L’amie prodigieuse : images d’une saga napolitaine

La RAI et HBO, associés dans l’affaire, avaient intérêt à ne pas se louper. Ouf… En novembre, la première diffusion italienne de L’amie prodigieuse a attiré plus de 7 millions de téléspectateurs.

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Bien joué, HBO. Plutôt que de faire de L’amica geniale un produit américain, la chaîne câblée s’est associée à la télé italienne. On la verra d’ailleurs en V.O. en priorité, pour capter les sonorités du patois napolitain, alternant avec l’italien formel, qui font toute la saveur des dialogues évidemment intraduisibles. Une partie de l’équipe de Gomorra (la scénariste Laura Paolucci) a été recrutée. Saverio Costanzo (La solitude des nombres premiers, Hungry Hearts) signe la totalité de la saison.

Interrogée par le New York Times, Elena Ferrante raconte s’être tenue à distance. “Ma contribution à la conception des décors a été limitée à quelques annotations. Aussi pour le scénario, que je n’ai pas écrit, car je n’ai pas les compétences techniques. (…) En ce qui concerne la fidélité au livre, je m’attends à ce qu’elle soit conforme à la nécessité de la narration visuelle, qui utilise différents instruments pour obtenir les mêmes effets.” Dans cette première saison, c’est l’enfance des deux petites filles qui se déroule, dans l’Italie des fifties.

Une série fidèle, mais pas littérale

La première scène s’ouvre sur un plan de téléphone qui vibre. Elena, vieillissante, se réveille, dans un grand appartement. Comme dans le roman, c’est la disparition de son amie Lila qui déclenche l’écriture pour Elena. Puisque Lila a décidé d’effacer toute trace de son existence, Elena la fixera dans l’éternité des mots.

Le récit s’ouvre sur un acte de pure colère, la volonté de faire du mal. Commence le flash-back… Nous plongeons dans une ambiance de sépia-gris, une ambiance rétro. On est dans les codes des Choristes, d’Au revoir les enfants, plus que dans le réalisme cru du cinéma italien. La peinture de la misère ne cache pas ses artifices : le petit cou crasseux de Lila est maquillé, les vêtements de la “plèbe” sont plus patinés qu’élimés. En résumé, c’est un peu trop tableau, trop HBO.

© ProdChristian Giroso et Margherita Mazzucco dans L’amie prodigieuse © Prod

Si les décors appuient le scénario, l’intrigue suit à la lettre la chronologie du roman, respecte ses silences et évite les lourdeurs. Ce qu’Elena Ferrante suggère, à peine, et qui sera en réalité le sujet principal, la complexité de la relation entre les amies, dans ce qu’elle a de destructeur et de toxique, est tout aussi finement amené par les scénaristes.

Pour un non-lecteur, au démarrage, la saga apparaît comme une chronique sociale… Mais très vite, pris par l’intrigue, il réalise que le centre du propos est la peinture de deux caractères, sans storytelling. Pour cela, le casting des deux petites est d’une justesse impa- rable. Voilà qui devrait amener de nouveaux fans aux livres.

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