La musique de demain se dévoilait hier au Botanique

L’édition 2018 du "Concours Circuit" a livré son verdict samedi soir au Botanique : les bruxellois psyché de Saudade ont remporté le premier prix devant le collectif namurois Glauque au cours d’une finale de haute volée.

La musique de demain se dévoilait hier au Botanique

Tremplin musical de référence pour les groupes émergents de Fédération Wallonie-Bruxelles, le « Concours Circuit » édition 2018 s’est conclu hier au Botanique. Organisé par l’asbl Court-Circuit, l’épreuve est davantage une superbe vitrine qu’une réelle compétition pour les 25 projets musicaux sélectionnés lors des éliminatoires (ils étaient 270 candidats au départ) et surtout pour les cinq finalistes : Saudade, Glauque, Loka and the Moonshiners, Endless Dive et SOROR. Moustique a participé à la soirée et voici ce qu’on en a pensé.

Loka and the Moonshiners, des riffs qui détonent et dénotent

Les Bruxellois de Loka and the Moonshiners ont eu la lourde tâche d’inaugurer la soirée dans une salle de la Rotonde pleine à craquer. Défi relevé haut la main par ce quatuor né du désir d’explorer des territoires où se rencontrent rock garage, mutuashi congolais, musique répétitive et aussi une certaine mélancolie pop. Le groupe qui semble s’être échappé des seventies cultive des riffs hypnotiques détonants qui dénotaient légèrement dans l’atmosphère d’un concours généralement tourné vers des musiques actuelles plus « originales ». Fait pour le live, Loka and Moonshiners trouvera un écho et une meilleure réverbération sur des scènes de festivals rock au public averti et déjà conquis.

Glauque, « Black is the new Orange » 

L’Orangerie du Botanique n’a jamais aussi noire qu’hier soir. Pour cause, le collectif Glauque se produisait sur scène. Un nom qui colle parfaitement au concept du groupe : sons électro-trash tendance REZZ ou Gesaffelstein composés par trois instrumentistes (étudiants au Conservatoire de Namur) sur lequel vient se poser le flow sombre et rageur d’un binôme de rappeurs charismatiques. Le groupe nait en septembre 2017 dans une chambre étudiante d’une volonté commune d’habiller de manière originale des textes de rap. Un an plus tard, le résultat est bluffant. En témoigne le silence opaque dans lequel la salle est plongé lorsque le quintet enchaîne ses titres sur scène, calfeutré derrière un écran de fumée qui se dissipe sur un final puissant. Lourd. Peut-être les grands gagnants de la soirée au regard des récompenses récoltées : Glauque se produira notamment aux Ardentes, à Dour et au LaSemo l’été prochain… Et de nombreuses autres dates devraient encore s’y ajouter.

Saudade, cocktail d’influences gagnant et déroutant

And the winner is… Saudade ! Quatuor d’instrumentistes techniquement ultra doués, le groupe bruxellois offre un passionnant mélange de Soul, de Pop et de Rock Indie et n’hésite pas à emprunter ses couleurs à l’électro comme au Jazz, saupoudrant le tout de notes funky. Ce mélange de couleurs et d’influences (King Krule, Tame Impala,…) fait la force du groupe mais peut se révéler un tantinet déroutant pour le spectateur non-initié. À l’image du nom du groupe, nom portugais qui n’a pas d’équivalent français mais qui exprime un sentiment complexe mêlant mélancolie, nostalgie et espoir. Trop d’originalité tue l’originalité ? Non, la prestance des artistes et leur bonne humeur communicative a conquis une Rotonde enjouée qui s’est même surprise à danser. Un premier prix mérité !

Endless Dive, hypnotique et (trop ?) technique

La Wallonie Picarde semble décidément être une région pétrie de talents artistiques. Après Wuman et Glass Museum, respectivement premier et deuxième prix du dernier Concours Circuit en 2016, un nouveau groupe tournaisien figurait en finale cette année : Endless Dive. Fort d’influences diverses, issues de la scène alternative et post/hardcore, le groupe délivre un post-rock énergique, oscillant entre vagues atmosphériques et couplets percutants. La formation instrumentale (aucun chant, certainement un malus dans la logique du Concours Circuit) a hypnotisé l’Orangerie avec un set joué de bout en bout sans interruption. Joli mais sans doute un peu trop technique pour le grand public.

SOROR, in musica veritas

Cette édition 2018 s’est conclue sur une touche de sensualité bienvenue avec SOROR (« sœur » en latin), formation composé de trois filles (basse, batterie, chant) et d’un mec bidouilleur en mécanique du larsen qui les a rejointes plus tard à la guitare. En dépit de cette présence masculine, difficile de ne pas penser aux Runaways en voyant l’énergie dégagée par le groupe et le charisme de sa chanteuse principale (Alice Ably, envoûtante). « Garage-band » surfant sur des vague rock psychédéliques, SOROR produit une musique à l’eau de rose percutante tachée de cambouis et de sueur. Les Bruxellois ont sorti leur premier clip « Wish » il y a quelques jours, et quelque chose nous dit que ce n’est que le premier d’une longue série.

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