Lomepal : “Avant, tout était plus simple…”

Après le succès de son premier disque, le rappeur en vogue tombe le masque sur un album vérité baptisé “Jeannine”.

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L’autobiographie de Patti Smith sur les genoux, une tasse de thé à la main, Lomepal, rappeur français dans l’air du temps, reçoit Moustique pour évoquer l’après-“Flip”, album de la révélation. Pour imaginer la suite, le chanteur-skateur s’est exilé à Rome. Loin de Paris et des affres du succès, l’artiste a choisi de se raconter en musique. Accompagné de – bonjour le beau linge – JeanJass, Katerine, Orelsan ou Roméo Elvis, le garçon rend hommage à sa grand-mère (”Jeannine”, titre du nouvel album) à travers une passionnante opération à cœur ouvert. Ses émotions sur la corde à linge, Antoine Valentinelli (son vrai nom) dissèque l’histoire de Lomepal à la veille de son 27e anniversaire.

Vu votre âge, le succès et les excès, quel regard portez-vous sur le club des 27 ?

LOMEPAL – J’y pense souvent. En plus, je suis superstitieux. Pour ne rien arranger, j’admire Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison ou Amy Winehouse, tous ces artistes décédés à l’âge de 27 ans. J’entretiens un rapport amour-haine avec ce club des 27. Certains jours, je rêve d’en faire partie. C’est un fantasme. En même temps, j’espère vivre longtemps, avoir des enfants et enregistrer d’autres albums. Le succès a chamboulé ma vie. Du jour au lendemain, je suis devenu célèbre. Je ne peux plus me balader sans qu’on me demande une photo ou un autographe. Parfois, j’ai l’impression de perdre pied, de décrocher de la réalité.

Votre album explore le thème de la folie…

Sur scène, quand les gens sont chauds, je leur dis souvent “C’est beau, la folie !”. À force de répéter cette phrase, je me suis interrogé sur sa signification. Mais je me voyais mal intituler l’album “C’est beau, la folie !”. Alors, je l’ai appelé “Jeannine”. C’est le prénom de ma grand-mère. Dans son genre, elle incarnait parfaitement la folie.

C’était un cas psychiatrique ?

Sans aucun doute. Ma grand-mère a multiplié les séjours à l’asile. Elle a vécu dans une secte, avant de filer faire le tour du monde à pieds nus. Elle voulait changer le monde. Alors, elle partait nourrir des enfants en Inde. Elle est décédée quand j’avais 9 ans. J’ai appris à mieux la connaître à travers les histoires de ma mère. On peut d’ailleurs l’entendre raconter des anecdotes familiales dans l’album.

Vous chantez La vérité avec Orelsan. Récemment, la Belge Claire Laffut s’est aussi fendue d’un titre intitulé Vérité. Cette fascination pour le vrai, c’est générationnel ?

Dans mon morceau, l’approche est un peu bête et méchante. Mais le message est clair : il vaut mieux s’entourer de potes qui te disent franchement les choses. Après, il est évident que c’est un sujet dans l’air du temps. Entre fake news et conspirationnistes, la société cherche des repères. Perso, j’inverse le raisonnement en me demandant quel serait l’intérêt de mentir dans telle ou telle situation. Parce que mentir sans raison, c’est inacceptable.

La popularité a flingué ce qui me restait d’innocence.

Lomepal © Viktor Vauthier

Sur scène, vous jouez Last Nite, un tube à guitares signé The Strokes. C’est une influence ?

Je suis un fan absolu. Quand j’écoute leurs trois premiers albums, je me dis que c’est exactement ce que je veux faire.

Le rock est aussi présent sur l’album à travers le titre Dave Grohl

Je n’ai jamais beaucoup écouté Nirvana. Mais comme ce morceau parle de ma vie sentimentale, je voulais faire une métaphore avec les battements du cœur. Dans les grands batteurs, le nom de Dave Grohl m’est apparu comme une évidence.

Vous abordez vos pannes sentimentales. L’amour parfait, vous y croyez ?

L’amour qui dure toujours, ça me paraît impossible. Mes parents ont divorcé quand j’étais gamin. Je n’en ai pas souffert, mais cela influence peut-être mon raisonnement… J’aimerais rencontrer quelqu’un, faire des projets. Sauf que la popularité a flingué ce qu’il me restait d’innocence. Ma situation est paradoxale. Aujourd’hui, je suis super-courtisé. Pourtant, mes relations n’ont plus la même saveur. Avant, tout était plus simple. Quand je rencontrais une personne qui me plaisait, je travaillais dur pour la séduire. Désormais, les conquêtes se multiplient avec, en toile de fond, une sale question : m’aime-t-on pour ce que je suis ou ce que je représente ? Mon bagage affectif est devenu tellement lourd à porter que je tourne en rond sur le plan amoureux.

Il paraît que vous seriez tenté d’abandonner le pseudo Lomepal. Info ou intox ?

Vrai. Lomepal est un jeu de mots sur l’homme pâle. Aujourd’hui, je trouve ça naïf. À mes débuts, je faisais des jeux de mots. Mais c’est un truc que j’ai délaissé. Artistiquement et humainement, ça ne me représente plus. J’aimerais qu’on m’appelle Antoine Valentinelli. Mais je ne tiens pas à semer la confusion. Alors, je garde mon vieux blase…

Déjà présent sur “Flip”, Roméo Elvis rempile sur “Jeannine” avec le morceau 1000°C. Où en est votre projet commun ?

À l’époque, nous avions trouvé un nom de groupe. On devait s’appeler… 1000°C. C’est pour cette raison que nous avons choisi de mettre ce titre sur la chanson. Il s’agit d’un clin d’œil au passé. À l’avenir, on fera peut-être un truc à deux. Mais alors, nous partirons d’une page blanche.

Lomepal, le 12 février à Forest National, Bruxelles.

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