Bruce Springsteen : le one-man-show

Un album et un documentaire exclusif sur Netflix immortalisent le seul-en-scène intimiste donné par le Boss à Broadway. Grands moments de grands frissons.

© Rob DeMartin

Le 15 décembre, le Boss donnera la dernière représentation de son one-man-show Springsteen On Broadway au Walter Kerr Theater de New York. C’est ici, dans cette petite salle d’une capacité de 975 places nichée dans la 48e rue, à quelques pavés de Times Square, qu’il s’est livré depuis l’automne 2017, à raison de cinq représentations par semaine, de la manière la plus intimiste qui soit. Une guitare, un piano, un micro, un tabouret, un mur de briques derrière lui et ses mots…

Le double CD (et triple vinyle) “Springsteen On Broadway” et le très long documentaire (2h30) diffusé en exclusivité dès le 16 décembre sur Netflix immortalisent cette résidence new-yorkaise peu commune pour un artiste plutôt habitué à remplir des stades (aux États-Unis) et la plaine de Werchter (chez nous) avec son E Street Band pléthorique. L’idée initiale de Springsteen était de proposer une poignée de concerts solo dans la foulée de son autobiographie Born To Run parue en 2016. “Je voulais donner des prestations aussi personnelles et intimistes que possible qui me permettraient d’être au plus près du public, rappelle-t-il dans les colonnes du New York Times. Une partie du show étant consacrée à la musique, une autre aux petites histoires de ma vie comme je les racontais dans mon autobiographie. Sans suivre un ordre chronologique et sans interpréter exclusivement mes chansons les plus connues. Le choix d’un vieux théâtre de Broadway s’est très vite imposé. Avec ses 975 places, le Walter Kerr Theater est, hormis une ou deux exceptions, la salle la plus petite dans laquelle j’aie joué durant ces quarante dernières années.”

Chanteur et conteur

L’emballement des fans et l’accueil de la critique ont encouragé Springsteen à prolonger cette résidence. Au total, il aura donné 236 représentations. Toutes affichaient sold-out avec, sur le marché noir, des tickets qui s’envolaient parfois à plus de mille dollars. Si le Boss s’était déjà produit en version solo acoustique (lors de la tournée The Ghost Of Tom Joad qui avait fait escale à la salle Reine Elizabeth d’Anvers en 1995 et, dix ans plus tard, avec la Devils And Dust Tour passée par Forest National), “On Broadway” atteint une autre dimension. Chaque “histoire” apparaît sur le disque et dans le documentaire en deux parties. La première intitulée “Introduction” où l’artiste se lance dans un storytelling dont il a le secret, et la seconde, “Song”, avec la version dépouillée du morceau. À Broadway, Springsteen a interprété une vingtaine de titres différents en deux ans. L’album et le docu en présentent seize. On trouve les hymnes (Born In The USA, Dancing In The Dark, l’inévitable Born To Run en clôture) et surtout des compositions illustrant les thèmes majeurs déclinés aussi bien dans la discographie du chanteur que dans son autobiographie. L’amitié et la perte de l’innocence (Thunder Road, Tenth Avenue Freeze-Out), les désillusions du rêve américain (Growin’Up, The Promised Land, The Ghost Of Joad), la relation douloureuse avec son père (My Hometown, My Father’s House) et son engagement citoyen (le titre post-11 septembre The Rising).

Springsteen est crédité comme réalisateur, scénariste et producteur du film diffusé sur Netflix. Les caméras se focalisent sur la scène et l’interaction avec le public. Ne vous attendez donc pas à des images de coulisses, des interviews backstage ou des commentaires de toutes les stars du show-business “venues incognito” au Walter Kerr Theater. Bruce est sur scène comme on peut l’imaginer dans son salon du New Jersey. Jeans noir, t-shirt noir, les doigts qui grattent les cordes pour que vienne l’inspiration.

L’émotion vient de l’interprétation des chansons, de son humour, de son humilité et des mots qu’il choisit pour décrire son cercle privé. Son père ? “Mon héros et aussi mon pire ennemi”, dit-il. Sa maman ? “Grâce à elle, j’ai eu pour la première fois la joie d’être fier d’aimer quelqu’un”. Seule invitée du spectacle, son épouse (et chanteuse) Patti Scialfa l’accompagne sur Tougher Than The Rest et Brilliant Disguise. L’occasion pour Springsteen de raconter comment il a eu le coup de foudre (“en voyant cette femme à la splendide chevelure rousse entrer dans le pub Little Pony…”). Le seul regret ? L’absence dans la setlist de The River, sans doute l’un des plus beaux textes de Springsteen qui lui a été inspiré par la lente agonie du couple formé par sa sœur et son beau-frère.

Et maintenant ? Après avoir mis de l’ordre dans ses souvenirs, Bruce Springsteen repart de plus belle. Infatigable troubadour, il annonce ses projets dans une interview accordée au journal britannique Sunday Times. “Je travaille sur un nouvel album. Par manque de meilleur mot, je dirais que c’est un disque de singer-songwriter, dans la veine d’un enregistrement solo”. Cet album studio, qui serait le premier depuis “High Hopes” en 2014, sera suivi d’une tournée. “Oui, je reviens à mon vrai job. Je compte repartir sur les routes, mais il y a aussi d’autres projets en chantier”.

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