vous chantez “Souris à la vie. C’est quelque chose que vous vous dites souvent au quotidien?

Je suis un homme de l’instant. Cette expression Souris à la vie”, je me la dis ou je la pense chaque jour. C’est mon mantra. Le vrai cadeau de la vie, il est là: dans le présent, pas dans le futur, le passé, les regrets ou les souvenirs…

Après toutes ces années, avez-vous encore l’impression d’exercer le plus beau métier du monde?

Ce n’est pas un métier. C’est une passion. Et la passion, il faut la nourrir. Vu comme ça, je ne suis pas “inintéressé” par l’échec et le doute, car ils me permettent d’avancer. Je me demande encore régulièrement pourquoi j’enregistre des albums ou pourquoi je quitte la maison pour partir six mois en tournée. Et lorsque je suis en concert, la réponse saute aux yeux. Je vois les réactions du public et je me dis que tout ce que je fais a du sens.

Dans L’alchimiste, chanson écrite par Brigitte Fontaine, le narrateur dit: Je ne suis que moi-même, c’est pour ça qu’on m’aime”. Elle est là, la raison de votre succès?

Quand Brigitte m’a envoyé ce texte, j’ai été particulièrement troublé car je me retrouve dans tout ce qu’elle dit. C’était du sur– mesure. J’aurais pu l’écrire, mais sans doute pas aussi bien qu’elle. C’est comme si Brigitte Fontaine avait dressé mon portrait. Comme elle l’exprime dans L’alchimiste, je pense effectivement que rien ne pourrait m’être plus douloureux que d’être aimé pour ce que je ne suis pas. Depuis mon premier album solo “Le baptême”, en 97, je suis en accord avec tout ce que je propose au public. Je n’ai jamais essayé d’être quelqu’un d’autre ou de refléter dans une chanson un propos que je n’assumais pas. Je suis un musicien du cœur, pas de la tête.

Le 24/5 et le 4/12 à Forest National, Bruxelles.

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