Après les Oscars, « Girl » nominé aux Golden Globes!

Dejà en course pour l'Oscar du meilleur film étranger, voilà Girl nominé aux Golden Globes dans la catégorie "langue étrangère". Moustique avait rencontré Lukas Dhont, son jeune réalisateur virtuose qui acte la révolution des genres au cinéma.

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Certains films semblent être la marque brillante de leur époque. En choisissant la lutte d’une ado transgenre pour devenir ballerine, le réalisateur belge Lukas Dhont tient pour acquise une étape conquise par les combats LGBT: la transidentité n’est plus une question ni un débat. D’ailleurs côté légal, depuis mai 2017 en Belgique, les mineurs transgenres peuvent changer de prénom et de marqueur de genre à partir de 16 ans – avec avis d’un pédopsychiatre. Ultra-primé au dernier festival de Cannes (caméra d’or récompensant un meilleur premier film, prix d’interprétation catégorie Un certain regard, prix Fipresci décerné par la critique internationale), Girl s’inspire du parcours réel d’Aaron Monsecour, espoir du Ballet royal d’Anvers devenu Nora à l’âge de 15 ans.

Un modèle pour Victor Polster, 16 ans, révélation éclatante du film qui poursuit ses études à l’École royale de ballet d’Anvers. Polster qui se déclare “pour la fluidité des genres” et compte terminer son école avant de prendre un agent et participer à des projets comme Call Me By Your Name, son film préféré. Alors que Girl sera diffusé simultanément sur Netflix, en salle aux États-Unis et représentera la Belgique aux prochains Oscars et aux Golden Globes, Lukas Dhont, 27 ans, petit frère des cinéastes Fien Troch ou Felix Van Groeningen, nous a raconté son cinéma.

À Cannes, on vous voyait comme l’enfant des frères Dardenne et de Xavier Dolan. Où se situent vos références de cinéma?

Lukas Dhont: Je comprends cette idée, ce mélange. Ce que j’adore chez les Dardenne, c’est les mouvements de caméra comme des chorégraphies qui suivent les corps des personnages. J’ai une grande admiration pour leur mise en scène, qui est vraiment pour moi l’art du portrait. En même temps je sens que mon style n’est pas complètement le social-réalisme des frères. Et là, je me sens plus connecté à Dolan qui va dans la théâtralité, dans les couleurs, les lumières, l’esthétique. Je veux le style tout en gardant l’idée de la réalité intimiste, quasi documentaire. Je ne veux pas perdre le sens de la réalité.

La danse et le cinéma, c’est une longue histoire, comment avez-vous voulu la traiter?

Mon film se focalise sur les effets de la danse plus que sur la chorégraphie. J’aime beaucoup les films de Rosas, la compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker, mais je me suis plus inspiré de Black Swan, pour la manière dont Darren Aronofsky filme le corps de la danseuse. Je ne voulais pas aller dans la captation mais dans la “physicalité”, la proximité.

Votre film est-il militant?

Je fais le portrait d’une fille trans, je ne fais pas le portrait d’un mouvement. Lara n’est pas un modèle, elle fait des erreurs, elle est très humaine, destructrice aussi. Chaque expérience est unique, chaque personne trans est unique aussi. Mais si par ce personnage, les spectateurs sont sensibilisés, tant mieux.

Le vertige d’Icare

Trajectoire d’une ado ballerine et transgenre, le film de Lukas Dhont s’affranchit des limites.

Lara (magnifique Victor Polster, révélation de cinéma pas vue depuis DiCaprio) est une jeune fille de 15 ans transgenre (née garçon) appliquée dans son école de danse, dont le père soutient la “transition” médicale tout en s’inquiétant de son impatience. Lara voudrait tout tout de suite et se scotche la verge pour s’imaginer dans l’incarnation de sa féminité idéale: la ballerine classique. Alternant scènes intimistes (Lara et son père tantôt complices, tantôt en rivalité) et morceaux dansés, Dhont filme autant la métamorphose douloureuse de l’adolescence que la transidentité – qui devient le spectacle ultime de cette métamorphose, quitte à pousser son corps à bout.

Superbement chorégraphié par Sidi Larbi Cherkaoui, le vertige qui s’empare de Lara lorsqu’elle est sur les pointes (exercice seulement féminin) devient le vecteur vibrant de sa fragilité. Mais à s’approcher trop près du soleil comme Icare s’y brûlant les ailes et précipitant sa chute, il y a toujours un risque. Ce risque, Lukas Dhont s’en empare avec une liberté phénoménale, revisitant le mythe grec et accordant à Icare l’accomplissement de son désir plutôt que sa destruction. Un premier film majeur, dont l’acte final (contenant sa part de gore, vous êtes prévenus) prend un sens symbolique d’accomplissement de soi, par-delà la morale des pères, aussi aimants soient-ils.

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