Loïc Nottet : « C’est le public qui fait et défait la carrière d’un artiste, il ne faut jamais l’oublier »

Un an et demi après la sortie du très réussi Selfocracy (disque de platine), l’artiste carolo revient en force avec On Fire, un single pop et lumineux.

Loïc Nottet © Zeb Daemen

Sorti il y a à peine une semaine, On Fire accumule déjà 72.000 vues sur YouTube et 155.000 écoutes sur Spotify. Après avoir discuté avec le petit groupe de fans qui l’attendait à l’entrée du bâtiment, Loïc Nottet s’installe pour son interview. Dans ce nouveau look casual chic qui lui va à merveille, l’artiste semble à l’aise, même s’il se dit anxieux à l’idée de sortir le clip d’On Fire dès demain. « On a pris des risques : c’est le clip le plus artistique que j’ai fait depuis le début de ma carrière, donc ça passe ou ça casse ». Quatre ans après son audition à l’aveugle dans The Voice Belgique, l’artiste a grandi et sa musique aussi. Son prochain album qui sortira dans le courant de l’année 2019 s’annonce « moins torturé »

Vous avez été attentif aux différentes réactions du public et des médias?

Jusqu’à présent, j’avoue que j’ai fait l’autruche. Pour ce qui est des commentaires sur les réseaux sociaux, j’ai demandé à mon équipe de regarder à ma place. Ils m’ont dit que pour le moment, les gens ont l’air content. Mais personnellement, je n’ai pas encore osé regarder. Quand on a posté les photos avec le nouveau look, j’avais très peur que les gens le prennent mal… Le clip sort demain, et ça va être pareil : je ne vais pas oser lire les réactions.

On est un an et demi après la sortie de Selfocracy. Que s’est-il passé depuis?

Il y a d’abord eu la tournée. Pendant les concerts, je prenais mon pied, mais au bout d’un moment, je commençais à sentir que j’étais un peu passé à autre chose. J’avais grandi dans ma tête, je n’avais plus forcément envie de dire tout ça sur scène et j’avais envie d’une évolution. Très vite, pendant la tournée, j’ai commencé à composer. J’ai été très productif, car j’ai écrit une trentaine de morceaux. Ensuite je me suis dit : « Pourquoi ne pas travailler dessus directement ? » J’avais les couleurs, les idées, le concept, donc on pouvait y aller. Je suis quelqu’un qui déteste s’ennuyer, je n’avais donc pas envie d’ attendre.

Comment vous vous y prenez pour composer ? Vos chansons parlent nécessairement de vous?

Ça dépend, mais je fais toujours tout inconsciemment. Je parle, je fais mes mélodies, je les sors, je fais une structure et je pose tout ça sur piano. En procédant comme ça, j’ai une démo piano voix. C’est plus simple pour évaluer un morceau qu’a cappella. Dès la composition, toutes les chansons ont déjà leur titre. On Fire s’est toujours appelée On Fire, jamais « Dictaphone 1 ». Une fois que j’ai la structure, je choisis les titres que j’aime bien, et avec les quelques mots qui sont déjà là, je réfléchis à ce que j’ai voulu raconter. De là, je creuse et je crée une histoire . Et là, indirectement, je vais puiser dans mon vécu, même si je n’en ai pas beaucoup.

Dans votre nouveau titre, vous parlez d’un « little boy too different too belong » et d’une « little girl from a broken family ». Qui sont ces personnages?

Je pense que ce sont des caricatures de moi. Quand je parle du petit garçon avec ses cicatrices, je fais encore allusion aux critiques. Je pense que c’est un thème dans lequel je me nourrirai encore un petit temps. J’aime beaucoup cette idée de parler d’êtres blessés et fragiles dans les couplets, et puis de prendre le contrepied pendant les refrains pour dire que ce sont des guerriers, qu’il faut se redresser, car c’est un peu comme ça la vie en règle générale : on a des hauts et des bas et il ne faut jamais vraiment abandonner.

Le titre a été écrit avec Sacha Skarbek, un grand nom de la musique qui a déjà collaboré avec Lana Del Rey et Miley Cyrus. C’était comment de travailler avec lui?

Assez intimidant au début, mais aussi assez flatteur, car il a aimé ma voix et les démos du premier coup. Quand on est un petit jeune de 21 ans et qu’on se retrouve devant un compositeur qui a déjà travaillé avec plein d’artistes mondiaux, avoir un compliment de sa part c’est « Waw » et ça fait du bien. Je n’ai pas beaucoup confiance en moi, donc ça rassure. C’était donc intimidant mais aussi hyper enrichissant. Comme on a travaillé à Londres, il y avait aussi un autre dynamisme, une autre ambiance et une façon de travailler différente que pour Selfocracy (entièrement réalisé en Belgique – NDLR).

C’est un single plus pop, plus aérien que ce que vous avez pu proposer auparavant. C’était voulu ou ça s’est fait naturellement?

Il y a un peu des deux. J’avais envie d’évoluer tout en restant dans la pop, car je ne vais pas me transformer soudainement en rappeur, c’est pas du tout mon truc. J’avais envie de nouvelles sonorités et d’apporter une nouvelle fraicheur à ma musique. C’est là où l’entourage est très important. Les trois producteurs ont réussi à apporter ce que je recherchais : une certaine nouveauté, tout en restant proche de ce que je faisais avant, même si c’est sûr que si on prend Selfocracy et On Fire, c’est le yin et le yang.

Votre album sort dans le courant de l’année 2019. Il sera plus positif?

Oui je pense. Je suis moins dans une description négative de la vie et de la société. Aujourd’hui, je suis plus posé, peut-être un peu moins tourmenté que je l’étais à l’époque. Toute l’exploitation de Selfocracy, la promo du single, ça a changé énormément de choses dans ma vie ; et dans ma tête aussi. J’ai grandi, je l’ai senti, et c’est sans doute la raison pour laquelle mes textes se sont transformés aussi au fur et à mesure du temps.

Pour promouvoir On Fire, vous avez diffusé un cartoon sur votre compte Instagram. C’est original.

J’ai toujours aimé les univers cartoonesques et les dessins. C’était un kiff personnel. J’avais vraiment envie de sortir un jour une petite histoire en comics. On a fait ça avec une boite de prod bruxelloise (Hurae – NDLR) et j’aimais bien l’idée, ça m’a parlé. Par contre je pense qu’on a un peu saoulé les gens, car on a sorti les 87 images en même temps, donc ça a inondé leur fil d’actualité (rires). Je m’excuse auprès de toutes ces personnes.

On connaît votre talent pour la danse et la scène en général. C’est quelque chose que vous prenez en considération dès l’écriture?

Oui, ça oui ! Je réfléchis toujours à 360°. Dès que je compose, comme le titre me vient direct, j’imagine déjà la cover, le clip, les vêtements, le style, la scène. Tout vient d’un coup !

Il y a des artistes qui vous inspirent actuellement?

Jain, car elle a aussi un univers bien à elle, et elle réfléchit aussi à 360°. Je trouve ça motivant de se dire qu’on n’est pas tout seul à avoir ce genre de réflexion. Après, j’aime beaucoup Imagine Dragons, ça n’a pas changé. Sia aussi. Avec le recul, j’ai l’impression que j’apprécie encore plus ses premiers albums. Je suis également tombé amoureux du timbre de voix de Dua Lipa.

Sur la scène belge, on entend de plus en plus de chansons en français (Angèle, Claire Laffut, Roméo Elvis). Vous vous voyez un jour chanter en français?

Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne sais pas… Peut-être qu’un jour je le ferai, mais je ne suis pas vraiment convaincu que ma voix se prête à la langue française. Dans toutes mes démos, les sonorités sont déjà anglo-saxonnes et pas françaises. Je ne sais vraiment pas…

On vous a vu très proche de vos fans. C’est important pour vous d’être en contact avec eux?

Oui pour moi c’est important. Premièrement, parce que ce sont ces gens-là qui nous soutiennent. C’est le public qui fait et défait la carrière d’un artiste, il ne faut jamais l’oublier. Si je suis là aujourd’hui, c’est uniquement grâce à eux. J’ai proposé un travail, ils auraient très bien pu ne pas l’accepter et je serais sans doute en train de faire des études, donc je leur dois énormément. Ensuite, ça me permet de casser la starification. Je suis juste un gars comme tout le monde : je mange de la malbouffe, je dis des choses qu’il ne faut pas, je fais des erreurs. Et pour moi c’est important d’avoir cette proximité avec les gens qui me soutiennent pour qu’ils se rendent compte que je ne suis pas une star. Je me suis déjà retrouvé dans des situations où pour prendre une photo avec moi, des gens avaient limite peur de me toucher. Ça m’a un peu attristé et blessé. On peux me toucher, je ne suis pas en porcelaine, je ne suis pas un Dieu. C’est juste que je fais un autre métier. C’est donc primordial de prendre le temps de parler avec les gens pour qu’ils le comprennent. Il y a beaucoup d’artistes qui parlent très bien en interview et qui en dehors sont méchants et hautains. Je veux prouver aux gens que dans la vraie vie, je suis comme dans les interviews : je parle de la même manière et je considère les gens et la vie de la même façon.

Nous vivons dans une société aux enjeux compliqués, comme le climat et la migration. Vous vous voyez un jour faire des chansons plus engagées?

Je pense qu’un artiste peut prendre la parole sur des sujets un peu plus délicats. Pour ma part, je vais attendre d’être un peu plus âgé, de savoir mieux utiliser les mots avant de m’aventurer dans des textes ou des sujets qui peuvent amener à des débats assez sérieux. Pour le moment, j’ai 22 ans, je veux que ma musique soit avant tout un moyen de s’évader pour les gens. Dans l’album précédent, j’ai parlé des selfies, du fait de s’aimer un peu trop soi-même et de l’égoïsme. Aujourd’hui, pour ce projet-ci en tout cas, j’ai envie de lâcher prise et de juste m’amuser.

Quand vous jetez un regard en arrière sur le début de votre carrière et tout son déroulement, qu’est-ce que ça vous fait?

Je sais qu’il y a beaucoup de choses qui se sont passées, mais je n’ai pas l’impression d’être différent du Loïc de 17 ans qui va sur la scène du blind. Je n’arrive pas à me dire qu’il y a énormément de choses qui se sont déroulées entre The Voice et maintenant. Dans ma tête, je me considère encore comme le petit rhétoricien qui arrive à Liège, qui fait son blind et qui a peur que personne ne se retourne. Je suis toujours dans le même état d’esprit. Je suis très content de voir tout ce qu’on a réussi à accomplir avec l’équipe et le label : jamais je n’aurais espéré que mon premier album soit disque de platine ou que Million Eyes atteigne plus de 40 millions de vues sur YouTube. Et en même temps je n’ai pas le sentiment qu’il se soit passé tant de choses… Ça passe tellement vite.

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