Rami Malek : l’acteur qu’on n’avait pas vu venir

Primé aux Oscars pour sa prestation dans Bohemian Rhapsody, le comédien américain revient de loin. Après des années de galère, il est finalement parvenu à entrer dans "la cour des grands". Portrait d’un acteur aussi imprévisible dans ses choix de rôle que talentueux dans leur interprétation.

Rami Malek : l’acteur qu’on n’avait pas vu venir

Article initialement publié le 7 janvier 2019, au lendemain des Golden Globes, et republié le 25 février 2019, au lendemain des Oscars.

« Je n’étais peut-être pas le choix le plus évident, mais visiblement ça a fonctionné ». Nous sommes le 24 février 2019 et Rami Malek vient de recevoir l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation de Freddie Mercury dans le biopic Bohemian Rhapsody. En janvier dernier, l’acteur recevait déjà avec émotion le Golden Globe du meilleur acteur pour le même rôle. Profondément ému, l’artiste de 37 ans livré un discours touchant« On a fait un film sur un homosexuel, immigré, qui a vécu sa vie en étant profondément lui-même. Le fait que je célèbre cette histoire avec vous prouve que nous sommes en demande de ce genre d’histoires. (…) Ce moment, je vais le chérir jusqu’à la fin de ma vie ».

Né le 12 mai 1981 à Los Angeles, Rami Malek a été élevé dans la tradition copte orthodoxe. Ses parents sont Égyptiens et ont quitté Le Caire pour les États-Unis à la fin des années 70. Tout comme Freddie Mercury, Malek est donc fils d’immigrés. « Je peux m’identifier à lui. Je suis un Américain de première génération et lui aussi était immigré. Il s’appelait Farrokh Bulsara. C’est très difficile, je pense, d’arriver dans un tout nouveau pays à cet âge et de commencer à s’intégrer », a-t-il expliqué à Brut.

Le vilain petit canard

Adolescent, le jeune Rami fréquente la Notre-Dame Highschool en même temps que Rachel Bilson (Newport Beach) et Kirsten Dunst (Spider-Man, Melancholia). Il est d’ailleurs dans le même cours de théâtre musical que cette dernière. Fils d’une mère comptable et d’un vendeur d’assurances, il est le seul de sa famille à s’être tourné vers le théâtre et le cinéma. Ses parents le voient avocat et l’encouragent à participer à une compétition de débats. Ses talents d’orateur sont vite remarqués par son professeur qui l’encourage, plutôt que de débattre sur le droit, à rejouer le one-man show Zooman And The Sign. « C’était un script de dix pages et je me souviens l’avoir joué devant un public. Mes parents sont venus et ils m’ont vu me transformer. Cela m’a touché et amené à réfléchir. Quelque chose de vraiment spécial s’est déroulé, une sorte de communication que je n’avais jamais eue avec eux et qui m’a ouvert les yeux sur les possibilités que pouvait m’offrir cette forme artistique ». Il part alors étudier le théâtre à l’Université d’Evansville (Indiana) dont il est diplômé en 2003.

Côté fratrie, Rami a un frère jumeau, Sami, qui est professeur, tandis que sa sœur ainée est médecin urgentiste. « Elle fait un travail où elle guérit les gens et parfois je pense à ce que je fais vraiment et à quel point c’est naze par rapport à son travail. Pour moi, elle est une bouée de sauvetage », avoue-t-il au magazine Interview. Toujours humble, Rami Malek est un acteur discret qui a su tracer sa voie en silence à Hollywood.

De Gilmore Girls à The Master

Son premier rôle, il le doit à la directrice de casting Mara Casey qui lui obtient un (très) petit rôle dans la série Gilmore Girls en 2004. Il y donne la réplique à Keiko Agena (Lane Kim). La même année, il prête sa voix au jeu vidéo Halo 2, mais c’est en 2005 que Malek commence à se faire connaître du grand public grâce à un rôle récurrent dans la sitcom The War At Home (La Guerre à la Maison). En 2006, il accepte d’interpréter un Pharaon dans la (mauvaise) comédie Night at the Museum, rôle qu’il reprendra trois ans plus tard pour le second volet du film mené par Ben Stiller.

Rami Malek dans La Guerre à la Maison © ProdRami Malek et Kyle Sullivan dans La Guerre à la Maison © Prod

Gros changement de style en 2010 : il est au casting de la multi-primée mini-série d’HBO The Pacific où le public le découvre dans un autre registre que l’humour. Son sérieux et sa capacité à émouvoir séduisent Tom Hanks (co-producteur de la série avec Steven Spielberg) qui lui offre un rôle dans le film Larry Crowne (Tom Hanks, Julia Roberts, Bryan Cranston).

Rami Malek dans The Pacific © ProdRami Malek dans The Pacific © Prod

Cette reconnaissance permet à Malek d’obtenir de plus grands rôles, lui qui était souvent enfermé dans des « rôles d’Arabes »  (Over There, 24, Night at the Museum). Il se retrouve ainsi à l’affiche de la saga Twilight : Breaking Down – Part 2, du film indépendant Short Term 12 où il donne la réplique à Brie Larson (Room) et de deux films de Spike Lee : Oldboy et Da Sweet Blood of Jesus. Il joue également pour le grand Paul Thomas Anderson dans The Master (2013), une expérience apparemment fondatrice pour l’acteur : « Quand on tourne un film de Paul Thomas Anderson, la meilleure décision que l’on puisse prendre en tant qu’acteur, c’est d’écouter Paul. Car il ne va jamais induire quiconque dans la mauvaise direction. Moi qui d’habitude suis toujours mon instinct sur n’importe quel plateau, ici, j’ai suivi l’instinct de Paul ».

© ProdRami Malek dans The Master © Prod

La révélation Mr. Robot

En 2015, il est choisi pour jouer le premier rôle (Elliot Anderson) dans la série Mr. Robot de Sam Esmail. Après avoir rencontré vainement une centaine d’acteurs, le réalisateur est désespéré et pense même réécrire le rôle principal de sa série. C’était avant de rencontrer Rami Malek : « Ça m’a ouvert les yeux sur qui était vraiment Elliot. »

Très vite acclamé par la critique, le show met en scène un hackeur schizophrène qui se retrouve à la tête d’un groupe de hackeurs prêts à démanteler l’un des plus grands groupes industriels de tous les temps . Le personnage d’Elliot est complexe : très intelligent, à la limite de l’autisme, asocial mais rongé par la solitude, étrangement séduisant, conspirationniste, accro à la morphine, amnésique et hanté par son père décédé. Du lourd. Un personnage que Malek a construit avec le showrunner Sam Esmail qui lui laisse une liberté inédite. Liberté méritée tant l’acteur s’est investi dans ce rôle : régime très strict, documentation intense sur les maladies mentales, séances chez une psychiatre, etc. Le résultat est grandiose et vaut à Malek d’être sacré meilleur acteur dans une série dramatique aux Emmy Awards en 2016. A 35 ans, il est le plus jeune acteur récompensé de l’histoire de la cérémonie. Une évidence pour Susie Farris, la directrice de casting qui l’a recruté : « Nous savions toutes et tous qu’il était spécial. On était vraiment enthousiastes. Il était envoûtant avec sa voix, ses yeux et son rythme. […] Personne ne lui arrivait à la cheville ».

C’est grâce à Mr. Robot que le public et la critique retiennent désormais son nom. Interrogé par Interview en 2015, il raconte ce succès : « Beaucoup de directeurs de casting m’ont récemment dit qu’ils espéraient que cela se produise pour moi depuis un certain temps. Je me sens donc validé. C’est un travail difficile. C’est compliqué de survivre et de s’épanouir dans ce métier. Avoir enfin l’impression de pouvoir montrer certaines choses dont je pense être capable, cela me remplit vraiment de fierté, même si je reste toujours humble ».

Retour au cinéma

Buster’s Mal Heart lui offre enfin son premier rôle principal dans un film. Casté avant le succès de Mr. Robot, l’acteur a convaincu la réalisatrice Sarah Adina Smith qui n’avait alors « aucune idée à quel point il allait devenir célèbre et adoré ». Après avoir joué dans un remake du film de 1973 Papillon et prêté sa voix pour la saison 4 de Bojack Horseman, il est choisi pour redonner chair à Freddie Mercury dans le biopic Bohemian Rhapsody.

Toujours autant investi dans son travail, Malek déménage à Londres pour se préparer à ce rôle d’envergure. Il y engage un entraîneur et prend des cours de piano et de chant. Il dédie quatre heures de sa journée à étudier scrupuleusement des vidéos du chanteur. « J’ai visionné 1500 fois la vidéo YouTube du concert Live Aid de 1985 », avoue-t-il en riant. En rapportant plus de 743 millions de dollars, Bohemian Rhasody devient le huitième film le plus lucratif de 2018 et le biopic musical le plus rentable de tous les temps. La prestation de Malek est tellement juste que Brian May, guitariste de Queen présent sur le tournage, aurait dit : « Nous oubliions parfois que c’était Rami ». Malek est un caméléon, un acteur redoutable dont les grands yeux gris bercés de cernes n’ont certainement pas fini de croiser les nôtres.

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