Pierre Niney, l’étoffe d’un héros

L’acteur impressionne en pompier grand brûlé dans Sauver ou périr. Rencontre avec un passionné.

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Il y a quatre ans, son interprétation soignée d’Yves Saint Laurent dans le film de Jalil Lespert lui valait le César du meilleur acteur. A vingt-neuf ans, le jeune homme revient dans Sauver ou périr,drame humain de Frédéric Tellier qui suit le destin de Franck, jeune sapeur-pompier et père de famille en reconstruction après un accident lors d’un feu d’entrepôt qui le défigure. Comment ce héros invincible va-t-il devenir un héros de l’intime ? Aux côtés d’Anaïs Demoustier (ultra-émouvante en jeune épouse) et Sami Bouajila (en psychiatre spécialiste des grands brûlés), Pierre Niney se révèle une fois de plus impressionnant. Rencontre un soir de grand froid bruxellois.

C’est un film sur un corps de métier particulier : ça représentait quoi pour vous sapeurs-pompiers, dans Paris ou ailleurs ?

Un petit peu comme tout le monde, c’est des gens qu’on adore. On a une image très héroïque du pompier et en même temps on ne connait pas exactement ce qu’ils font. J’ai appris énormément de choses avec ce film, notamment sur l’aspect de ce métier qui défend des valeurs très intemporelles et humanistes, dans l’empathie, qui est très tourné vers l’autre. J’a aussi été marqué par l’esprit de corps et de solidarité qui existe dans ces casernes. J’ai trouvé ça très touchant et très cinématographique.

Vous interprétez un pompier grand brûlé au visage : avez-vous fait le parallèle avec les gueules cassées de la Grande guerre pour construire votre personnage ?

On en parlait sur le tournage, on a échangé des documents avec le réalisateur Frédéric Tellier autour de ça. Je pense au livre et au film La Chambre des officierset à cette thématique qui hante le cinéma et les romans autour de la monstruosité. Quand est-ce qu’on arrête d’être humain ? où est la limite ? comment est-ce qu’on réapprend à être humain ou à s’accepter en tant que personne handicapée ? Cette quête d’identité est passionnante et très cinématographique ici puisqu’il s’agit d’un personnage qui perd une partie de son visage et qui va avancer masqué, dissimulé. Ce que l’on cache ou ce que l’on montre au cinéma, tout cela compte.

Pourtant la souffrance intérieure est difficile à montrer au cinéma : était-ce une épreuve pour vous de la faire surgir ?

Ça l’était. Mais je savais que c’était un des défis du film et qu’on devait en passer par là. Quand on veut raconter une histoire aussi extrême et belle aussi, il faut raconter les zones d’ombre. Frédéric voulait être dans un réalisme, à la fois dans le traitement de la première partie sur les pompiers, et de la seconde qui aborde l’aspect médical. La souffrance faisait partie de l’aventure, mais le film reste tourné vers la vie, la lumière, l’espoir et surtout l’amour de ce couple qui nous portait.

Le cinéma n’est pas toujours optimiste, il a pu l’être dans les grandes comédies américaines des années 50 notamment : aujourd’hui est-ce important pour vous de participer à un cinéma optimiste, est-ce que c’est une valeur que vous trouvez importante ?

La seule valeur qui m’intéresse c’est une bonne histoire. Et généralement une histoire qui parvient à tenir les gens en haleine doit contenir une part de lumière. Ou alors ce sont des films très noirs, et ce qui compte c’est la manière dont ils s’assument, avec de l’humour par exemple qui peut nous toucher ou nous charmer.

Après le trauma, la personnalité de votre héros ressurgit aussi grâce à l’art, aux peintures de James Ensor notamment qu’on voit beaucoup dans le film. Vous évoquez aussi souvent votre affection pour le peintre Egon Schiele : dans quelle mesure l’art vient-il nourrir aussi votre imaginaire ?

C’est vrai. L’art peut aider à la reconstruction de soi, bien sûr. Il paraît même qu’au Canada des médecins peuvent prescrire des visites de musées remboursées par la Sécurité sociale. L’art garde un lien très fort avec l’enfance, on peut toujours aller puiser des forces dans cet imaginaire inépuisable. On peut trouver son salut à travers l’art. Egon Schiele me touche particulièrement dans sa manière de transcender la souffrance et la douleur, ce qui correspond d’ailleurs au parcours de mon personnage qui va se recentrer sur l’essentiel. C’est le parcours le plus difficile après des accidents comme ça et c’est ce qu’il arrive à faire.

C’est quoi pour vous un héros aujourd’hui ?

Elle est bien cette question mais très complexe. Dans le film, j’en vois au moins quatre. Le Franck de la première partie est un héros, celui de la seconde est un autre héros, plus intérieur. La femme de Franck jouée par Anaïs Demoustier est vraiment un héros. L’infirmière qui s’occupe de lui est aussi un héros. J’en vois beaucoup des héros autour de moi, des héros du quotidien dont on parle peu mais qu’il faut mettre en lumière.

On vous suit depuis près de dix ans, ça vous plait de prendre de l’étoffe au cinéma ?

De vieillir vous voulez dire ? (Il rit).

Non, de prendre de l’étoffe. Vous passez dans des rôles d’homme et de père…

Oui en même temps j’ai l’impression d’avoir été tellement gâté, à 21 ans on m’a proposé de jouer Yves Saint Laurent, du coup j’ai eu accès à des rôles qu’on ne proposait pas d’habitude aux jeunes acteurs de mon âge. Je profite à fond de ce que chaque étape de ma vie m’offre pour raconter de nouvelles histoires.

Vocation ou mission : comment définiriez-vous votre rapport à votre métier ?

Les deux, c’est une passion et une mission effectivement. On a un besoin archaïque de se raconter des histoires, depuis la nuit des temps. Qu’on nous donne à nous, les acteurs et les actrices, la responsabilité et la mission d’être ces conteurs et ces passeurs d’histoire, c’est très fort.

Vous avez fait le choix de quitter la Comédie Française : çavous manque parfois les planches ?

J’ai fait cinq ans, j’étais content de vivre autre chose, j’avais envie de passer à un autre chapitre de ma vie. Mais j’ai très envie de retourner au théâtre. C’est là que j’ai commencé et je ne veux pas arrêter là. C’est d’ailleurs en discussion.

Sauver ou périr de Frédéric Tellier. 

Avec Pierre Niney, Anaïs Demoustier – 116’

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