The Favourite nommé dix fois aux Oscars

The Favourite, brillante satire historique post-#MeToo, impose un trio d’actrices au sommet (Rachel Weisz en tête) et enchaîne dix nominations aux Oscars 2019.

Emma Stone dans The Favourite © Prod

« L’amour a ses limites. – Eh bien il ne devrait pas”. Dès les premières répliques giclant entre deux éclats de boue, le ton est donné. The Favourite (La Favorite) ne cesse de jouer avec les limites : du cadre, de la bienséance et du cinéma.

Présenté à la dernière Mostra de Venise, le dernier film du Grec Yórgos Lánthimos, recourant volontiers au bestiaire pour explorer l’humanité dysfonctionnelle (The Lobster, Mise à mort du cerf sacré et ici dix-sept lapins en guise de fœtus royaux), dissèque un trio particulier, celui que formèrent au début du XVIIIe siècle la reine Anne d’Angleterre (délirante Olivia Colman – qui est aussi la Elizabeth II des saisons 3 et 4 de The Crown sur Netflix), la duchesse de Marlborough (Rachel Weisz, de plus en plus belle) et la jeune Abigail (énergique Emma Stone), aristocrate déchue que son père a jouée au jeu, prétendant elle aussi au titre de favorite (dans tous les sens du terme) que Lady Sarah détenait jusque-là sans partage.

Huis clos de palais serti dans les jardins royaux, les couloirs secrets et les chambres tapissées de la cour britannique alors dépourvue de guerriers (lancés contre la France) mais bourrée de courtisans-prédateurs prêts à usurper le pouvoir de ces femmes qui s’agitent comme des pantins, la farce surprend et éblouit. Prises dans l’étau d’une caméra anamorphique qui distord le cadre, les trois actrices livrent une performance d’un grotesque assumé et inouï (les crises de goutte soignées à la viande crue, les scènes d’amour lesbien sadomaso), inversant les codes du masculin et du féminin dans un retournement formaliste brutal, absolument décadent et réjouissant.

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