Moustique a écouté le nouveau Polnareff

Malicieusement baptisé "Enfin !", le premier album de l’Amiral en vingt-huit ans est une grosse claque. Vous n’avez rien entendu de pareil en 2018.

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« Cette musique, je l’ai faite pour moi. Quand je suis au piano ou à la guitare et que je compose un truc, ça y est, j’ai joui. Après, c’est à moi de décider si je fais partager l’orgasme ou pas« . Voilà ce que déclare Michel Polnareff, 74 ans, dans les colonnes du Parisien. Le sens de la formule choc pour résumer un disque que plus personne n’espéraitt. Mais il est bien là. Vingt-huit ans après « Kâma-Sûtra », le chanteur français exilé à Los Angeles sort ce vendredi 30 novembre son dixième album studio au titre malicieusement bien choisi: « Enfin ! »

Cet album nous l’avons écouté avec un casque hi-fi scotché aux oreilles. Et c’est une claque. Sans se soucier des modes qui se démodent, du temps qui passe et des buzz qui trépassent, Polnareff fait du Polnareff sur « Enfin! ». Soit onze morceaux construits comme des symphonies pop. Un « long playing » comme on n’en fait plus aujourd’hui. Un disque en forme de synthèse de tout ce qu’il a créé depuis La Poupée qui fait non, son premier 45 tours en 1966.  Avec tout ce que cela suppose de grand écart. Entre la simplicité (et l’efficacité) de la ballade piano/voix Grandis Pas, lancée en éclaireur voici une semaine et Phantom, plage instrumentale d’ouverture,qui dure dix minutes et cinquante-quatre secondes ( !), Polnareff étale sa classe, sa mégalomanie et sa différence. Sur Phantom, le grand piano croise ainsi des cuivres, des cordes, une basse jazz/funky. On pense à un soundtrack hollwoodien, à un disque concept de Santana ou des effluves de pop FM west coast comme tout le monde rêvait d’en faire dans les années 70. Un truc de dingue.

Guitares metal et jazz

Ceux qui trouvaient ses guitares électriques anachroniques lors de sa dernière tournée ne sauront plus à quels saints se vouer. Sur Sumi, les grattes sonnent en effet comme chez Van Halen tandis que les cuivres font une poussée de fièvre. Harmonica diluvien, orgue Hammond et rimes faciles (« Sumi, c’était le nom de ma geisha. Elle jouait du koto. Pendant que moi je faisais mes katas. ») complètent ce tableau décalé.  Comme son titre le laisse supposer, jle jolie Louka’s Song bénéficie de la participation de son fils Louka, neuf ans, même si c’est l’envolée au piano façon Breakfast In America qui domine.

Bruxelles aux oubliettes

Plus faible mélodiquement, Longtime abrite un petit clin d’œil à La poupée qui fait non.  C’est ensuite sur un mode jazz que Polnareff évoque « des couples en position verticale pour une nuit fatale ». La chanson s’appelle Positions est marie contrebasse et clarinette.  On notera que Positions est la seule trace concrète des enregistrements qui se sont éternisés pendant près de deux à Bruxelles. Une période (et des milliers de gigas sur disque dur) que Polnareff a jetée aux oubliettes. « Aucun mixage, ni prises de voix, n’ont survécu à cette expérience à Bruxelles loin d’être XL », écrit-il dans les notes de pochette.

Avec Terre Happy, l’Amiral signe son hymne écolo. « Je m’appelle la Terre. Et toi… Tu n’sais même pas toute ma colère. Tu tues mes arbres, mes forêts, mes abeilles » Entre percussions caressées, voix en falsetto et piano majestueux, c’est une grande chanson de ce disque qui ressemble dans ses arrangements à des classiques comme Âme câline ou J’ai tant de choses à dire. L’album se termine avec deux autres pépites. Dans Ta Playlist (C’est ta chanson) est une ballade pop sentimentale  dans la  tradition Polnareff. Simple et efficace.  « Enfin! » se termine comme il a commencé, par une plage expérimentale. Dépassant les neuf minutes, Aqua Caliente évoque dans son intro  le Still Got The Blues de Gary Moore avant de convier violoncelles, hautbois et nappes de claviers. Débuter et conclure un album hyper attendu par deux instrumentaux kilométriques loin des formats radio et des diktats des algorithmes de Sportify. Et si c’était ça l’audace en 2018 ?  Voilà un artiste libre qui n’en fait qu’à sa tête. Un vrai punk, le Miche

La production musicale, artistique et les arrangements d’« Enfin ! » sont signés Michel Polnareff. L’album a été enregistré et mixé par Ryan Freeland à Los Angeles.

 

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