Félins pour l’autre: à la découverte d’un bar à chats

À Liège, au Café Merlix, on peut boire un verre, manger un morceau et trouver un peu de réconfort en dorlotant un chat. Si affinités, on peut même rentrer avec lui.

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Un mardi, 11h45, à Liège, rue des Clarisses. On commence à songer à l’endroit où l’on ira déjeuner. La rue des Clarisses ne manque pas de possibilités. On dit qu’on peut y manger les meilleurs boulets à la liégeoise de la ville au Dernier Ragot. Mais, juste à côté, on peut aller – avec la même certitude de manger divinement – à la Pasta Della Mamma. Les deux établissements commencent d’ailleurs à se remplir alors qu’il est à peine midi… À côté des commerces traditionnels, on note que la rue se gentrifie. Un magasin de décoration haut de gamme, une sandwicherie sans gluten, un ramen bar… Et, un peu plus loin, deux vitrines frappées d’un logo très réussi. Un chat dont le corps et la queue forment une tasse de café. Un pictogramme élégant et efficace qui pourrait même être compris par des touristes japonais…

Ce qui tombe assez bien. Car c’est au pays du Soleil-Levant qu’est né le “Neko café” – neko voulant dire “chat” dans la langue de Mishima – à Osaka en 2004. En 2012, le concept s’est implanté en Europe. Avec une différence fondamentale. L’idée originale répondait à un besoin né d’une caractéristique de l’immobilier nippon: il y est interdit pratiquement partout dans les villes de posséder un chat dans son appartement. Ainsi, les “Neko café” japonais doivent se comprendre comme des endroits où on “loue” des chats pour une dizaine d’euros l’heure.

Ici, on n’est absolument pas dans cette logique”, objecte Jacques Karablin, le propriétaire des lieux. Jacques est assez intrigant. Et incroyablement sympathique. L’homme a 55 ans, est économiste, a un regard franc, l’allure d’un alpiniste et porte en lui quelque chose appartenant, un peu, à une Belgique révolue. On saura qu’il a fait son service militaire chez les paras et qu’il a pratiqué les sports de combat. Une extrême douceur se dégage pourtant de lui.

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Love cats

Quelques minutes confirmeront une intuition: Jacques est en plein processus de résilience après un épisode médical qui aurait dû nous priver de sa présence. On “sent” qu’il apprécie d’être en vie… “Chez nous, il ne s’agit pas de louer un animal. Tout tourne autour du bien-être des chats. Nous travaillons avec un refuge. Celui-ci nous fournit les chats, la logistique médicale et alimentaire avec différents types de croquettes et de pâtées. Nous les logeons et les nourrissons dans deux pièces à l’arrière du café. Lorsqu’ils le veulent, ils nous rejoignent en utilisant la chatière que vous voyez.” L’ambiance des lieux s’inspire, tout de même, de l’esthétique japonisante. Blanc, bois clair, dépouillement. Net, lumineux, propre. “Vous avez des distributeurs de gel antibactérien partout: il faut se désinfecter les mains avant de les caresser, les coussins sont nettoyés tous les jours et bien entendu les sols aussi. L’Afsca est très pointilleuse…” Sheridan, la jeune femme qui travaille avec Jacques, apporte un chocolat chaud et un cookie japonais à une quadragénaire blonde qui caresse un chaton de 6 mois. Les deux femmes dont les apparences s’opposent – l’une est couverte de tatouages que n’aurait pas reniés Amy Winehouse tandis que la blonde est plutôt Vuitton – se retrouvent dans un sourire suscité par le chaton qui soudain a décidé de s’attaquer à un coussin. D’autres clientes arrivent. De tous âges. L’une d’entre elles vient donner des nouvelles d’un chat qu’elle a adopté, ici, il y a quelques mois. “Le but ultime de Merlix, comme celui des autres bars à chats ouverts en Belgique francophone, c’est de favoriser les adoptions de chats abandonnés. On vérifie que les maîtres et maîtresses adoptifs ont les bonnes attitudes et disposent d’un environnement adapté pour les chats. Ceux-ci en retour sont pucés, vermifugés et vaccinés. Notre rôle à nous est de faire l’interface, en quelque sorte.

Et un peu plus que ça, d’évidence. Parce que Jacques s’adresse à chacun et conseille, parfois même rassure. On vient au bar à chats pour ronronner avec les chats, boire un café ou manger un bol de riz avec des légumes ou du poulet. Mais aussi pour se déconnecter d’un monde qui, actuellement, peut être perçu comme très anxiogène. “Nos chats ne sont pas tous de mignons chatons, de ceux qu’on voit sur Facebook et qui récoltent des centaines de “like”. Nous avons aussi des vieux chats, des chats auxquels il manque un bout de queue ou de patte. Et ceux-ci trouvent également une nouvelle famille d’adoption. Lorsqu’on y pense, c’est assez réconfortant…” En effet, un endroit où des gens “normaux”, c’est-à-dire parfois malmenés par la vie, trouvent leur correspondance féline a quelque chose de profondément rassurant. Parce que le monde n’est pas peuplé que de bogosses et de lolcats.

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