Michelle Obama : Lady First

Icône du glamour politique, bête médiatique et modèle d’identification, elle publie ses mémoires - Devenir, le roman d’une femme qui n’en demandait pas tant.

© Nima Taradji/Polaris/Photo News

La communication a été sévèrement cadenassée, la promotion orchestrée sur une partition de marche militaire et la photo de couverture a dû coûter trois mois de travail. Devenir de Michelle Obama est au centre d’un éclairage médiatique sans précédent dans l’histoire – non officielle – des first ladies, un métier qui n’en est pas un. Couplé à celui de Barack Obama (à paraître en 2019), le livre a fait l’objet d’un contrat d’édition qui laisse passer les anges et sourire les béats : 60 millions de dollars (57 millions d’euros). La maison Fayard a négocié la traduction française des deux livres pour Dieu seul sait quel montant…

Délaissant l’idée intrépide d’Hillary Clinton, critiquée pour être souvent intervenue dans les décisions de son mari, Michelle Obama a construit son image sur un message qui, tout en contournant les sujets chauds, prouve qu’elle n’était pas là pour faire joli. Devenir raconte l’histoire d’une femme qui, dès son plus jeune âge, vise l’excellence. Issue d’un milieu modeste (son père est employé municipal à Chicago, sa mère, femme au foyer), elle veut réussir en passant par Harvard et s’imposer comme avocate. 

En route vers ses aspirations (à 25  ans, elle est junior dans un prestigieux cabinet d’avocats de Chicago – Sidley & Austin), le destin envoie sa boule de flipper… Un stagiaire dont elle doit encadrer l’accueil débarque au cabinet. Il s’appelle Barack Hussein Obama, il a 28 ans et elle est à mille planètes d’imaginer qu’elle a devant elle les deux hommes de sa vie : son futur mari et le futur président des États-Unis.  Elle n’a aucune vue sur lui, d’autant qu’il fume et qu’elle trouve cette habitude détestable.  Jusqu’au jour où, après une réception, les deux collègues traînent en ville pour manger des glaces. “Il m’observait avec curiosité, l’ombre d’un sourire jouait sur ses lèvres. - Je peux t’embrasser?, m’a-t-il demandé. Alors, je me suis penchée vers lui, et tout a été clair.” 

© Belga ImageAvec Barack Obama, mari et meilleur ami. © Belga Image

Cette scène pourrait faire l’ouverture d’une comédie romantique quelconque. C’est la scène initiatique d’un couple dont l’aura mixe politique et vie privée, curiosité people et modèles d’identification.  L’image de conte de fées avec premier baiser à la Disney entre en zone de turbulence au moment où Barack Obama décide d’incarner la candidature démocrate à l’élection présidentielle de 2008. Michelle Obama découvre la violence d’une campagne et la haine qu’elle polarise, certains la résumant à “une femme noire en colère”. “À  chaque nouveau meeting, chaque nouvel article publié, chaque nouvelle percée dans les sondages, nous nous trouvions un peu plus exposés, en butte à toutes sortes d’attaques. Des rumeurs insensées circulaient sur Barack: il avait fait sa scolarité dans une école coranique dirigée par des islamistes radicaux. […] Il refusait de mettre la main sur le cœur pendant l’hymne national. Il s’était lié d’amitié avec un terroriste d’extrême gauche des années 1970.” 

La vie à la maison… blanche

Michelle Obama décrit avec précision la brutalité à laquelle est soumis son couple, au point de douter de la légitimité et du sens de son engagement. “Durant toute la campagne, je n’avais cessé de me demander si l’Amérique était vraiment prête à élire un président noir, si le pays était assez fort et sûr de lui pour voir autre chose que la couleur de peau et surmonter les préjugés raciaux.” On connaît la suite… L’ex-first lady s’efforce alors de montrer comment une vie bascule, passant, d’un soir à l’autre, d’une vie presque normale à une vie pieds et poings liés aux services de sécurité. La scène où elle relate sa découverte du cortège présidentiel (“une bonne vingtaine de véhicules, se déplaçant en formation parfaitement chorégraphiée”) est irréelle et certains détails (qui n’en sont pas pour le Secret Service) de la vie quotidienne surréalistes.

Quand Barack a été élu, écrit-elle, plusieurs commentateurs avaient naïvement déclaré que notre pays entrait dans une ère “post- raciale”…

Si elle avait envie d’ouvrir une fenêtre à la Maison Blanche, il lui fallait au préalable prévenir la sécurité afin qu’elle puisse évacuer et bloquer la zone sur laquelle elle donnait… La vie à la Maison Blanche (qu’elle compare à un hôtel de luxe puissance 10), la vie de famille (qu’elle tient à conserver coûte que coûte), la vie agressive de la politique (elle ne pardonne pas à Trump d’avoir fait circuler des rumeurs sur son mari qui mettaient en danger ses deux filles), la vie engagée (son combat contre la malnutrition et l’obésité enfantine), Michelle Obama raconte tout, levant un coin de voile sur l’intimité et les coulisses de la présidence des États-Unis.

Sur son improbable candidature à l’élection suprême (fantasme de fans), elle reste vague, brouillant les pistes, laissant croire que, de la politique, elle a tout vu, elle a tout bu et ne demande pas son reste. Cela ne l’empêche pas de penser que beaucoup reste à faire… “Quand Barack a été élu, écrit-elle, plusieurs commentateurs avaient naïvement déclaré que notre pays entrait dans une ère “post- raciale”, où la couleur de peau n’avait plus d’importance”, ajoutant que ces observateurs rêvaient et se trompaient.

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