Lou Doillon : “J’ai mis longtemps à ne pas me censurer”

Ex-mannequin, ex-comédienne et accessoirement “fille de”, elle s’assume complètement comme chanteuse sur un troisième album éclectique et électrique.

Lou Doillon © Craig McDean

Un premier album, “Places”, téléguidé par Étienne Daho, qui la consacre Artiste féminine de l’année aux Victoires de la musique en 2012 et s’écoule à 300.000 exemplaires. La confirmation ensuite avec “Lay Low”, enregistré en mode folk au Canada avec l’écorché vif Taylor Kirk, alias Timber Timber. Et puis ce nouveau “Soliloquy”, disque sanguin, charnel, électrique et envoûtant sur lequel – ouf ! – Lou Doillon n’a plus à se justifier d’être “la fille de” ou “la demi-sœur de” et peut assumer pleinement sa liberté artistique. “Pour faire oublier l’image de la fille folk, j’ai délaissé la guitare acoustique avec laquelle je crée habituellement mes chansons. J’ai enregistré toutes mes maquettes en batterie/voix. Le résultat était cash, brut. Un peu comme si j’allais à l’abordage.”

Produits par Benjamin Lebeau (The Shoes) et traversés de riffs électriques, des titres comme Burn ou Brother conservent toute l’énergie primale insufflée initialement par Lou Doillon.  Manipulées par Dan Levy, moitié de The DØ, d’autres mélodies de ”Soliloquy” (Widows, notre préférée Nothings) s’illuminent d’apparats plus pop sans jamais tomber dans la démonstration. “Et pour faire le lien entre ces deux univers, j’ai encore ajouté des ballades dépouillées ainsi que It’s You, duo avec Cat Power qui sonne comme une épiphanie à deux voix.”

Depuis quand avez-vous pris conscience que chanter était votre métier ?

LOU DOILLON – C’est arrivé il y a deux ou trois ans. Je devais remplir un formulaire pour un visa. D’habitude à la case “Profession”, je mettais “mère”. Là, j’ai osé pour la première fois écrire “auteure et compositrice”. Après tout, écrire des chansons et les interpréter sur scène, c’est devenu mon occupation principale. Quand je croise des gens, ils me demandent : “C’est quand ton prochain disque ?” Et plus : “C’est quand ton prochain shooting?”

On vous sent à la fois plus libérée et plus précise dans votre écriture.

D’un côté, je ne veux pas qu’on décèle dans mes chansons des traces de ma vie privée. De l’autre, j’ai envie d’exprimer des choses profondes et d’y croire au point d’être capable de les chanter sur scène chaque soir. J’ai mis du temps à m’assumer et ne pas me censurer. Encore aujourd’hui, j’aurais du mal à intituler la chanson Mother, car je sais que tout le monde aura en tête l’image de Jane Birkin. Quand Freddie Mercury chantait “Mama” dans Bohemian Rhapsody, personne ne lui posait des questions sur sa mère…

Dans Soliloquy, vous chantez “Mon nom me rend malade”.  Vous vous le dites parfois dans la vie de tous les jours ?

Oui.  Mais ce n’est pas seulement une réflexion personnelle. Beaucoup de gens de ma génération se demandent si leur existence est le fruit de choix personnels ou est téléguidée en réaction de leur nom, de leur milieu social ou de ce que d’autres ont décidé à leur place.

En étant la fille de Jane Birkin et de Jacques Doillon, auriez-vous pu faire autre chose qu’un métier artistique ?

C’est aussi l’histoire du fils de médecin qui se rebelle contre son père et finit quand même par étudier la médecine. Ado, je me révoltais aussi, mais je voyais que mes parents étaient passionnés par leur métier. Ils ne revenaient pas “du boulot” fatigués et déprimés. Non, ils rentraient à reculons à la maison et parfois même, ils ne rentraient pas du tout. Alors moi, ça m’intriguait et je voulais les accompagner sur les tournages ou en concert. Et j’ai chopé le virus.

Vous chantez en duo It’s You avec Chan Marshall, alias Cat Power. Elle fait partie de vos modèles ?

Chan est un idéal artistique pour sa fantaisie et sa singularité. Elle avance à l’instinct et fait les choses parce qu’elle a besoin de les faire. Jamais par calcul. Cette démarche, je la retrouve chez tous les artistes que je vénère : Lou Reed, Patti Smith, Joni Mitchell. Je ne me compare pas à eux, mais je suis guidée par la même nécessité qu’ils ressentaient.

Le 29/4. Nuits Botanique, Bruxelles.

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