Kiss : « Nous survivrons à toutes les modes »

Le groupe le plus maquillé de l’histoire du rock sort un best of et annonce sa tournée d’adieu. Mais faut-il le croire ?

Kiss © Belga Image

Ce 31 janvier, Kiss donne le coup d’envoi de sa Final Ever Tour à Vancouver. Cette tournée fera escale le 23 juin en Belgique, au Graspop Festival. On ne sait pas quand elle s’arrêtera. “Nous jouerons partout où on nous le demande”, affirment les membres du groupe.
Kiss a été fondé en 1973 à New York par le bassiste Gene Simmons (langue pendue, zéro goutte d’alcool avalée de toute sa vie, plus de 2.500 groupies dans son lit à en croire son autobiographie) et le chanteur Paul Stanley, chanteur qui n’a jamais entendu de l’oreille droite des suites d’une malformation génitale. Tous deux sont issus de familles juives qui ont fui le nazisme pour se réfugier aux États-Unis sans le sou. Paul et Gene ont trouvé le salut dans le rock and roll. Quarante-cinq ans et 150 millions d’albums vendus plus tard, ils sont toujours aux commandes de ce groupe hors normes. 

Au cours d’une carrière tumultueuse, les postes de batteur et de guitariste de Kiss ont été occupés par différents musiciens, mais les caractères, inspirés des héros des “comics” américains, sont restés. Gene est le Démon et Paul est l’Enfant Étoile. À la batterie, on trouve l’homme-chat (Eric Singer) tandis que le guitariste Tommy Thayer, qui a répondu à nos questions, est le Spaceman.

Pourquoi cette tournée de Kiss est-elle la dernière ?

TOMMY THAYER – Nous avons toujours répété que nous voulions nous arrêter au sommet. Nous sentons que nous avons encore du “jus” pour offrir au public la tournée la plus impressionnante de Kiss. Mais d’ici un an ou deux, ce ne sera plus possible. Gene Simmons aura 70 ans cette année. Paul Stanley, avec qui il a fondé le groupe, en aura 67. Kiss en tournée, c’est bien plus éprouvant que les Rolling Stones. Nos costumes pèsent plus de dix kilos, Paul survole chaque soir le public dans une tyrolienne accrochée à un fil. Gene et moi, on joue sur des plates-formes qui montent au plafond. Il y a des explosions, des chorégraphies… Nous pourrions continuer encore dix ans à donner des concerts “normaux”, mais Kiss ne donne pas de concert “normal”. Chaque show de Kiss est introduit par un speaker qui dit “You want the best, you’ve got the best”. On ne veut pas mentir.

Gene Simmons a dit un jour que Kiss était intemporel et survivrait à ses membres. Vous êtes d’accord avec lui ?

En théorie, Gene a raison. Kiss survivra à toutes les modes. Nos chansons resteront. Sur scène Kiss pourrait peut-être aussi continuer avec d’autres musiciens plus jeunes, mais ils doivent être bons. Très bons. Et ça, je ne suis pas certain qu’on en trouvera.

En quoi cette tournée d’adieu sera-t-elle différente des autres ?

Pour cette tournée d’adieu, nous avons répété deux mois dans une salle d’une capacité de 20.000 personnes que nous avons louée à Los Angeles. La première semaine, on a demandé à nos techniciens d’installer les décors et les effets spéciaux utilisés sur toutes nos tournées précédentes. Après avoir tout passé en revue, nous avons dit : “C’est bien ! Tout ça, nous l’avons déjà fait. On oublie, on efface tout et on trouve autre chose”. Bien sûr, il y aura du faux sang, des explosions, des éléments modulables sur la scène, des classiques et des chansons plus obscures, mais nous les présenterons d’une manière inédite.

Quand tu fondes un groupe rock and roll, ce n’est pas pour suivre des règles.

“Monster”, le dernier album de Kiss, remonte à 2012. Vous comptez enregistrer de nouvelles chansons ?

Ce n’est pas dans les plans. Kiss est entièrement dédié à ses fans. Et les fans veulent entendre I Was Made For Lovin’ You, Rock And Roll All Nite ou Detroit Rock City. Pas de nouveautés. Quand on  a sorti “Monster” en 2012, l’album est devenu disque de platine aux États-Unis, mais ce n’est pas ça que les gens attendent de nous en concert.

N’est-ce pas frustrant de jouer uniquement les tubes ?

Non. Il n’y a rien de frustrant à jouer avec Kiss et de remplir à chaque tournée les salles et les stades où nous nous produisons. Quand j’étais gamin, les chansons de Kiss sont les premières sur lesquelles je me suis esquinté les doigts.  Lorsque Gene et Paul m’ont proposé le poste de guitariste en 2002, j’ai réalisé mon rêve de gamin. Si j’étais frustré, je pourrais profiter de mon temps libre pour faire des disques solo ou jouer autre chose que du Kiss. Mais je préfère m’occuper de ma famille. Guitariste de Kiss, c’est le plus beau job du monde.

Kiss a joué avec un orchestre symphonique, tourné dans un épisode de Scoubidou et vend du papier toilette à son effigie. Vous n’avez pas peur d’être ridicules ?

Quand tu fondes un groupe de rock and roll, ce n’est pas pour te fixer des règles et faire comme tout le monde. Kiss n’a peur de rien et ne se fixe pas de limite. Cette attitude nous met dans une position unique. Kiss n’a jamais été à la mode. On n’a jamais été un groupe “crédible” pour la presse musicale ou le truc “cool du moment” pour les médias branchés. Mais regardez le résultat : on est toujours au top.

Combien de temps vous faut-il pour vous maquiller ?

Ça me prend une heure. Pour Gene, c’est plus de deux heures, mais c’est parce qu’il n’arrête pas de téléphoner. Chaque membre de Kiss se maquille lui-même dans sa loge. Pour moi, c’est devenu un cérémonial et, même si c’est bizarre, je dois avouer que c’est l’un des trucs qui va le plus me manquer lorsqu’on arrivera à la fin de la tournée. C’est le seul moment de la journée où je suis seul. Quand je rentre dans ma loge, je suis Tommy, un mec en jeans, des santiags et des longs cheveux. Quand j’en sors, je suis le Spaceman… Tu piges le truc ? Ce qui est dingue, c’est que les fans font aussi la distinction. Quand ils me reconnaissent dans la rue, c’est “salut Tommy”. Quand je suis maquillé, personne ne m’appelle plus Tommy, c’est Spaceman.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus avec Kiss ?

À chaque concert, Paul pose la même question au public : “Qui d’entre vous assiste pour la première fois à un concert de Kiss ?” Et à chaque concert, la moitié de la salle lève la main. C’est dingue…

Le 23 juin. Graspop, Dessel.

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