« Boldiouk et Bradock », la websérie belge qui enchaîne les prix internationaux

La dernière websérie de la RTBF vient de remporter un prix en Russie. En février, on parlait de cette fiction déjantée avec son créateur, Théophile Mou.

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Cet article a initialement été publié le 7 février 2019, lors du lancement de « Boldiouk et Bradock ».

Encore un prix pour la dernière websérie de la RTBF ! Après avoir remporté deux trophées (meilleure websérie internationale et meilleure production) à l’Apulia Webfest en mai dernier, la série de Théophile Mou (son nom d’artiste) a été récompensée en Russie. En compétition parmi 33 webséries au Realist Web Fest, la fiction « méta-fantastique » a remporté le prix du meilleur personnage pour Loïc Buisson (Boldiouk).

Humour déjanté, univers en carton pâte et second degré permanent, Bolidouk et Bradock (une co-production RTBF et La Belle Équipe Productions créée par Félix et Toussaint Colombani) sort clairement de l’ordinaire. Bourrée de références à la pop culture, elle raconte l’histoire de Boldiouk, un scénariste en panne d’inspiration qui atterrit par hasard dans ses scénarios inachevés. Il y rencontre Bradock, un héros en mal d’aventure. Une comédie « méta-fantastico-plouc », comme aime la décrire son équipe, devant laquelle on ne reste certainement pas indifférent.

L’équipe derrière cette websérie (malheureusement peu remarquée chez nous) est jeune, à commencer par son réalisateur Théophile Mou. À 26 ans, il signe ici sa première websérie « pro ». Passé par l’IAD, cela fait maintenant dix ans que le jeune auteur tourne des courts-métrages, « sans argent et sans boite de production ». Grâce au dernier appel à projets de la RTBF, il a enfin pu entrer dans la cour des grands. Après avoir reçu une enveloppe de 130.000 euros et trimé pendant 18 jours de tournage et des mois de montage, il montrait le résultat final en février dernier. Nous l’avions rencontré à cette occasion.

Il parait que l’idée de Boldiouk et Bradock est née dans votre tête il y a longtemps…

Ça a commencé il y a un peu plus de deux ans. J’essayais d’écrire des scénarios de série et j’ai finalement ressorti de vieux textes de mes tiroirs. C’était juste des idées pour une série avec des épisodes de deux à trois minutes, un truc très fun. J’ai repris ce vieux scénario qui datait d’il y a cinq ans, de l’époque où j’étais étudiant à Louvain-la-Neuve. Au début je voulais faire un truc très court et très fun, et tourner la saison 1 en un été ; faire « la mini-série what the fuck ». Et puis j’ai rencontré Tom le premier assistant ; j’avais alors écrit toute une saison. En parlant et en préparant le tournage, on s’est dit que c’était plus malin de regrouper les trois premiers épisodes, d’en faire un pilote et de chercher des producteurs. Au fur et à mesure, ça a pris plus d’ampleur que ce que j’avais imaginé et ça s’est complexifié.

Vous avez ensuite fait du stop jusqu’à Genève pour défendre votre projet ?

Oui, ça c’était après avoir tourné le premier pilote. On cherchait des gens pour financer notre projet et on ne savait pas très bien par quel bout prendre la chose. On était jeunes, on sortait de nulle part. Du coup, on a proposé la série à plein de festivals. Aucun ne nous a pris, sauf le Geneve International Film Festival qui a retenu notre projet. On a donc eu l’occasion de le pitcher devant des diffuseurs. Comme on avait pas de bagnole, on y a été en stop. C’est là qu’on a rencontré François Jadoulle qui travaillait alors au sein de la section webcréation de la RTBF. C’est lui qui nous a recommandé de participer au prochain appel à projets de la RTBF.

© Noémie JadoulleSur le tournage de Boldiouk & Bradock. © Noémie Jadoulle

Vous décrivez votre série comme une « comédie méta-fantastico-plouc ». C’est quoi ce truc ?

« Méta », car ça traite de personnages qui entrent à l’intérieur d’une fiction. On brise le quatrième mur. « Fantastico », car il y a des supers pouvoirs, des explosions, un dragon… On utilise des codes du cinéma fantastique. Et « plouc » parce que même s’il y a du fantastique, du surnaturel, ce n’est pas toujours forcément épique ou classe. Mes personnages ont parfois des superpouvoirs un peu nuls et sont un peu décalés. On pourrait grossièrement les appeler des « losers ».

J’aime bien cette idée de ne pas attendre d’avoir des subsides pour se lancer, pour créer.

En quoi le format de la websérie s’adapte bien à cette histoire ?

Ce projet, je l’ai toujours vu comme une websérie. D’abord parce que j’en regarde moi-même. Et puis j’aime bien l’idée de gratuité sur Internet. Dès le départ, on voulait quelque chose de très rythmé et s’autoriser une liberté de ton qu’on ne peut avoir actuellement que sur Internet.

Il y a des webséries qui vous ont inspiré ?

L’une des séries qui m’a inspiré et que j’admire beaucoup c’est la websérie française Le visiteur du futur (créée, écrite et réalisée par François Descraques, NDLR.). C’est une bande de potes qui a fait un truc sans fric sur Dailymotion, et au bout de quelques saisons, leur série s’est retrouvée sur France 4. Ils ont voulu faire un truc entre eux en se marrant, et ça a pris. J’aime bien cette idée de ne pas attendre d’avoir des subsides pour se lancer, pour créer.

J’écris juste des trucs qui me font marrer, et puis ça touche le public que ça touchera.

© Noémie JadoulleSur le tournage de Boldiouk & Bradock. © Noémie Jadoulle

La websérie est-elle assez développée en Belgique ?

En France, ils ont un peu d’avance sur nous, ils ont des plateformes dédiées comme Blackpills. En Belgique, on a un petit wagon de retard, mais en même temps c’est cool parce que c’est les débuts. C’est aussi excitant dans un sens : c’est quelque chose qui n’est pas encore très présent dans le paysage audiovisuel belge et donc le champ des possibles est assez large. Mais je pense que ça va se faire tout seul. Ce sont des formats que notre génération aime de plus en plus consommer.

Justement, au-delà de cette génération, vous comptez toucher un autre public ?

Ce n’est pas une question à laquelle je réfléchis de manière générale. J’écris juste des trucs qui me font marrer, et puis ça touche le public que ça touchera. Évidemment, plus c’est large et mieux c’est ! Selon les retours qu’on a eu sur le pilote, il semble que ça a plu à des gens de plus de quarante ans aussi. Ça peut toucher d’autres générations, donc c’est assez rassurant. Je n’ai jamais voulu cibler un public précis, faire un truc pour ados ou autre. Je pense que plus on adopte des systèmes universels et transgénérationnels, mieux c’est.

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