Eurosonic: les artistes à suivre en 2019

La ville de Groningen a accueilli durant trois jours le futur de la musique. Entre nouveau souffle rock et girl power, Moustique a fait son marché.

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« Eurosonic aujourd’hui, l’Europe demain ». Le slogan ne ment pas. Ayant déjà amorcé dans le passé l’envol international d’Adèle, The xx, Melanie De Biasio, Sam Smith ou encore Dua Lipa, ce festival, qui s’est déroulé du 16 au 18 janvier dans la ville universitaire de Groningen, au nord des Pays-Bas, s’impose comme l’étape incontournable pour les nouveaux talents candidats à l’exportation. Pendant trois jours, ce sont près de 350 showcases d’artistes européens émergents qui ont été présentés dans quarante-deux lieux répartis dans la ville : de la vraie salle à une piscine, en passant par un garage, un bowling ou une église, il y a eu de la musique partout.

Comme aux Ardentes, au Rock Werchter, au Botanique, au Coachella californien ou au Clockenflap de Hong Kong, Moustique est venu faire le plein de découvertes, entre une balade le long d’un canal aux berges pavées et des croquettes aux crevettes avalées au milieu de la nuit. Nous en sommes revenus avec un top 7 et déjà deux tendances confirmées pour ces prochains mois : le retour en force des groupes post-punk et l’émergence d’un nouveau girl power en musique urbaine.

Fontaines D.C.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Ce groupe irlandais a battu le record de la file la plus longue qui serpentait la Oosterstraat, devant la salle Vera (l’A.B. de Groningen), où il se produisait. Déjà très actif dans les milieux de la contre-culture dublinoise, Fontaines D.C. a publié trois singles incendiaires dont Boys In The Better Land, fougueux hymne à la jeunesse. Un premier album est attendu en février sur le label Partisan Records (qui a aussi signé les excités d’Idles). Urgence, gros son de basse, chanteur “habité”, riffs post-punk, insouciance juvénile… Fontaines D.C. a tout pour plaire aux nostalgiques de Gang Of Four et à ceux qui ont fait de Shame le groupe rock de 2018.

Nova Twins

Filles de musiciens jazz, Amy et Georgia ont grandi dans le South West londonien en écoutant du rock tendance dure. L’une joue de la guitare, l’autre de la basse. Elles définissent leur premier EP comme un manifeste cyber-punk. Rap, rock, textes engagés, tenues bariolées, grimages fluo… Même si leur recette est ultra-connue, Nova Twins offre un spectacle époustouflant. Fans de Rage Against The Machine, de Public Enemy et donc de Prophets Of Rage, avec qui elles ont tourné en 2018, les Nova Twins offrent un bon rapport qualité/prix pour tous les festivals.

Kokoroko

Occupant les devants de la scène, trois femmes black à la gestuelle ondulante titillent les sens et réveillent les consciences. L’une joue du saxophone, l’autre souffle dans un trombone à coulisses, la troisième nous fait rêver avec sa trompette. C’est l’image forte que nous retiendrons de cette édition de l’Eurosonic. On la doit à ce collectif de huit musiciens basé à Londres qui dépoussière l’afro-beat et rend le jazz accessible à tous. Essentiellement instrumentale, la musique de Kokoroko réussit à faire danser tout en transformant l’utopie d’un monde meilleur en réalité. L’album “Kokoroko” est attendu pour mars sur le label jazz Bronswood Recordings. En concert complet ce mercredi 23 à Flagey, le 17/4 à De Roma à Anvers et cet été dans un festival urbain de la capitale que nous ne pouvons pas encore nommer.

Le Villejuif Underground

Non, rien à voir avec le Velvet Underground. Le Villejuif Underground est une formation née en banlieue parisienne autour de l’auteur-compositeur australien Nathan Roche. Leur mélange de rock indie, disco, country et aussi un peu de n’importe quoi avait déjà fait fureur à Dour l’année dernière. L’album “When Will The Flies In Deauville Drop” sort ce 1er février. Sur scène, c’est parfois brouillon, mais on aime l’énergie et la démarche artisanale. Le “djeun” qui a découvert sur YouTube Loser de Beck en se disant “putain, c’est vachement bien mais ça remonte à 1994” a trouvé un truc de sa génération.

The Murder Capital

Tout comme Fontaines D.C., les cinq garçons de The Murder Capital nous viennent d’Irlande. Paru l’été dernier, leur premier single More Is Less a suffi à rameuter tous les fans de guitare. Moustaches en trait de crayon, pull à col roulé, cheveux rasés, canettes de Guinness tiède posées sur les amplis, les gugusses soignent l’attitude. Côté répertoire, The Murder Capital enchaîne chansons punk incisives et plages mélancoliques hantées par les fantômes de Joy Division. On les voit bien au Bota ou sous un chapiteau à Dour.

Glass Museum

Dans la délégation belge (qui comptait également Sonnfjord, Blue Samu, Juicy, Esinam ou encore Marc Melià), Glass Museum avait le mérite de la singularité. Entre jazz, électro minimaliste et néo-classique, la musique du duo tournaisien se prêtait particulièrement au charme baroque de l’église où il se produisait. Aussi raffinée que poétique, la prestation de Martin Grégoire (batterie) et Antoine Flipo (piano) a fait le plein et devrait leur permettre de conquérir de nouveaux marchés. Si ce n’est pas encore fait, réchauffez-vous à l’écoute de leur album “Deux”.

Mahalia

Après un concert complet au Botanique, la chanteuse anglaise de dix-neuf ans a confirmé haut la main à l’Eurosonic son statut de “queen”. Mais attention à la concurrence car dans cette pléthore de nouveaux talents féminins présents à Groningen, les points communs sont déjà nombreux : une voix chaude, des textes conscientisés, voire féministes, la référence néo-soul obligatoire à Lauryn Hill et, tout aussi de bon ton, des citations jazz pour s’assurer une crédibilité chez les mélomanes exigeants. Werchter, Pukkelpop, Gent Jazz…, Mahalia aura le choix cet été. L’album arrive.

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