Marc Ysaye : « J’ai eu de la chance, beaucoup de chance »

Officiellement, l’ex-directeur de Classic 21 est à la retraite depuis ce 1er  février. Mais à 65 ans, ce passionné de musique, de radio, de moto a encore de belles histoires à nous raconter. À commencer par la sienne.

Marc Ysaye © RTBF

Situé au quatrième étage de la rue de l’Esplanade Anne-Charlotte de Lorraine, son bureau offre une vue plongeante sur les toits enneigés de Mons. Les disques d’or, les affiches d’anciennes campagnes promotionnelles et les photos souvenirs qui ornaient les murs ont été décrochés. Les caisses sont faites. Un dernier café noir coule dans la Nespresso. Dans la pièce voisine, sa fidèle assistante Valérie Mouton prépare les bouteilles pour le “pot d’adieu”. Nous sommes le 30 janvier. Dans quelques heures, Marc Ysaye, directeur de Classic 21, tire sa révérence. Enfin, pas tout à fait.

Musicien, animateur radio, journaliste, conférencier… Il est difficile de l’imaginer en pantoufles au coin du feu à refaire le monde. Il va lâcher du lest, c’est promis dit-il, mais sa voix résonnera encore. Et quelle voix ! Chaude, ensorcelante et limpide quand il présente Les Classiques chaque dimanche “à l’heure de la messe” depuis 1988, elle devient  émue et embuée lorsqu’il répond à nos questions. 

Comment vous sentez-vous ?

MARC YSAYE – Je suis très serein. Bien sûr, il y a l’émotion d’avoir tourné une page après trente-sept ans “de maison” à la RTBF. Mais je vais continuer à faire ce que j’aime : faire de la radio, de la musique et, ce qui me passionne sans doute le plus, raconter des histoires.

Quand avez-vous commencé à préparer votre retraite ?

Je connaissais évidemment la date de ma pension, mais je n’y pensais pas trop. Mais il y a de cela un an, ma direction m’a poussé à y réfléchir de manière concrète. D’un côté, elle m’a demandé de commencer à déléguer certaines de mes fonctions, ce qui n’a pas été évident, je vous l’avoue. D’un autre, elle m’a proposé de poursuivre ma collaboration à la RTBF après mon départ à la retraite. C’est une belle preuve de confiance.

Avec Paul McCartney, « un gamin toujours enthousiaste ».

Quand on arrive à l’âge de la pension, on se demande : “Qu’est-ce que je vais faire ?” ou : “Qu’est-ce que je ne vais plus faire ?”

Dans mon cas, ce serait plutôt : “Qu’est-ce que je ne dois plus faire?” Les fonctions de management, les réunions de staff, la gestion des équipes. Je n’aurai plus de pression liée au budget, aux chiffres publicitaires et à l’audience. Par contre, je  garde mon émission dominicale Les Classiques que j’avais lancée en 1988 et Le making of. La RTBF m’a aussi proposé d’assurer des émissions spéciales, en radio ou en télé. Et il y aura de quoi faire. L’année 2019 sera plutôt chargée puisqu’on fête les 50 ans du festival de Woodstock, les 50 ans de l’opéra rock “Tommy” de The Who, ou encore les quarante ans de l’album “Breakfast In America” de Supertramp. Il y a une matière formidable.

Vous étiez le dernier directeur radio en poste à la RTBF et vous quittez Classic 21 alors qu’elle pointe à 11,25 % de part de marché. Mission accomplie ?

C’est une grande fierté bien sûr. C’est le travail de toute une équipe. La situation est assez particulière. Non seulement j’étais le directeur de Classic 21, mais j’en suis aussi le créateur. Ces derniers mois, ma mission a été de comprendre, d’accepter et ensuite d’accompagner la nouvelle structure 360° de la RTBF, où ces postes de directeur n’existent plus désormais. Le bébé va continuer à grandir sans moi, mais je suis très confiant. Autour d’Étienne Dombret, désormais capitaine de Classic 21, il n’y a que des gens dévoués. Il y aura du changement, mais ce sera dans la continuité de ce que nous avons réussi à bâtir ensemble.

Contrairement à d’autres chaînes radio qui ont tendance à chambouler leur grille en fonction des tendances et des audiences, Classic 21 a toujours gardé sa ligne éditoriale. C’est ce qui explique son succès ?

À Classic 21, nous avons toujours respecté la musique. Il est là,  notre ADN. Depuis le début… Je ne connais personne à Classic 21 qui n’est pas passionné par la musique. Je ne connais personne à Classic 21 qui vient travailler avec des pieds de plomb. Quand on atteignait un palier, on se donnait un autre challenge sans pour autant renoncer à cet ADN. Nous n’avons jamais trahi les auditeurs. Notre “fonds de commerce” a toujours été le rock classique, les Beatles, Led Zeppelin, Pink Floyd… Mais on a aussi proposé de nombreuses découvertes sur antenne. Nous avons été les premiers à diffuser Typh Barrow ou Black Mirrors (qui vient de gagner le D6bels Music Award dans la catégorie “Groupe rock indie” – NDLR). Contrairement à ce que certains prédisaient, notre audience n’a jamais vieilli. En 2004, lorsque nous avons lancé Classic 21, la moyenne d’âge de l’auditeur était de 46 ans. Quinze ans après, elle est de 48 ans. C’est l’une de mes plus grandes satisfactions.

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